Primaire à droite: Non, les candidats ne sont pas tous les mêmes (ni leur électorat)

DIFFERENCES Même si les programmes économiques sont semblables, une division existe entre la droite « de rupture » et la droite centriste…

Olivier Philippe-Viela

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Le plateau des candidats de la primaire de la droite et du centre le 3 novembre 2016.
Le plateau des candidats de la primaire de la droite et du centre le 3 novembre 2016. — ERIC FEFERBERG / AFP

Vu de l’extérieur, et plus encore après un premier débat rythmé par les questions fiscales, la primaire de la droite peut ressembler à un simple camaïeu de libéralisme économique et de conservatisme social. Une étude du centre de recherches politiques de Sciences Po, le Cevipof, sur les utilisateurs de notre boussole présidentielle* montre au contraire des différences nettes entre eux, et donc entre les candidats qu’ils soutiennent, ou pour qui ils envisagent de voter, pour ceux qui le feront ce dimanche 20 novembre, date du premier tour.

Droite radicale contre droite d’ouverture

Si les programmes économiques sont effectivement semblables, deux grands groupes distincts de candidats se dégagent : d’un côté une droite centriste, « d’ouverture », représentée par Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet ; de l’autre, une droite « de rupture », comme l’appelle le membre du Cevipof et concepteur de la boussole Bruno Cautrès, une droite plus portée sur la sécurité et l’identité dans laquelle se retrouvent les tandems Sarkozy-Copé (dont les électorats sont les plus proches) et Fillon-Poisson (idem). Les sympathisants de Bruno Le Maire sont eux un peu à part, sans être une synthèse des deux courants pour autant.

« Le conflit sur la rénovation est moins important et structurant que le conflit sur le positionnement de la droite vis-à-vis de l’identité, analyse Bruno Cautrès. On voit que derrière les ambitions personnelles il y a des différences, cette primaire est beaucoup plus hétérogène que ce que laisse penser la lecture de leurs programmes. Certains veulent "apaiser", c’est le mot-clé de Juppé. D’autres veulent "moderniser", comme Le Maire et Kosciusko-Morizet, et d’autres enfin veulent un rétablissement de l’autorité et de la verticalité. La droite française n’est pas divisée que de manière cosmétique, il y a vraiment en son sein une diversité de propositions et de tempéraments, et on le retrouve dans les profils psychologiques des électeurs. »

Les électeurs de droite et du centre les plus hésitants

Cette dissension sensible entre les types d’électeurs pourrait pousser chaque candidat à marquer sa différence. Pour le politologue du Cevipof, c’est déjà le cas, l’exemple parfait étant Nicolas Sarkozy : « Il a multiplié récemment les prises de positions, avec l’impression parfois qu’il surjoue, comme cette histoire de double ration de frites. C’est le cas, il faut qu’ils maximisent leurs différences en vue du premier tour, mais sans oublier qu’il y a quand même un second tour. Celui qui donne trop la caricature de lui-même diminue ses chances d’être soutenu par toute cette diversité de droite une fois le premier tour passé. »

Un dernier point ressort de l’analyse du Cevipof. Les potentiels électeurs les plus hésitants à aller voter sont aussi les plus directement concernés : 55,9 % des personnes qui ne sont pas sûres de se rendre aux urnes dimanche sont des sympathisants du centre et de la droite (22,6 % pour la gauche, 16,5 % pour l’extrême droite). C’est la clé du scrutin, qui exactement se mobilisera le plus : les électeurs du centre ou les sympathisants LR ? « S’il y a une forte mobilisation, il y aura plus de centristes, mais aussi plus d’électeurs de la droite dure. À noter que l’annonce de Macron peut jouer pour les centristes, qui ont désormais une offre proche de Juppé. Et puis il faudra voir si Nicolas Sarkozy est arrivé à creuser l’écart avec Juppé auprès des seuls sympathisants LR, qui votent plutôt pour lui », conclut Bruno Cautrès.

*Le profil de chaque utilisateur a été établi à partir des réponses sur le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, le code postal et le positionnement politique. Les personnes certaines de ne pas aller voter n’ont pas été prises en compte. L’ensemble se limite aux 28 342 répondants sûrs ou qui hésitent à participer.

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