Primaire de la droite: Quels dispositifs les Républicains ont-ils prévus pour éviter la fraude?

VOTE Certains candidats ont la hantise de voir se reproduire un scénario «à la Copé-Fillon» en 2012...

Delphine Bancaud

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Illustration: une urne contenant des bulletins de vote en France.
Illustration: une urne contenant des bulletins de vote en France. — Fred LANCELOT/SIPA

L’élection houleuse du président de l’Ump en 2012 a laissé des traces. A l’époque, François Fillon et Jean-François Copé s’étaient accusés mutuellement de tricherie. Pas question que ce scénario catastrophe se reproduise ce dimanche lors premier tour de la primaire de la droite.

Pour limiter les risques de fraude dans les 10.228 bureaux de vote déployés sur le territoire, la Haute autorité de la primaire a veillé au grain. « Nous avons tout d’abord proscrit le vote par procuration qui avait posé problème en 2012 », explique à 20 Minutes un de ses porte-parole. En effet en 2012, sur 170.000 votants, 30.000 procurations avaient été dénombrées, ce qui avait jeté le trouble sur la sincérité du scrutin.

« Aucun bureau ne sera d’une seule couleur »

Autre garde-fou : « les présidents de bureaux de vote et leurs assesseurs, chargés de veiller bon fonctionnement de cette élection, ont été nommés fin juillet par les Commissions départementales. Et ils ne sont pas clairement rattachés à un candidat », explique-t-on à la Haute autorité de la primaire. La liste des présidents de bureaux de vote et des assesseurs a d’ailleurs été approuvée à l’unanimité des candidats. La Haute autorité de la primaire a aussi mis en ligne un guide pour les présidents de bureaux de vote afin de les aiguiller dans leurs missions.

Enfin « aucun bureau ne sera d’une seule couleur car un délégué de chaque candidat y sera présent », nous certifie la Haute autorité de la primaire.

Fillonistes et Juppéistes sur les dents

Mais ce n’est pas tout. Hormis l’organisation rigoureuse orchestrée par la Haute autorité de la primaire, certains candidats ont aussi ajouté leur grain de sel. Selon Europe 1 et l’Express, les clans d’Alain Juppé et de François Fillon se sont rencontrés la semaine dernière pour établir un plan de bataille, preuve que leurs craintes semblent viser le camp sarkozyste. Ils ont notamment demandé à leurs militants d’ouvrir les yeux dans chaque bureau de vote. Et particulièrement, dans ceux situés dans le Sud et les Alpes-Maritimes, où des irrégularités avaient été constatées en 2012.

Lundi, Benoist Apparu, soutien du maire de Bordeaux, reconnaissait qu’il y aurait forcément de la fraude. « Il y en aura car il y en a dans toutes les élections », expliquait-il. Mais il se disait « pas trop » inquiet. « Vu la masse des votants, (…) il n’y aura pas d’impact », assurait-il. De son côté, Muriel Marland, soutien d’Alain Juppé, a reconnuau micro de BFMTV que la vigilance était de mise : « Dans tous les bureaux de vote, nous allons avoir des délégués qui vont surveiller parce que je ne suis pas dans une confiance totale et donc nous allons tourner pour l’élection soit claire, transparente et fair-play ».

Des guides pour les supporteurs de Fillon

L’équipe de François Fillon ne s’est pas arrêtée là. Commel’a révélé RTL mardi, elle a diffusé un « mémo-vote » expliquant les démarches à suivre en cas de constat de fraude et un « mémento anti-fraude » qui recense différents cas de fraude sur la base de celles constatées en 2012.

Et ce, en allant clairement dans les détails. Au moment où les électeurs vont se présenter devant les urnes, il est demandé à chaque délégué présent de tiquer lors de la « présentation de copies de pièces d’identité pour voter », ou en cas d’ajout de noms en bas des listes d’émargement, ou bien encore en cas de signatures « différentes de celle de la pièce d’identité ».

Ouvrir l’œil à toutes les étapes

Interdit aux délégués des candidats de se relâcher aussi au cours de la journée : « Attention aux temps morts entraînant le départ d’un ou plusieurs assesseurs, périodes qui peuvent permettre de faire voter de manière illicite des électeurs dont on sait qu’ils ne viendront pas (fin de matinée, début après-midi) ou n’étant pas venus (fin d’après-midi) ». Il est aussi conseillé aux militants de « demander à [nos] assesseurs/présidents/délégués d’apporter dans la mesure du possible un repas à consommer sur place pour ne pas quitter le BV de la journée. (cf. tous les bourrages d’urne se passaient à l’heure du déjeuner) ».

Et la vigilance doit encore être renforcée au moment du dépouillement : « Attention aux mines de crayon sous l’ongle destinées à dégrader certains bulletins de vote au moment du dépouillement pour qu’il soit déclaré nul », est-il indiqué dans le mémento. Ou encore : « Ne pas hésiter à solliciter un recomptage au moindre doute ». Enfin, les militants sont invités à signaler la moindre irrégularité à la haute autorité Une vidéo du directeur de campagne de François Fillon, Patrick Stefanini, circule aussi chez ses supporteurs. Et des sessions de briefing sont également dispensées depuis lundi aux militants. De quoi faire bien passer le message !