Primaire de la droite: Quand les soutiens de Sarkozy ne crachaient pas sur une alliance avec le Modem (bien au contraire)

PRIMAIRE A DROITE François Bayrou et son parti, cibles de Nicolas Sarkozy, n’ont pas toujours été des repoussoirs pour plusieurs proches du candidat à la primaire de droite…

Olivier Philippe-Viela

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François Bayrou et François Baroin entoure le directeur du Tour de France Christian Prudhomme le 18 octobre 2016 à Paris.
François Bayrou et François Baroin entoure le directeur du Tour de France Christian Prudhomme le 18 octobre 2016 à Paris. — JP PARIENTE/SIPA

« La règle est surtout de ne pas se servir, pour sortir du socialisme, de celui qui nous y a fait rentrer », tranchait le 20 octobre au micro d’Europe 1 Nicolas Sarkozy. La cible :  François Bayrou, le président du Modem, qui traîne une image de traître pour l’ancien président après son vote en 2012 pour François Hollande (et son absence de prise de position entre Royal et Sarkozy en 2007).

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Dans son sillage, plusieurs soutiens de poids du candidat à l’investiture des Républicains pour la prochaine présidentielle ont repris le mot d’ordre : taper sur Bayrou, soutien affiché d’Alain Juppé, le grand rival dans ce scrutin. Jeudi soir, au cours du deuxième débat, un bon quart d’heure a été accordé au sujet, ou plutôt imposé par Nicolas Sarkozy, alors que les autres candidats semblaient ne pas vouloir s’attarder là-dessus, Juppé en tête. Mais c’est François Fillon qui a résumé l’état d’esprit des rivaux de Nicolas Sarkozy : « 6 millions de chômeurs, 100 % de dette, le totalitarisme islamique à nos portes, et le principal sujet de la campagne c’est le maire de Pau. »

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D’autant que les soutiens sarkozystes les plus zélés aujourd’hui n’ont pas toujours rejeté l’élu des Pyrénées-Atlantiques, bien au contraire. Petit rappel en trois exemples.

François Baroin, soutien pour la mairie de Pau

Bayrou, Baroin, Baroin, Bayrou, Bayrouin, Barou. En deux jours, trois candidats à la primaire (Sarkozy, Juppé et Copé) en ont perdu leur latin jusqu’à mélanger les noms du maire de Troyes et de son homologue palois. Comme souvent avec les lapsus, ils sont révélateurs. Le principal soutien de Nicolas Sarkozy, à qui l’ancien chef de l’Etat a promis Matignon s’il retrouvait l’Elysée en mai prochain, cogne fort sur François Bayrou depuis plusieurs semaines. « La girouette Bayrou » comme il l’appelle, qu’il enjoignait lors d’un meeting en Côte-d’Or à aller se présenter à la primaire PS plutôt que de donner son point de vue sur celle des Républicains.

Pourtant, le sénateur Baroin voyait encore des ponts possibles avec le Modem il y a deux ans. Alors que son parti investissait un candidat, Eric Saubatte, à Pau pour les municipales de mars 2014, François Baroin (ainsi qu’Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin) apportait son soutien à l’ancien ministre de l’Education nationale. « S’il me demande de venir, j’irai », disait-il alors à L’Opinion. Ce vendredi matin, François Baroin a démenti sur FranceInfo : « je ne l’ai pas soutenu. Je n’y suis pas allé. C’est une addition de mensonges supplémentaires. » S’il ne s’est peut-être pas rendu à Pau à l’époque, en revanche il lui a bien accordé son soutien face au candidat de son propre parti.

Christian Estrosi, aidé par le Modem pour la région PACA

Un peu plus proche dans le temps cette fois. En prévision des régionales en PACA en 2015, Christian Estrosi, opposé à Marion Maréchal-Le Pen, monte une liste de rassemblement avec l’UDI et le Modem. Dans une interview à Nice-Matin, il appelle même à un rapprochement entre les deux ennemis : « Que ce soit François Bayrou ou Nicolas Sarkozy, chacun doit faire un bout de chemin vers l’autre. J’ai parfois le sentiment qu’il y aurait peu à faire pour que ce bout de chemin soit possible. » Estrosi sera élu à la tête de la région, face à la liste Front national. Mardi, lors de l’annonce de son soutien à Alain Juppé, Valérie Pécresse a rappelé dans Le Figaro l’importance des alliances avec le Modem au moment des régionales : « Ne soyons pas hypocrites et disons la vérité ! Sans les voix de l’UDI et du MoDem, ni Laurent Wauquiez, ni Christian Estrosi, ni moi n’aurions été élus présidents de région. »

Mais un an plus tard, l’élu PACA fait partie, en tant que soutien de Nicolas Sarkozy à la primaire, des 165 signataires (comme François Baroin) d’un appel contre « la stratégie de François Bayrou », publié le 23 octobre dans le JDD. Le texte insiste sur le fait que discuter avec le maire de Pau serait « une compromission idéologique ». Bon, deux jours après sa victoire aux régionales, le même Christian Estrosi lâchait à Paris Match que « Nicolas Sarkozy est un ami, je le respecte. Mais contrairement à lui, je ne pense pas que nous, élus Républicains, devions tenir un discours toujours plus à droite », et qu’il n’a « pas adopté, comme le voulait Nicolas Sarkozy, la ligne du "ni-ni" ».

Laurent Wauquiez, (presque) comme Estrosi

Cas similaire à son homologue de la région PACA. Laurent Wauquiez, le président de la région Rhône-Alpes et soutien de Nicolas Sarkozy dans cette primaire (tout en étant président du parti), est également signataire de la tribune anti-Bayrou. Et également cité par Valérie Pécresse parmi ceux qui ont conquis leur région avec l’aide d’élus Modem et UDI. Mais il y a quand même une nuance : François Bayrou n’avait absolument pas donné son accord pour une alliance avec Wauquiez, qu’il considère comme trop à droite. « On a découvert l’accord dans la presse, on savait qu’ils discutaient, mais on ne s’attendait pas à ce qu’un pacte soit signé en plein été », expliquait en août 2015 Marc Fesneau, le secrétaire général du MoDem. Mais à l’arrivée, il y a bien eu une entente, et Laurent Wauquiez a raflé la région.

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