Primaire à droite: En Corrèze, Juppé revendique l'héritage Chirac (et tant pis pour Sarkozy)

SYMBOLE Le candidat à la primaire se déplace ce samedi sur les terres corrèziennes de l'ancien président, toujours aussi populaire...

Thibaut Le Gal

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Juppé et Chirac en 2007
Juppé et Chirac en 2007 — JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Voyage en Chiraquie. Alain Juppé se rend ce samedi, à Saint-Setiers, dans un établissement de la fondation Jacques Chirac avant de tenir une réunion publique à Egletons. Le déplacement du candidat à la primaire de la droite en Corrèze est symbolique à plus d’un titre. L’ancien Premier ministre foulera la terre de son mentor, précisément 40 années après l’avoir rejoint en politique.

Le maire de Bordeaux ne sera d’ailleurs pas seul, mais accompagné de Claude Chirac et de son mari, Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général de l’Elysée. En pleine campagne, Alain Juppé envoie un signal fort aux électeurs de droite, lui qui assure avoir une relation « quasi filiale » avec l’ancien président.

Jacques Chirac a désigné Alain Juppé comme son héritier politique

« Alain Juppé se déplace en Corrèze avec Claude Chirac, qui a toujours été en relation symbiotique avec son père », remarque le politologue Thomas Guénolé. « Il s’agit clairement d’un pèlerinage politique sur cette terre d’ancrage de l’ancien président. On est dans une revendication de l’héritage chiraquien ». Alain Juppé ne disait pas mieux, il y a quelques semaines sur Europe 1. « Tout ce que j’ai fait dans ma vie politique, je le dois à Jacques Chirac. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier ».

Pourtant, tous les candidats ont rendu un hommage appuyé à Jacques Chirac lors de sa récente hospitalisation, et tous semblent tenter, parfois, de s’attribuer au passage un peu de sa popularité. « Il est devenu, un peu à l’image de François Mitterrand, une sorte d’icône politique nationale, quasiment intouchable car très populaire. On est plus dans l’ordre du symbole que de ligne politique », avance Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et membre du Cevipof.

Ce pèlerinage corrézien semble particulièrement judicieux à ce moment de la campagne. « Alain Juppé joue la carte du "meilleur d’entre nous", alors qu’il est mis sous pression par l’équipe Sarkozy sur le soutien de François Bayrou, un homme du centre et même de gauche pour ses adversaires », développe Bruno Cautrès. « On est dans la dernière ligne droite et cette critique risque de porter chez les militants LR qui ont peur de se faire voler leur candidat. Il est important de tuer dans l’œuf cette attaque en revendiquant la filiation avec le fondateur du RPR ». C’est d’ailleurs à Egletons que Jacques Chirac posa les premières pierres du Rassemblement pour la France pour mieux défier Valérie Giscard d’Estaing.

Baroin et Bernadette roulent pour Sarkozy

Reste que Nicolas Sarkozy n’entend pas laisser la « marque Chirac » à son concurrent. Pas de hasard donc à le voir mettre en avant sa relation avec Bernadette dans l’émission Une Ambition intime. « Même quand son mari et moi on s’opposait, on se voyait. On se cachait pour se voir, on se retrouvait chez un ami et on parlait. Elle me disait : "je vais vous aider". Chirac me tapait dessus et Bernadette me soutenait », racontait-il dans l’émission diffusée le 9 octobre sur M6.

Sarkozy, Chirac, et Juppé en 1988
Sarkozy, Chirac, et Juppé en 1988 - MICHEL PLASSART / AFP

Autre symbole, le ralliement du chiraquien de toujours, François Baroin. « Sarkozy s’octroie des brevets en chiraquisme avec Bernadette et François Baroin. Ce dernier est une prise de guerre intéressante car il a une bonne image dans l’opinion et est réellement un ancien protégé de Jacques Chirac, qui l’avait pris sous son aile à la mort de son père », précise Bruno Cautrès.

Pour Thomas Guénolé, il n’y a pas de débat. « Jacques Chirac a désigné Alain Juppé comme son héritier politique, de manière explicite, lors de l’annonce de candidature de son ancien Premier ministre ». En octobre 2014, l’ancien chef d’Etat était en effet explicite. « J’ai toujours su qu’Alain Juppé serait au rendez-vous de son destin et de celui de la France. Peu de choses pouvaient me faire plus plaisir, pour moi-même, pour lui et surtout pour notre pays », ajoutant même : « Si j’en avais l’énergie, j’aurais déjà réservé ma place, même petite, à son QG ».