Primaire à droite: Les petites phrases sont-elles le seul moyen d’exister dans les débats?

PRIMAIRE A DROITE Le deuxième débat de la primaire de la droite de jeudi soir a surtout donné lieu à de multiples attaques personnelles entre les candidats…

Olivier Philippe-Viela

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Le plateau du deuxième débat de la primaire de droite, le 3 novembre 2016 à Paris, salle Wagram.
Le plateau du deuxième débat de la primaire de droite, le 3 novembre 2016 à Paris, salle Wagram. — ERIC FEFERBERG / AFP

Beaucoup de pics et pas beaucoup de politique ? Jeudi soir, Jean-François Copé semblait être venu pour en découdre. Dès sa première intervention au cours du deuxième débat de la primaire de la droite et du centre, le député-maire de Meaux s’en est pris à Nicolas Sarkozy (qui le lui a bien rendu). Il a par la suite multiplié les touches d’humour. Et on a aussi pu voir Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire s’essayer à l’art du bon mot tout au long de la soirée, bien plus que pendant le premier débat, très centré sur l’économie, qui avait paru lénifiant par instants.

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« On retient du buzz mais aussi une personnalité »

Le format des échanges – une minute pour s’exprimer sur chacun des thèmes au programme – ne pousse-t-il pas à cela ? « Les règles de débat n’invitent pas à la confrontation, explique Cécile Delozier, conseillère en communication politique et gérante de l’agence Charisma. Mais la primaire crée de la compétition et montre du coup le spectacle des dissensions entre les candidats. »

Les sujets abordés jeudi soir, moins techniques que lors du premier débat, étaient aussi plus favorables à la foire d’empoigne (sécurité, posture présidentielle, alliances politiques…). Et les spectateurs se sont donc moins ennuyés. Mais les petites piques lancées par les uns et les autres ne sont pas que du vent, estime la communicante : « On retient du buzz mais aussi une personnalité. Comme ils sont tous de droite et manifestent la même sensibilité, ils nous donnent à voir leur tempérament, leur manière de se comporter, avec élégance ou pas, avec pugnacité ou pas, avec familiarité ou pas. Même à l’échelle de la petite réplique, la forme donne du fond, et permet de voir dans l’imaginaire la manière dont ils se comporteraient au pouvoir. »

Les messages (à peine) subliminaux des plans de coupe

D’autant que la réalisation de l’émission a beaucoup joué sur ce sentiment final. Contrairement au premier débat, les plans de coupe (qui consistent à filmer un autre candidat que celui qui est en train de s’exprimer) étaient nombreux et soulignaient souvent un affrontement personnel. Exemple quand Jean-Frédéric Poisson s’est plaint de l’accusation d’antisémitisme à son endroit, accusation lancée quelques jours plus tôt par Nathalie Kosciusko-Morizet. Pendant que le président du Parti chrétien-démocrate finissait son intervention, la caméra se fixait sur NKM. Ou encore quand Nicolas Sarkozy parlait de la dignité de la fonction présidentielle, l’image affichait un Jean-François Copé hilare.

Interdits à la demande de François Mitterrand (ce qu’avait accepté l’équipe de Valéry Giscard D’Estaing), lors du débat de 1981, ces plans de coupe étaient revenus timidement dans la mise en scène politique en 2007. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy avaient donné leurs accords pour des plans généraux et élargis. Jeudi soir, ils n’ont jamais été aussi présents, avec des plans de coupe serrés voire des « split screens » (l’écran coupé en deux, un candidat parle à gauche, celui qu’il cible apparaît dans la partie droite, ou l’inverse).

« Il faut trouver une espèce de théâtralité, c’est un jeu de comédien »

Pour Pierre Lefébure, chercheur au Laboratoire Communication et politique et maître de conférences en science politique à l’université Paris 13, ce choix de réalisation n’a rien d’un hasard : « Il y avait une volonté par l’image et les plans de coupe de mise en scène d’une double tension. C’est plus dynamique évidemment, mais l’objectif est surtout de montrer les divergences au sein du parti afin de motiver les téléspectateurs pour aller voter, tout en gardant à l’esprit une image d’unité, de cohérence. »

Car la soirée n’a bien sûr pas viré au pugilat, en dépit d’un Nicolas Sarkozy dans le rôle de punching-ball verbal pour plusieurs de ses concurrents. « Les antagonismes personnels sont très forts, explique Pierre Lefébure, mais l’enjeu est surtout d’éviter l’éclatement du parti au cours de cette primaire. Les règles sont d’ailleurs faîtes pour ménager une forme d’autorégulation mutuelle. »

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Une minute chacun, avec pour consigne de ne pas trop s’apostropher quand même, contrairement à la deuxième partie « libre » du débat de la primaire des Socialistes en 2011. Avec de telles règles, que doit faire un candidat en termes de communication pour se détacher vis-à-vis de ses six rivaux ? « Ne pas être tout à fait là où on l’attend, estime Cécile Delozier. Là, c’est une symphonie, parfois discordante, mais où chacun joue la partition attendue. Il faut sortir du lot, par rapport à une posture, mais aussi quand on est filmé sans parler. Il faut créer un écart par rapport à la norme, car ce débat impose pour l’instant une simple juxtaposition de point de vue. Cet écart, il doit être autant dans l’émotionnel que dans les idées. Il faut trouver une espèce de théâtralité, c’est un jeu de comédien. »

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