Montebourg et Mélenchon, faux jumeaux et vraies différences

PRESIDENTIELLE L’ancienne ministre du Redressement productif a évoqué un possible accord électoral avec le PCF mais rejeté une union avec le leader de la France insoumise…

Olivier Philippe-Viela

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En 2013, Jean-Luc Mélenchon soutenait "évidemment" Arnaud Montebourg dans son refus de "brader" l'entreprise française Dailymotion que guignait l'Américain Yahoo!.
En 2013, Jean-Luc Mélenchon soutenait "évidemment" Arnaud Montebourg dans son refus de "brader" l'entreprise française Dailymotion que guignait l'Américain Yahoo!. — Jacques Demarthon AFP

« Êtes-vous un Mélenchon light ? », ont demandé à Arnaud Montebourg deux journalistes du JDD dans une interview parue ce dimanche. Réponse du candidat à la primaire de la gauche : « Ce qui sépare Mélenchon du reste de la gauche, c’est sa radicalité et son isolement. »

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Le leader de la « France insoumise » serait donc trop « radical » pour l’ex-ministre du Redressement productif, qui préfère courtiser avec insistance le Parti communiste, à qui il tend la main dans la même entrevue, quand Mélenchon a déjà perdu patience avec le PCF (« Ces abrutis attendent la primaire de la gauche pour négocier des circonscriptions avec le PS », aurait dit JLM, selon Le Point).

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Mais au-delà de ce ménage à trois avec les communistes français, Montebourg et Mélenchon ont beaucoup de points en commun, ce qui les obligerait à partager un espace électoral similaire si les deux se retrouvaient sur la ligne de départ du premier tour de la présidentielle. A tel point que l’ancien député de Saône-et-Loire disait début octobre en aparté que « [son] problème, c’est Mélenchon », selon Les Echos.

Alors, à quel point sont-ils proches ? Point important, souligné par Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d’Harris Interactive, « Montebourg a une meilleure cote de popularité parmi les sympathisants Front de gauche que parmi ceux du Parti socialiste ». Les deux se situent évidemment à gauche de la gauche de gouvernement et leurs discours respectifs se font souvent écho, à tel point que Le Figaro titrait après une intervention de l’ancien ministre du Redressement productif à Sciences Po le 19 octobre que « Montebourg peine à se différencier de Mélenchon ». Sixième république, retour d’un service national, protectionnisme et politique anti-austérité, attaques en règle contre « les élites », etc. Les deux hommes partagent une vision similaire sur beaucoup de points, si ce n’est une nette différence sur la question écologique.

Un électorat en réalité différent

Dans ce cas, pourquoi donc Arnaud Montebourg snobe-t-il Jean-Luc Mélenchon, qu’il juge trop radical ? Car en dépit de passerelles évidentes entre leurs discours, leurs électorats ne sont pas si homogènes, précise Jean-Daniel Lévy : « Mélenchon a un électorat profondément Front de gauche et très peu PS. Montebourg, malgré la sympathie qu’il peut y avoir pour ses idées au FG, garde un électorat majoritairement socialiste. Son départ du gouvernement a été perçu comme dû à un désaccord personnel et pas politique. Il n’est donc pas vu comme une promesse de changement pour les sympathisants de Jean-Luc Mélenchon. » En somme, ils n’empiètent pas sur leurs électorats respectifs.

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Mais si l’ancien député peut se passer de l’ancien sénateur, il a besoin du Parti communiste, objet de convoitise pour les deux : « L’enjeu pour Montebourg est d’obtenir des soutiens d’organisation, explique Jean-Daniel Lévy. Le PCF peut lui offrir un potentiel de mobilisation qu’il ne trouvera pas parmi son corps militant au sein du PS. De l’autre côté, les communistes, qui sont en difficulté pour trouver un candidat d’envergure, peuvent voir en lui le choix de l’équilibre : une personnalité suffisamment radicale, qui a les moyens de bien figurer en 2017 ». Plus que Jean-Luc Mélenchon, semblent penser certains cadres du PCF. Son porte-parole Olivier Dartigolles a d’ailleurs mis très en colère Jean-Luc Mélenchon quand il a déclaré il y a une semaine observer avec attention la candidature de Montebourg à la primaire socialiste. Le député européen a réagi par un message Facebook souhaitant « bon voyage avec le PS à tous ! » Signe d’une tension nette entre les deux faux frères de la gauche radicale.

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