«Lobbies sionistes»: Jean-Frédéric Poisson dans la tempête

PRIMAIRE A DROITE Le candidat du parti chrétien-démocrate a été menacé d’exclusion de la primaire de la droite pour ses propos sur «les lobbies sionistes»…

O. P.-V., L. C. et T. L. G.

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Petite réunion publique de Jean-Frédéric Poisson avec les fidèles d'une paroisse du 9ème arrondissement de Paris, le vendredi 23 Septembre 2016.
Petite réunion publique de Jean-Frédéric Poisson avec les fidèles d'une paroisse du 9ème arrondissement de Paris, le vendredi 23 Septembre 2016. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

A peine connu, déjà dans la tourmente. Jean-Frédéric Poisson, candidat à l’élection présidentielle 2017 via la primaire de la droite, doit se justifier depuis jeudi pour des propos parus dans Nice-Matin mercredi, où il affirmait que « la proximité de (la candidate à la présidence américaine Hillary) Clinton avec les super-financiers de Wall Street et sa soumission aux lobbies sionistes sont dangereuses pour l’Europe et la France ».

Le président du parti chrétien-démocrate a beau avoir « regretté infiniment que (ses) mots "sur les lobbies sionistes aux Etats-Unis" aient pu être interprétés comme de la haine à l’égard du peuple juif ou de l’Etat d’Israël », le mal est fait, et la procédure disciplinaire enclenchée. Selon France Info, il serait « sommé de s’excuser d’ici mardi », jour où la Commission d’organisation se réunira, avant que la Haute autorité ne se prononce normalement mercredi. Sans mea culpa, celle-ci pourrait engager une procédure d’exclusion.

Nathalie Kosciusko-Morizet, autre candidate, a annoncé ce vendredi avoir saisi la Haute autorité de la primaire pour qu’elle se « prononce » sur le respect de la charte de celle-ci par le député des Yvelines. 20 Minutes fait le point sur cette polémique.

Que lui reproche-t-on ?

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui a repéré l’interview de Jean-Frédéric Poisson, juge la phrase « insidieusement antisémite ». A droite, plusieurs responsables politiques ont abondé. Le président de la Commission d’organisation de la primaire de la droite Thierry Solère a condamné, « en tant que député de Boulogne/Boulogne-Billancourt », des propos qu’il estime également « insidieusement antisémite ».

Le président de la région PACA Christian Estrosi, soutien de Nicolas Sarkozy, a réclamé sur France Info une convocation de Jean-Frédéric Poisson devant la Haute autorité et a menacé le candidat d’une exclusion : « En ce qui me concerne, s’il ne dit pas qu’il s’est trompé, que sa langue a fourché, qu’il ne le pense pas, qu’il le regrette, qu’il s’autocondamne, il n’a plus sa place dans la primaire. »

Certains de ses rivaux à l’élection interne se sont aussi exprimés sur le sujet, NKM en tête. La députée de l’Essonne a dégainé la première, en saisissant justement la Haute autorité, comme le demandait Christian Estrosi. Pour elle, les propos de Poisson sont des « thèses complotistes et antisémites (qui) contreviennent à nombre de nos principes fondamentaux ». Bruno Le Maire, lui aussi candidat, et Frédéric Lefebvre ont également condamné cette phrase.

Le président du Crif Francis Kalifat estime que c’est « la juxtaposition dans la même phrase de "super-financiers de Wall Street", "soumission aux lobbies sionistes" et "dangereuses pour l’Europe et la France" qui est condamnable ». « Si on prend chaque mot individuellement, ce n’est pas antisémite, mais les accoler dans la même phrase, c’est typiquement ce qu’on entend dans la bouche de Dieudonné ou Alain Soral. Ce sont exactement les mêmes thèses », juge-t-il.

Ayant discuté avec Jean-Frédéric Poisson avant de publier le communiqué qui a déclenché la polémique, Francis Kalifat attend un retrait total de ses propos : « Je lui ai demandé mercredi de revenir dessus. Il n’a pas voulu, au contraire, il a essayé de me convaincre au téléphone qu’il avait raison, il m’a dit qu’il y a bien un lobby sioniste aux Etats-Unis qui s’appelle l’Aipac. On n’était pas dans une démarche où il disait "oui, je comprends". C’est ce qui a motivé mon communiqué. »

« Je regrette que mes propos aient pu vous blesser ou causer des craintes ou des doutes dans votre esprit. J’ai manifesté en bien des occasions mon soutien indéfectible aux juifs de France. Je condamne avec la dernière énergie toute forme d’antisémitisme », a répondu le député des Yvelines dans une lettre adressée à Francis Kalifat ce vendredi.

Que prévoit la charte de la primaire ?

« Je sais que la Haute Autorité est attentive à tout ce qui pourrait nuire à la crédibilité et à la qualité du processus de la primaire. À cet égard, au titre de l’article 10-4 de la Charte, je saisis la Haute Autorité de cette question et je souhaite qu’elle puisse se prononcer notamment sur le respect de l’article 1-3 par Monsieur Jean-Frédéric Poisson », a justifié Nathalie Kosciusko-Morizet dans sa lettre ce vendredi. Elle s’appuie sur un article qui stipule que « les candidats à la primaire signent la présente charte et s’engagent à la respecter ».

A partir de là, la Haute autorité a 48 heures pour statuer « après avoir entendu l’ensemble des représentants des candidats ». Mais la charte à laquelle se réfère NKM n’est pas claire sur les limites au-delà desquelles une exclusion est envisageable : « La Haute autorité a des moyens d’actions prévus à l’article 10-4, elle peut "établir des recommandations" et "adresser des observations aux candidats". Rien n’est écrit sur d’éventuelles sanctions envers des candidats, mais rien n’est exclu. Elle est souveraine, elle va juger en droit », explique-t-on au sein de l’instance. Il faudra attendre la réunion de la Haute autorité mercredi pour en savoir plus sur les critères de décision.