Présidentielle 2017: Pourquoi le FN veut chouchouter les retraités?

POLITIQUE Marine Le Pen lance ce jeudi une nouvelle initiative pour tenter de séduire les plus de 65 ans qui votent moins pour le parti d’extrême droite…

Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen, lors d'un meeting à Béziers en 2014.
Marine Le Pen, lors d'un meeting à Béziers en 2014. — SYLVAIN THOMAS / AFP

Le FN drague les vieux. Le parti frontiste lance ce jeudi un colloque intitulé « Bien vieillir, un enjeu majeur au XXIe siècle ». Marine Le Pen doit y annoncer le lancement d’un (énième) « collectif du Rassemblement Bleu Marine » consacré aux retraités. Un « collectif Seniors » et un objectif : draguer une catégorie d’âges (65 ans et plus) qui vote moins que les autres pour le Front national.

Les cadres du parti le reconnaissaient d’ailleurs eux-mêmes au lendemain des régionales. « Il y a des catégories où on a un peu plus de difficultés à rassembler, et c’est le cas notamment des personnes âgées », confiait le secrétaire général du parti Nicolas Bay en janvier. « Nos compatriotes plus âgés, retraités, ont fait l’objet d’une communication anxiogène de la part des pouvoirs successifs », se justifiait Florian Philippot. Aux régionales de décembre, comme lors des dernières élections présidentielles, le score du FN chez les plus de 65 ans est moins important que la moyenne nationale du parti (voir graphique).

Vote FN seniors
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« Le FN sait qu’il doit faire sauter le verrou des séniors pour progresser »

« Les retraités sont l’une des catégories d’âge qui votent le moins pour le Front national. Même si le parti y a gagné une certaine audience », confirme Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. « Le FN sait bien qu’il doit faire sauter le verrou des seniors pour progresser. Avec l’effet de vieillissement de la population, cette catégorie est de plus en plus importante [18,8 % de la population française]. Elle pèse d’ailleurs beaucoup dans le corps électoral car elle s’abstient moins que les générations plus jeunes ».

Selon les estimations du Cevipof, la tendance se poursuivrait en 2017. Marine Le Pen obtiendrait au premier tour 20.7 % des plus de 65 ans, soit 5 points de moins que sa moyenne nationale (estimée à 25.7 %)*. Comment l’expliquer ?

Le vieux est plus conservateur

La sortie de la zone euro, prônée par le parti, est souvent avancée. Un sondage Ifop de mars 2015, montrait que les plus de 65 ans s’opposent à 81 % à un retour au franc, bien plus que les autres catégories (64 à 73 %). « C’est dans cette tranche d’âge qu’on trouve le plus de propriétaires ou de détenteurs d’un petit capital. Les retraités sont très soucieux de la stabilité monétaire et le maintien de la valeur du patrimoine », développe Jérôme Fourquet. « Mais l’euro est un symbole. Les enquêtes montrent que la population âgée est de manière générale davantage réfractaire aux changements et aux bouleversements que les plus jeunes »

« Au-delà de l’euro, dont la sortie n’est pas encore parfaitement rodée par le parti, les seniors considèrent plus globalement le vote FN comme un saut vers l’inconnu », confirme Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême-droite. « Le programme frontiste contient des éléments de radicalité, et la radicalité impose une transformation en profondeur, quand les seniors attendent, eux, d’être rassurés ».

Le FN séduit les retraités démunis

Jérôme Fourquet avance une autre hypothèse. « Les gens de plus de 65 ans avaient au moins 30 ans dans les années 80, quand le FN a commencé à émerger. Cet électorat sénior s’était donc déjà construit politiquement et une partie est restée fidèle ».

Jean-Yves Camus tient à mettre en garde contre une globalisation de cette génération. « Lorsqu’on combine cette tranche d’âge avec d’autres variables sociologiques, comme le niveau de vie, on s’aperçoit que les votes sont en réalité très hétérogènes ». L’enquête du Cevipof montre ainsi qu’aux régionales 2015, le FN n’a obtenu que 16 % des suffrages exprimés pour les séniors les plus aisés, mais 31 % chez les plus modestes (23 % dans la catégorie de niveau de vie moyenne). Il n’est donc pas étonnant d’entendre Florian Philippot préconiser « la santé, l’accès aux soins, la lutte contre leur paupérisation » comme autant de thématiques à développer pour séduire davantage de retraités en 2017.

*En cas de victoire d’Alain Juppé à la primaire de la droite