Alerte enlèvement : Pourquoi la formulation « race noire » est-elle toujours utilisée ?

POLEMIQUE Ce terme figurait dans une alerte enlèvement diffusée ce mardi...

Delphine Bancaud

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Photo prise le 28 août 2012 à Paris du site Internet du ministère de la Justice présentant le dispositif "Alerte enlèvement"
Photo prise le 28 août 2012 à Paris du site Internet du ministère de la Justice présentant le dispositif "Alerte enlèvement" — Thomas Coex AFP

Incroyable, mais vrai. L’alerte enlèvement lancée mardi pour retrouver un bébé de quatre mois enlevé à Grenoble par son père a doublement choqué les Français. D’abord pour l’information qu’elle contenait, mais aussi par le terme « race noire » qu’elle utilisait pour décrire le suspect. 20 minutes explique pourquoi cette formulation n’a pas encore disparu de certains écrits.

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Pourquoi ce terme s’est-il retrouvé dans l’alerte enlèvement mardi ?

La précipitation ? Une relecture inattentive ? Difficile de savoir pourquoi personne au ministère de la Justice n’a tilté sur ce mot avant de diffuser l’alerte enlèvement. Mais face au tollé que la formulation a provoqué sur les réseaux sociaux, le message a été réécrit deux fois. On a parlé d'« un individu à la peau noire » puis « de couleur noire ».

Le porte-parole du ministère, Pierre Januel, a aussi fait un mea culpa sur Twitter :

Pourquoi le mot « race » est-il désormais inaudible ?

Comme le déclare le député de Martinique Alfred Marie-Jeanne dans son rapport sur la proposition de loi tendant à supprimer le mot « race » de la législation, « le mot "race" a servi de fondement aux pires idéologies et, par ce biais, a conduit à la mort de millions de personnes ». Par ailleurs, utiliser ce mot, c’est reconnaître son existence « alors qu’il est scientifiquement erroné », poursuit-il. Car « la biologie et la génétique nous enseignent que l’espèce humaine est une », insiste-t-il.

« C’est normal de voir des différences. Mais on ne peut pas évoquer des races. C’est lié à l’histoire de notre société qui avait un temps la volonté de mettre le blanc en haut d’une échelle de valeurs. Les choses ont changé. Et elles continuent de changer lentement. », avait aussi expliqué à 20 minutes, l’ethnologue Christian Coiffier, dans un précédent article à la suite de la polémique provoquée par Nadine Morano lorsqu’elle avait évoqué « la race blanche ». Problème : ce terme demeure encore dans de nombreuses lois et textes réglementaires français. « Le mot race est souvent utilisé pour décrire une caractéristique physique, mais cette sémantique alimente un discours de rejet de l’autre », indique à 20 minutes  André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme.

Y a-t-il eu des tentatives pour bannir ce terme ?

Oui, et à de multiples reprises. Lors de la campagne en 2012, le candidat Hollande avait promis de supprimer le mot « race » de la Constitution. Le 10 mars 2012, il avait ainsi déclaré, lors d’un discours en outre-mer : « il n’y a pas de place dans la République pour la "race". Et c’est pourquoi je demanderai, au lendemain de la présidentielle, au Parlement de supprimer le mot "race" de notre Constitution. » La même année, André Chassaigne avait déposé une proposition de loi tendant à la suppression du mot « race » de notre législation.

« Celle-ci a été votée en première lecture à l’Assemblée nationale, mais elle n’a jamais été discutée au Sénat. Je ne sais pas pourquoi. Autant certains textes sont clivants, autant celui-là pouvait réunir des sensibilités de droite et de gauche autour de lui », explique à 20 Minutes le député. Pour autant, il ne souhaite pas renoncer. « On a demandé au groupe communiste au Sénat d’inscrire la discussion de ce texte dans leur prochaine niche parlementaire », indique-t-il.

Quel serait l’effet de la suppression de ce mot dans notre législation ?

« Cela démontrerait que la "race" n’a pas de réalité. Ce serait un signal fort envoyé à la société », insiste Pierre Chassaigne.