Présidentielle: Lancée en 2012, où en est la Manif pour tous?

POLITIQUE Le mouvement lancé en 2012 contre le Mariage pour tous continue de mobiliser en 2016…

A.-L.B.
— 
Des participants à la Manif pour tous à Paris le 16 octobre 2016.
Des participants à la Manif pour tous à Paris le 16 octobre 2016. — ERIC FEFERBERG / AFP

Des couleurs rose et bleu devenues caractéristiques de La Manif pour Tous (LMPT). Lancé en 2012 contre l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, le mouvement a organisé ce dimanche un grand rassemblement à Paris. A six mois de la présidentielle, LMPT vise au-delà de l’abrogation de la loi Taubira, l’interdiction dela procréation médicalement assistée (PMA) « sans père », la gestation pour autrui (GPA) ou la « diffusion du genre à l’école ».

>> A lire aussi: Présidentielle: La Manif pour tous délaissée par les ténors de la droite

Le mouvement élargit ses revendications, se dressant notamment contre la baisse du plafond du quotient familial et le prélèvement à la source. « Nous ne nous enfermons dans aucun parti et nous parlons à tous », explique à 20 Minutes Ludovine de La Rochère, la présidente de LMPT. Pour peser dans cette élection, LMPT va lancer un site Internet « boomerang2017.fr » relevant les engagements des candidats concernant la famille et l’éducation.

Terrain politique

Soutenu par l’opposition dès son lancement, et plus particulièrement par l’UMP, le mouvement est très investi dans le champ politique : des  chartes puis des « oraux » des candidats ont été réalisés à l’occasion des municipales, des européennes puis des régionales. « Sens commun », l’une des émanations de LMPT, a d’ailleurs rejoint le parti Les Républicains. Ce mouvement a connu la renommée en novembre 2014 en auditionnant les candidats à la présidence de l’UMP et en arrachant à Nicolas Sarkozy d’abroger la loi sur le Mariage pour tous. « Sens commun » dispose aujourd’hui de « 250 élus sur le territoire », selon Armelle Tilly, référent de ce mouvement dans les Hauts-de-Seine.

A six mois de la présidentielle, LMPT semble pourtant être écoutée de loin par les candidats de la primaire de la droite. Tous ont déserté le rassemblement de ce dimanche, à l’exception deJean-Frédéric Poisson, successeur de Christine Boutin à la tête du Parti chrétien-démocrate. François Fillon s’est fait représenter par ses soutiens Valérie Boyer et Bruno Retailleau. Nicolas Sarkozy comme Jean-François Copé, qui ont apporté par le passé leur soutien à la Manif pour tous, sont absents.

>> A lire aussi: Présidentielle: Comment les associations, mouvements et lobbys veulent imposer leur agenda aux candidats

Cette absence résulte, selon le politologue Stéphane Rozès, de l’essoufflement de la contestation contre le mariage homosexuel. « Les principaux candidats à l’Elysée ont intégré qu’il serait difficile, en cas de victoire, de revenir sur la législation du mariage pour tous qui est perçue comme une avancée sociale pour la majorité des Français », estime le président de Conseils, analyses et perspectives (CAP). « Revenir sur cette loi apparaîtrait comme facteur de nouvelles divisions dans la société. Or les grands candidats visent le rassemblement », ajoute l’enseignant à Sciences-Po Paris et HEC.

Déclin du mouvement 

Qualifié de « mouvement social d’ampleur » par Stéphane Rozès, le politologue juge « ce mouvement en régression même s’il réussit toujours à mobiliser une partie de l’électorat de droite. » Ce déclin se traduit par l’absence des sujets lancés par LMPT dans la campagne présidentielle. « Les sujets de fond posés par La Manif pour tous ne pèseront pas bien lourd dans cette campagne face à des questions telles que : "La République française a-t-elle un avenir dans le monde globalisé d’aujourd’hui ? Notre pays a-t-il la capacité de rester maître de son destin ?" », conclut Stéphane Rozès.