Convention de la «France insoumise»: Dans le Nord, Mélenchon à gauche toute

PRESIDENTIELLE Le candidat à l’élection présidentielle, qui a recueilli 266 parrainages, a bouclé la consultation en vue de son programme ce dimanche…

Olivier Philippe-Viela

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Jean-Luc Mélenchon le 15 octobre à la convention de la France insoumise, à Saint-André-lez-Lille.
Jean-Luc Mélenchon le 15 octobre à la convention de la France insoumise, à Saint-André-lez-Lille. — SARAH ALCALAY/SIPA

Dans la fraîcheur ensoleillée du Nord, un petit millier de sympathisants de Jean-Luc Mélenchon était réuni ce week-end à Saint-André-lez-Lille, dans une ancienne usine textile reconvertie en salle de congrès. Mais il ne fallait pas ici prononcer le mot congrès, que refusent les organisateurs, car le mouvement de la « France insoumise », lancé en février par le candidat à l’élection présidentielle 2017, a voulu innover en mettant les participants à contribution le samedi pour élaborer son programme.

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Parmi les propositions qui ont émergé et qui nourriront les 357 mesures prévues par le candidat, dont la mise en forme devrait être achevée en décembre : un refus des traités de libre-échange TAFTA et CETA, l’abrogation de la loi El Khomri, le droit de révoquer un élu et l’inscription d’une « règle verte » dans la Constitution.

Mélenchon contre la droite, Macron et Hollande

Mais ce dimanche, le tout a repris la forme d’un rassemblement politique classique, avec un défilé de soutiens internationaux, dont les ambassadeurs vénézuélien et bolivien, l’ancienne ministre de la Culture malienne Animata Traoré et l’ex-présidente du parlement grec Zoé Konstantopoúlou.

Le candidat est intervenu pour clore la convention par un discours vantant d’abord l’expérimentation de démocratie participative à l’œuvre pendant le week-end et via son site de campagne : « C’est une stratégie révolutionnaire, sans coup de fusil ni coup de bâton, avec des bulletins de vote. » Mais, pour Jean-Luc Mélenchon, « la démocratie, ce n’est pas le consensus », a-t-il lancé. Manière de dire qu’il ne souhaite pas faire de compromis avec une ligne plus à gauche que jamais. Une stratégie peut-être confortée par un sondage paru dans Le Journal du Dimanche qui fait de JLM le premier représentant des « valeurs de gauche » pour 34 % des Français de cette sensibilité politique, devant Macron, Hollande et Montebourg (19 % chacun).

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Il s’en est justement pris à tous ses potentiels adversaires à la présidentielle : François Hollande, accusé de « s’étaler sur le divan » des journalistes, Emmanuel Macron, qu’il a fait siffler en maniant l’ironie, et « les sept de l’autre soir », les candidats de la primaire de droite, jugé « déconnectés ». Le représentant du Parti de gauche a eu un mot dur pour presque chacun d’entre eux, résumant sa pensée ainsi : « La bêtise de ces sept-là, c’est de ne pas comprendre qu’on ne peut pas proposer à un grand pays comme le nôtre de seulement baisser les impôts et augmenter le temps de travail. »

Aucun mot sur le FN

Mélenchon contre tous les autres ? Un seul nom de rival n’a pas été prononcé, celui de Marine Le Pen. S’il n’a fait aucune allusion au Front national, « c’est parce qu’on est entre nous, il sait qu’il n’a pas à nous convaincre là-dessus », estime Daniel, retraité du bâtiment tiré au sort pour la convention. Dans son argumentaire, le candidat de la « France insoumise », hors parti, a consacré un certain temps à la planification écologique, blaguant sur la sémantique (« Planification, ça sonne URSS hein ? Mais De Gaulle aussi planifiait ! »). Le sujet a quand même été pour lui l’occasion de tenter une passerelle vers l’électorat populaire qui soutient Marine Le Pen : « Les ouvriers ne sont pas contre l’écologie », a-t-il martelé.

Loin d’affirmations comme celle en juillet sur « le travailleur détaché qui vole son pain aux travailleurs » locaux, Jean-Luc Mélenchon s’est du reste attardé avant tout sur des thèmes marqués à gauche : outre l’écologie, il y a eu la réduction du temps de travail, la situation des réfugiés et le droit de vote obligatoire dès 16 ans.

Mais si le PS et Les Républicains en ont pris pour leur grade et que Jean-Luc Mélenchon prêchait devant des convertis, l’ancien ministre de Jospin a achevé son allocution par une main tendue aux communistes, aux socialistes et même aux électeurs de droite : « Vous n’êtes pas des mélenchonistes, moi non plus d’ailleurs. Il n’y a pas de cadre politique plus large que la France insoumise, c’est un label et tout le monde est le bienvenu. A condition de respecter le programme, qui sera le même à la présidentielle et aux législatives. » 577 candidats seront présentés à ces dernières élections, a-t-il assuré, le maximum possible. Et pour la plus proche échéance, la présidentielle, son directeur de campagne Manuel Bompard indique que ce dimanche matin, 266 parrainages ont été recueillis sur les 500 nécessaires.