On vous raconte la petite histoire des primaires présidentielles en France

ELECTIONS Les primaires n'ont pas toujours précédé les élections présidentielles en France...

Laure Cometti

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La première primaire présidentielle interne (donc fermée) organisée en 1995 par le Parti socialiste, a vu s'affronter Lionel Jospin et Henri Emmanuelli.
La première primaire présidentielle interne (donc fermée) organisée en 1995 par le Parti socialiste, a vu s'affronter Lionel Jospin et Henri Emmanuelli. — PIERRE BOUSSEL / AFP / Gabriel BOUYS / AFP

L’élection présidentielle de 2017 est la première à être précédée d’autant d’élections primaires dites « ouvertes ». Une nouveauté dans l’Hexagone où cette pratique est entrée récemment dans le calendrier politique. 20 Minutes vous résume la petite histoire des primaires en France.

1995 : Première primaire interne au PS

Au commencement, les primaires présidentielles se déroulaient en interne. La première est organisée en 1995 par le Parti socialiste (PS), dont les statuts prévoient dès 1971 que le candidat à l’élection présidentielle peut être désigné par les militants. Lionel Jospin remporte avec 66 % des voix cette primaire à un tour, au suffrage direct et secret, face à son unique adversaire, Henri Emmanuelli, le 5 février 1995. Au total, plus de 82.000 militants socialistes ont voté.

L’opération est renouvelée avant la présidentielle de 2007. Cette fois, les candidats sont au nombre de trois (Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius) et la campagne dure environ trois mois, ponctuée de meetings et de débats publics. Pour augmenter le nombre de votants et « mobiliser au-delà des militants, le PS a proposé une adhésion à 20 euros. Ces nouveaux adhérents ont représenté environ un tiers des inscrits à la primaire », explique Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. Ségolène Royal emporte la primaire avec 60 % des voix le 16 novembre 2006.

La droite adopte à son tour la primaire interne pour l’élection présidentielle de 2007, mais seule une candidature est validée par les instances de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), celle de Nicolas Sarkozy. Le président du parti est plébiscité dans sa course à l’Elysée par 98 % des militants.

2011 : Les premières primaires « ouvertes »

Les écologistes ne sont pas en reste : depuis la présidentielle de 2002, ils désignent eux aussi leur candidat avec une élection primaire interne à deux tours. Le parti Europe-Ecologie-les-Verts est le premier en France à « ouvrir » sa primaire, en 2011. Il n’est plus obligatoire pour voter d’être adhérents mais il faut approuver la charte des Verts mondiaux. Résultat, environ 25.000 votants se déplacent à chaque tour et désignent Eva Joly.

La primaire EELV en 2011
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La même année, le PS organise aussi sa première primaire présidentielle ouverte. « Il y avait un effet post-élection d’Obama en 2008, et la volonté de créer une forte dynamique autour d’un candidat », souligne Bruno Cautrès. Les modalités sont définies : pour voter, il faut signer une déclaration sur l’honneur d’adhésion aux « valeurs de la Gauche et de la République » et s’acquitter d’un euro à chaque tour du scrutin. Six candidats s’affrontent : le radical de gauche Jean-Michel Baylet, les socialistes Martine Aubry, François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Manuel Valls. Plus de 2,8 millions d’électeurs votent lors du second tour qui désigne François Hollande comme candidat à la présidentielle.

La primaire du Parti socialiste en 2011
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2016 : Primaire pour tous… ou presque

En 2013, l’UMP inscrit le principe de la primaire dans ses statuts, posant les bases du scrutin qui se déroulera les 20 et 27 novembre prochains, lors de la première  primaire ouverte « de la droite et du centre ». Les modalités sont proches de la primaire du PS en 2011 : une charte à signer, et deux euros à débourser à chaque tour.

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« François Hollande a bénéficié de l’effet catapulte de la primaire lors de la présidentielle de 2012. La droite a constaté cette dynamique très favorable », d’où la généralisation de la primaire selon Bruno Cautrès. En outre, « la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 a écorné la culture selon laquelle le chef du parti est le candidat naturel », poursuit-il.

Le PS remet aussi le couvert en janvier 2017 avec une primaire « de la Belle Alliance populaire » (PS et « écologistes réformistes »).

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« L’ouverture » des primaires présidentielles reflète selon Bruno Cautrès « la transformation du lien partisan dans les démocraties ». Un lien affaibli en même temps que « la fidélité politique des électeurs ». D’où une volonté pour les partis de mobiliser au-delà des bases militantes, avec le risque de « réduire le rôle du parti, qui devient une plateforme organisatrice et dont l’agenda est en concurrence avec ceux des candidats ».

Si elles sont récentes dans l’histoire politique française, ces primaires ouvertes semblent s’inscrire durablement dans le calendrier électoral. « Il ne peut y avoir de retour en arrière, tous les partis s’y mettent », appuie le chercheur, ajoutant que le Parti de Gauche et le Front national « auront du mal à éluder la question ». Rendez-vous en 2022…

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