VIDEO. Primaire à droite: Cinq choses à savoir sur Jean-Frédéric Poisson, le candidat inconnu

CHRETIENS-DEMOCRATES Antilibéral ayant grandi dans un HLM et personnalité appréciée à l’Assemblée nationale, le méconnu Jean-Frédéric Poisson détonne sur la ligne de départ de la primaire…

Olivier Philippe-Viela

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Petite réunion publique de Jean-Frédéric Poisson avec les fidèles d'une paroisse du 9ème arrondissement de Paris, le vendredi 23 Septembre 2016.
Petite réunion publique de Jean-Frédéric Poisson avec les fidèles d'une paroisse du 9ème arrondissement de Paris, le vendredi 23 Septembre 2016. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Sur le trombinoscope des candidats de la primaire à droite, il est celui qui fait hausser un sourcil d’étonnement : mais qui est donc Jean-Frédéric Poisson, l’un des sept qui briguent la représentation du parti Les Républicains à l’élection présidentielle 2017 ? D’abord, ce n’est pas un Républicain, mais le président du Parti chrétien-démocrate, et successeur de Christine Boutin à ce poste. Ensuite, le député des Yvelines est le plus atypique  parmi les sept candidats. Petit tour d’horizon d’un élu à part.

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Un ancien cancre devenu travailleur acharné

C’est dans la jeunesse de Jean-Frédéric Poisson qu’il faut aller chercher les racines de ce personnage de la droite française. Issu d’une famille agnostique, il passe son enfance entre la Drôme, un temps, et surtout Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), dans une HLM pendant quinze ans. Elève médiocre et bagarreur, en décrochage scolaire, il est renvoyé de sept collèges et lycées, avant la révélation : à La Vie, il a raconté ce « 30 janvier 1982 à 9 h 15 » où il est devenu catholique. C’était en cours de philosophie, il avait 19 ans et a « eu la conviction d’être aimé de Dieu ».

Le cancre se transforme alors, va à la messe tous les dimanches, multiplie les retraites spirituelles dans l’Indre, et relance avec succès ses études, qu’il poursuivra jusqu’à un doctorat en philosophie et un master en droit social. Et à l’Assemblée nationale, le verdict est unanime : Jean-Frédéric Poisson est un gros bosseur. « Quand il intervient dans l’Hémicycle, ce n’est pas pour bavasser, il fait autorité », expliquait à Libération le député PS de la Loire Régis Juanico. Sa présence et sa participation à la chambre basse le confirment.

« Ni libéral, ni atlantiste, ni fédéraliste », mais bien de droite

C’est ce qu’il a expliqué à Libération pour justifier sa différence avec Les Républicains. Etonnant de voir, au milieu des Sarkozy, Juppé et Le Maire, un candidat de droite plaider pour un revenu universel et un retrait du commandement de l’Otan, s’opposer au travail le dimanche et à la déchéance de nationalité, assumer un fort eurosepticisme, participer à la fête de l’Huma, et être le seul de son groupe parlementaire à voter contre la prolongation de l’état d’urgence. « Je ne suis pas un libéral. Je suis plus à gauche que Macron », confiait-il à L’Express.

Mais le candidat chrétien-démocrate n’est pas non plus un intrus au sein de la primaire de droite : Jean-Frédéric Poisson est en guerre contre l’héritage de Mai 68 et le mariage pour tous, et il plaide pour l’inscription des racines chrétiennes dans la Constitution et la création d’un service national universel. Il a en outre été reçu deux fois à Damas par Bachar al-Assad, et plaide pour une alliance franco-russe en faveur du président syrien contre Daesh. Certes atypique sur les questions économiques au sein de la droite, il n’est donc pas candidat à cette primaire par hasard. « C’est un homme de droite dans le sillage de Madame Boutin », confirme sa collègue à la vice-présidence de la commission des lois, la députée PS Cécile Untermaier. Il se dit d’ailleurs plus proche de Marion Maréchal-Le Pen que de Nathalie Kosciusko-Morizet et voit en Robert Ménard « un homme courageux » pour qui il aurait voté s’il avait « été électeur à Béziers en 2014 ».

Il assume et s’amuse de son patronyme

Le 1er avril 2013, Jean-Frédéric Poisson faisait une grande déclaration au Parisien : il voulait déposer à l’Assemblée une proposition de loi visant à « protéger les députés qui portent un nom d’animal aquatique ». C’était une blague, évidemment, mais ça n’a pas du tout fait sourire l’un de ses collègues également député des Yvelines… Jean-Marie Tétard : « Je ne suis pas solidaire. Nous n’avons pas été élus pour ça. » Bon, sa boutade du 1er avril n’a pas fait l’unanimité, mais le candidat n’a pas lâché l’affaire sur son patronyme, puisque son logo de campagne pour la primaire est [alerte spoiler] un poisson. Et histoire de bien faire passer le message, il cumule son appartenance catholique et son nom ichtyen dans une chronique vidéo hebdomadaire nommée « Vendredi aussi, c’est Poisson ! ».

Une personnalité appréciée de l’Hémicycle

« Poisson est perturbant parce qu’il y a un décalage entre ses idées réactionnaires et un personnage humainement très agréable », racontait le député PS de l’Isère Erwann Binet à La Vie. Le député est effectivement décrit comme un bon vivant, qui se félicite auprès de Libération de cuisiner « le meilleur risotto au sud de la Seine » et Benoît Hamon, son coéquipier dans l’équipe de rugby parlementaire, voit en lui « un bon pilier gauche ». « On aimerait ne pas l’aimer pour que tout soit raccord ! », résume le député PS de l’Ardèche Olivier Dussopt.

Poisson a donc la cote auprès des amateurs de rugby, de chasse et de poulet teriyaki (il est également très fier de sa recette) de l’Assemblée nationale, mais peut-être moins auprès de ses collègues femmes. Il expliquait au Figaro fin 2015 se réjouir dans l’Hémicycle « de voir certaines de [s]es collègues élégantes, bien mises comme on dit, cela fait partie aussi du régal, si je peux dire, ou des circonstances favorables de l’exercice de notre mandat ». Cette sorte de « compliment » n’a pas été du goût de toutes ses collègues justement, Emmanuelle Cosse le taxant de « goujat ».

Le Coran comme lecture (car il apprend l’arabe)

Jean-Frédéric Poisson est plein de surprises, et pas que pour son risotto : il apprend l’arabe depuis deux ans et a le Coran comme livre de chevet, « par honnêteté intellectuelle pour connaître le sujet dont on parle », justifiait-il à Libé. Mais le président du Parti chrétien-démocrate n’est pas très œcuménique, car s’il n’a « pas de problème avec les musulmans », il en a un avec l’islam, répète-t-il à l’envi. Ce qu’il veut, c’est « que la France dise aux musulmans de France ce qu’elle attend d’eux, en échange de la garantie de leurs droits, de leur dignité et de la décence des conditions de pratique de leur foi », expliquait-il sur Public Sénat cet été.

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