Hollande: Les livres-confidences se succèdent, mais pourquoi parle-t-il autant aux journalistes?

POLITIQUE Un nouvel ouvrage d'entretiens avec des journalistes sort jeudi...

Thibaut Le Gal

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Le président François Hollande s'exprime devant les journalistes après sa visite à l'ambassade du Danemark, le 15 février 2015 à Paris
Le président François Hollande s'exprime devant les journalistes après sa visite à l'ambassade du Danemark, le 15 février 2015 à Paris — Thomas Samson AFP

François Hollande, l’homme qui murmurait à l’oreille des journalistes. Depuis quelques mois, les livres « confidences » du chef de l’Etat poussent comme des champignons. Dernier en date, Un président ne devrait pas dire ça, dans  les librairies jeudi. Pour leur enquête, Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont rencontré le président à… soixante reprises, du 3 avril 2012 (avant son élection) au 25 juillet 2016. « Plus d’une centaine d’heures de conversation » en tête à tête, affirment les journalistes du Monde.

Ces entretiens, comme ceux accordés à Karim Rissouli et Antonin André (32 en 4 ans) pour Conversations privées avec le Président, n’ont rien d’étonnant. François Hollande a toujours aimé les journalistes. Il a noué des liens avec des dizaines depuis son passage comme chroniqueur éco au Matin de Paris, mais surtout, lors des 11 ans passés à la tête du Parti socialiste (1997-2008). Une fois à l’Elysée, le chef de l’Etat ne change pas de numéro, et continue de dialoguer par SMS, téléphone ou lors de déjeuners avec ses anciennes connaissances.

Une anecdote révélée par le Monde illustre bien ce penchant : au soir du second tour des législatives 2012, le secrétaire général de l’époque s’agace dans les couloirs du Palais, une dépêche de l’AFP à la main. « Mais quel est l’abruti qui parle au nom du président ! ». Quelques minutes plus tard, Pierre-René Lemas s’apercevra que « l’entourage de François Hollande » cité dans l’article n’était autre… que le président lui-même.

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Des dizaines de journalistes reçoivent des SMS du président

« Un jour, les journalistes politiques ont essayé de comptabiliser le nombre d’entre eux qui reçoivent des SMS du président : ils ont dépassé le chiffre ahurissant de 70 », confie Valérie Trierweiler dans son pamphlet Merci pour ce moment. Au mois d’août, le quotidien suisse Le Temps allait plus loin en affirmant que François Hollande passait « entre 30 % et 40 % de son temps avec des journalistes », citant un de ses anciens conseillers. « C’est faux ! Plutôt 3 % », répond aujourd’hui son entourage (au risque de vous décevoir, il ne s’agit pas ici de François Hollande mais bien de son conseiller en communication).

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Cette activité donne des armes à ses adversaires, mais consterne aussi ses propres ministres. Alors pourquoi donc, François Hollande est-il si bavard ?

« Cela permet de mettre en perspective l’action du quinquennat, de montrer la cohérence de l’action ». Voilà pour la réponse officielle. Et sinon ? « Il a toujours aimé commenter l’actualité politique, ce n’est pas nouveau sauf qu’il est président », rappelle l’historien Christian Delporte, spécialiste de la communication politique. « Il sait qu’on ne gagne pas une campagne sans avoir un bon feeling avec les médias. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il a remporté les primaires en 2011 face à Martine Aubry, qui, elle, entretient des relations exécrables avec les journalistes ».

« Ces entretiens lui permettent de faire monter la mayonnaise en attendant de se lancer »

Dans l’ouvrage Conversations privées avec le Président, le chef de l’Etat lui-même reconnaît avoir mesuré l’importance de s’entretenir avec les médias lorsqu’il était directeur de cabinet de Max Gallo en 1983.

« Qu’est-ce que j’en ai retenu ? Qu’une parole prononcée d’un lieu officiel a du sens. Et qu’un journaliste, même un bon journaliste, même un journaliste sérieux, on peut toujours le guider, l’orienter. C’est le jeu. D’autant que le journaliste est contraint : il doit faire un papier dans un délai très court avec souvent des informations parcellaires. Il suffit donc de lui donner le bon angle, la bonne approche, et la bonne information, parfois même une information bidon, ça fonctionne. C’est encore plus vrai aujourd’hui. »

 

Christian Delporte confirme : « Quand on est président, il vaut mieux que d’autres parlent pour vous. Hollande n’est pas encore candidat, il ne peut donc pas écrire un livre soi-même pour faire le bilan du quinquennat. Ces entretiens, ces faux-off, lui permettent de faire monter la mayonnaise en attendant de se lancer ». François Hollande aimerait-il le journalisme au point de demander les têtes qu’il n’apprécie pas ? C’est l’accusation lancée, lundi sur BFM TV, par l’ancienne directrice-adjointe de l’Obs, Aude Lancelin, licenciée en mai. « Faux et diffamatoire », répond l’Elysée.

 

* Jusqu’ici tout va mal de Cécile Amar, Le stage est fini de Françoise Fressoz, L’Elysée selon Hollande d’Hervé Asquin, Le pari de Bastien Bonnefous et Charlotte Chaffanjon, Le premier secrétaire de la République (Cyril Graziani), Ça n’a aucun sens d’Elsa Freyssenet, etc.