Débats télévisés: Pourquoi est-ce si difficile de désigner un vainqueur?

LA QUESTION Campagne présidentielle aux Etats-Unis, primaires en France… Les débats politiques remplissent le petit écran, avec toujours cette même question : qui va gagner ?

Laure Cometti

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Donald Trump et Hillary Clinton lors du premier des trois débats télévisés de la campagne présidentielle américaine, le 26 septembre 2016.
Donald Trump et Hillary Clinton lors du premier des trois débats télévisés de la campagne présidentielle américaine, le 26 septembre 2016. — David Goldman/AP/SIPA

Qui a gagné ? C’est la question dans tous les esprits à la fin de tout débat politique à la télévision, un rendez-vous rituel de toute campagne électorale. Trois débats sont même prévus dans la course à la Maison Blanche aux Etats-Unis, entre Hillary Clinton et Donald Trump qui s’affronteront une deuxième fois ce dimanche. A chaque fois, les téléspectateurs sont sondés et les médias donnent leur propre verdict, en s’appuyant parfois sur l’avis d’analystes politiques. Mais comment détermine-t-on qui a dominé un débat ou qui l’a perdu ?

Des critères subjectifs

La réponse ne peut évidemment être que subjective. Sur quels critères ? 20 Minutes a posé la question à deux experts bien placés pour répondre puisqu’ils préparent les hommes politiques à de tels événements médiatiques. « Les téléspectateurs évaluent l’investissement émotionnel et la domination physique du candidat dans ce corps-à-corps symbolique », explique Cécile Delozier, coach en communication politique.

La domination peut être physique ou verbale, ajoute Philippe Moreau Chevrolet, président et fondateur de l’agence de communication pour les dirigeants MCBG. « Une anaphore comme celle de Hollande face à Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle de 2012, qui ne permet pas à l’adversaire de répliquer, ou une phrase assassine comme celle de Mitterrand à Chirac, a l’effet d’une prise de pouvoir en direct sur le plateau ». Ces sorties, certes marquantes, ne peuvent toutefois pas résumer l’ensemble d’un débat et désigner un vainqueur.

Le débat sur le débat compte au moins autant

S’il est si difficile de dire qui a gagné, c’est aussi parce qu’il s’agit d’un jeu qui se pratique à trois (les candidats, les téléspectateurs et les médias), en deux temps : « la médiatisation du débat a plus de chances d’infléchir la perception des candidats par l’électeur », explique Pierre Lefébure. L’enseignant-chercheur à l’université Paris-XIII précise que « l’effet de rémanence du débat dure 24 à 36 heures ». C’est pour cela qu’après un débat, on observe des stratégies visant à « surmédiatiser les erreurs de l’adversaire ». Des tactiques qui pèsent sur le « cadrage médiatique » post-débat, qui peut aussi être influencé par des sondages menés auprès des téléspectateurs.

Après le premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump, les panels de CNN (à 62 % contre 27 %) et de  Politico (à 79 % contre 21 %) ont tous deux jugé que la candidate démocrate avait été meilleure que son adversaire républicain, un avis largement partagé par les médias américains.

Infographie : débat Clinton / Trump
Infographie : débat Clinton / Trump - AFP

La perception du débat par un téléspectateur dépend de son orientation politique, et du choix du candidat qu’il a éventuellement déjà fait. « En général, chacun est conforté dans son propre camp », observe Cécile Delozier.

Des sondages en direct, mais peu d’impact dans les urnes

Or la médiatisation de ces sondages de téléspectateurs « alimente l’idée selon laquelle il est censé se passer quelque chose dans la tête des téléspectateurs lorsqu’ils regardent un débat », note Pierre Lefébure. « C’est très simplificateur », poursuit-il. « L’habillage scientifique des sondages donne du poids à l’opération de réduction du sens de ce qui s’est passé ». Ainsi, à l’issue des deux heures de L’Emission politique (sur France 2), qui reçoit des candidats à la présidentielle de 2017 pour discuter de leur programme, l’enjeu est résumé par cette question posée à un panel de téléspectateurs : « [Prénom et nom du candidat] vous a-t-il convaincu ? ».

Une question apparemment cruciale, mais dont l’impact électoral est très limité. Car in fine, un débat « n’a pas d’influence » palpable dans les urnes, selon l’historien Christian Delporte. « Celui qui gagne est toujours le favori des sondages. L’électeur entend ce qu’il a envie d’entendre et considérera son champion comme le meilleur. Aucune étude ne démontre un “effet débat” sur les indécis », expliquait le chercheur au Figaro en 2012. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose…