Proportionnelle, non-cumul, renouvellement politique... «Il est à craindre que ces projets tombent à plat»

INTERVIEW «20 Minutes» a interrogé l’historien Jean Garrigues sur les propositions des candidats de réformer notre démocratie...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Assemblée nationale (illustration).
Assemblée nationale (illustration). — NICOLAS MESSYASZ / SIPA

C’est la nouvelle thématique à la mode : le renouvellement des institutions. Jeudi, François Hollande a plaidé pour une démocratie « revisitée » devant un colloque réuni à l’Assemblée nationale. Deux jours plus tôt, Emmanuel Macron a lui aussi avancé « ses pistes » pour lutter contre « le malaise démocratique ». A droite, certains candidats à la primaire souhaitent moins de parlementaires et davantage de référendums. Cette thématique de renouvellement du système démocratique pourrait-elle s’imposer pendant la campagne ? 20 Minutes a interrogé l’historien Jean Garrigues, spécialiste d’histoire politique.

Cette volonté de renouvellement démocratique est-elle une nouveauté dans le débat politique ?

Non, ce thème a déjà plusieurs décennies. Le premier à avoir réformé la Ve République est son père fondateur, le général De Gaulle, qui en 1962 décide de faire élire le président au suffrage universel. On peut évoquer la révision du septennat qui a renforcé la présidentialisation en couplant l’agenda législatif et présidentiel. Depuis plusieurs années, le thème de VIe République est régulièrement mis en avant par Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg par exemple. A gauche, mais aussi chez François Bayrou et les centristes, on demande davantage de proportionnelle depuis longtemps.

L’introduction d’une part de proportionnelle à l’Assemblée était d’ailleurs une promesse de campagne de Hollande. Elle ne sera pas tenue. N’est-ce pas le lot des réformes institutionnelles ?

C’est un peu l’impression que ça donne. La proportionnelle, on en parle depuis longtemps et ça ne vient pas. Il y a une raison logique : le parti qui remporte l’élection présidentielle n’a pas intérêt à voir écorner sa majorité. Mêmes réticences sur le non-cumul des mandats. On voit bien l’opposition du Sénat : ceux qui doivent la voter sont les premiers concernés. Il est à craindre que beaucoup de ces projets de réformes tombent à plat. C’est tout le problème du blocage entre les élites politiques qui ont tendance à vouloir maintenir le système et la demande populaire. Il faut ajouter à ça le poids de « l’exception française » : toute une génération politique nourrie par la culture gaullienne qui rend difficile le fait de penser aux systèmes parlementaires d’autres pays européens. Il y a un tabou répulsif de la IIIe et IVe République sur ce sujet.

Aujourd’hui, de Macron à Mélenchon, du président aux candidats de droite. Tout le monde en parle…

La crise de confiance entre les acteurs politiques et les citoyens n’a jamais été aussi forte. Il est normal de réfléchir à des transformations des institutions. Il y a un mouvement de fond, une aspiration du corps civique à plus de démocratie, qu’on retrouve dans les mouvements citoyens ou à Nuit Debout. En 2008, il y a eu une petite amorce de rééquilibrage avec la commission sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, présidée par Édouard Balladur. Les politiques se rendent compte que ce n’est pas assez. Dans nos élections intermédiaires, près de la moitié des électeurs s’abstiennent…

Quelles sont les pistes pour tenter de renouveler la démocratie ?

Deux directions existent. Une direction de nature fonctionnelle : comment améliorer le fonctionnement des institutions. En accélérant les processus parlementaires, par exemple, comme propose Hollande de réduire le nombre de lectures par Chambre pour les textes en urgence. Ce ne sera pas spectaculaire mais bien efficace. Il y a aussi la direction plus symbolique, en imposant davantage de transparence, en organisant des audits des ministres ou un contrôle populaire de l’action présidentielle comme le propose Macron. On peut évoquer aussi l’augmentation des initiatives législatives populaires, le recours aux droits de pétition, le renouvellement du personnel politique…

Ces thématiques seront-elles au centre de la campagne ?

Je pense qu’elles devraient l’être, car la défiance politique atteint un niveau exceptionnel. Malheureusement, on voit très bien la direction que certains veulent donner à la campagne : sécurité, immigration, laïcité, des sujets plus spectaculaires. A coté, le problème majeur dans nos sociétés, la hausse du chômage, sera encore déterminant. Je crains que la thématique du renouvellement démocratique soit encore une fois laissée de côté.