«Ambition intime»: L'émission de com’ idéale pour les candidats à la présidentielle?

POLITIQUE L'entourage des candidats est très satisfaite des portraits qui seront diffusés sur M6...

Thibaut Le Gal

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Nicolas Sarkozy dans l'émission «Ambition intime» de M6
Nicolas Sarkozy dans l'émission «Ambition intime» de M6 — PIERRE OLIVIER/M6

La politique est dans le pré. Ou plutôt dans le jardin et l’appartement cosy de Karine Le Marchand. L’animatrice de M6 cuisine les candidats à la présidentielle de manière intime et décalée dans sa nouvelle émission Une Ambition intime, dont le premier épisode est diffusé dimanche. Sur le sofa, la politique laisse place à l’anecdote croustillante, aux relations personnelles, à la famille, l’amour ou même le sexe….

Le programme n’a visiblement pas intimidé les prétendants à l’Elysée. Pas moins de huit candidats ont un portrait en boîte : Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Bruno Le Maire, François Fillon, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, Arnaud Montebourg, et Alain Juppé. 20 Minutes a interrogé les équipes com’des candidats*. Le constat est éloquent : ils sont ravis des portraits dressés. Ambition intime servirait-elle la soupe aux hommes politiques ?

« Il y a eu des hésitations à participer à cette émission »

« L’émission nous a été présentée comme ça : les Français ne font plus confiance à la politique. Il faut tenter de répondre à ce décalage en montrant leur côté humain, avance l’entourage de Bruno Le Maire. Pour se faire entendre, il faut aller là où sont les Français. Il ne s’agit pas d’être impudique, mais les électeurs veulent aussi savoir qui sont réellement les candidats. »

« Il y a eu des hésitations à participer à cette émission », reconnaît le camp Juppé, mais il est important qu’un candidat fasse connaître son ambition intime, ce qui le pousse, le motive. Qu’il montre ce qu’il a dans le coffre. La démarche n’est pas éloignée du livre numérique De vous à moi, [sorti par Alain Juppé en septembre]. On savait que l’émission serait menée avec sérieux, et n’irait pas au-delà des frontières de la vie privée. »

« Jean-Luc ne snobe aucun média. Il n’y a pas les émissions respectables et puis les autres », assure son équipe com'. « Nous avions déjà fait Gala, Closer, en essayant à chaque fois de placer nos idées. Quand Jean-Luc parle de quinoa, c’est pour parler écologie et souffrance animale. C’est le même principe ici, faire passer ses idées, ses valeurs à travers son parcours politique. »

Tous l’évoquent, l’émission permet deux choses :

  • Toucher un public plus large, pas forcément intéressé par la politique
  • Donner une image positive du candidat

« Ça ne fait pas de mal, un peu de bienveillance »

Arnaud Montebourg face à Karine Le Marchand dans «Une Ambition intime».
Arnaud Montebourg face à Karine Le Marchand dans «Une Ambition intime». - PIERRE OLIVIER/M6

« Arnaud Montebourg est une personnalité encore peu connue. Il y a un décalage entre ceux qui s’intéressent à la politique et d’autres, qui le connaissent seulement par ce qu’en disent les humoristes. Certains croient connaître Montebourg, mais connaissent en réalité Canteloup, déplore François Kalfon, son directeur de campagne. Le format permet de corriger l’image d’aristocrate que certains ont de lui. » Même constat pour le conseiller com’ de Bruno Le Maire. « Il a 25 ans de notoriété de moins que d’autres candidats à la primaire. Beaucoup de Français ne le connaissent pas. Pouvoir s’adresser à eux, en prime time est forcément utile. »

Parler de soi, rire, verser une petite larme… l’émission idéale de communication politique ? « Elle est idéale en ce sens qu’elle permet de casser l’image un peu distante et froide fabriquée par le bruissement médiatique », insiste l’entourage de Jean-Luc Mélenchon.

« Il y a toujours un risque quand on parle. Mais le parti pris de l’émission est de montrer que l’ambition politique n’est pas que négative », poursuit l’entourage d’Alain Juppé. « On peut trouver ça bienveillant mais elle donne un œil neuf et n’abaisse pas la politique dans une dérision permanente comme d’autres émissions d’infotainement ». « Et puis, ça ne fait pas de mal, un peu de bienveillance, les gens feront ensuite leur marché. S’il y a une incohérence entre le parcours de l’homme et les idées, cela se verra », prévient François Kalfon.

Bon, on a quand même demandé l’avis d’un spécialiste de la communication Philippe Moreau Chevrolet.

C’est quoi une émission idéale pour la com’d’un candidat ?

Une émission qui le met en danger, qui lui fait prendre de vrais risques. Une émission qui le confronte à des Français par exemple. Voir Hollande batailler avec un socialiste déçu ou Sarkozy face à un militant indigné par les affaires. Le processus de sélection doit être le plus transparent possible, et le dialogue franc, direct. Un format dans lequel il est difficile de tricher. Les Français aiment le clivage.

Rendre le personnage plus « humain », ce n’est donc pas utile ?

On est allés tellement loin dans l’exhibition médiatique que les politiques se sont éloignés des Français. La vie personnelle n’est pas le lieu d’une émission politique car on a a déjà accès à toute son intimité dans les magazines people, sur Facebook, leurs sites Internet. La mise en scène intervient ailleurs qu’à la télévision.

Quid de l’émission de M6 ?

C’est toujours utile pour ceux que les Français connaissent peu, comme Bruno Le Maire. Le problème des politiques français est qu’ils sont froids, guindés, et ont du mal à parler aux Français. Mais politiquement, ce n’est pas grâce à ce type d’émission qu’on franchit un cap. C’est très confortable, et il n’est pas évident que les téléspectateurs la regardent au premier degré. C’est plus un objet de consommation.

En période de campagne, il faut convaincre et entraîner les Français. Ce type de format ne mange pas de pain, peut rendre quelqu’un plus sympathique, mettre davantage d’affects dans la campagne, comme le font les Américains. Mais même si l’émission est une petite révolution en termes de com’politique, au fond, ça ne changera pas le rapport de forces.

*Les entourages de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy n’ont pas répondu à nos demandes.