Juppé, Mitterrand... La peopolitique, un mélange des genres qui trouble le Web

«COMPOL» Le candidat à la primaire de droite s'affiche avec son épouse dans «Paris Match»...

A.B.

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Alain Juppé cède-t-il à la tentation peopolitique?
Alain Juppé cède-t-il à la tentation peopolitique? — E.DESSONS/JDD/SIPA

Une photo d’un baiser timide et un titre : « Isabelle m’est indispensable ». Alors qu’il se traîne une image d’homme froid, distant et conventionnel, Alain Juppé répond par une déclaration d’amour à son épouse dans Paris Match, qui consacre cette semaine un dossier au principal rival de Nicolas Sarkozy à la primaire de droite.

Une ouverture sur sa vie privée dont le candidat Juppé n’est pourtant pas très coutumier, mais qui est pratiquée par nombre de politiques, qui, storytelling de campagne oblige, posent une limite très floue aux frontières de leur intimité. Les politiques ont-ils besoin de ça pour gagner le cœur des électeurs ? Sont-ils devenus des people comme les autres ?

Un mélange des genres

La manœuvre n’est pas nouvelle, pour séduire les électeurs, hommes et femmes politiques se prêtent fréquemment à l’exercice en se mettant en scène avec leur famille. Un outil comme un autre employé pour leur storytelling. « L’objectif du storytelling n’est pas de faire dans le voyeurisme, rectifie Yannik Hennequin, cofondateur de Plebiscit, une agence de communication politique. C’est de mettre en phase l’histoire d’un(e) politique, avec ses convictions, et le fait qu’il ou elle se présente à un scrutin. C’est pour montrer que cette personne ne se présente pas par hasard, que c’est le parcours de toute une vie. »

Sur Twitter, nombreux sont les internautes qui se sont émus de ce mélange des genres, alors que ce jeudi, sont parues les bonnes feuilles deLettres à Anne (Gallimard), à paraître la semaine prochaine ; un ouvrage qui rassemble la correspondance amoureuse entre l’ancien président de la République François Mitterrand et sa maîtresse, Anne Pingeot.

« Ce mélange des genres, Emmanuel Macron le pratique aussi, mais parce qu’il est dans une logique claire de gagner en notoriété. Mais le maître incontesté de la discipline reste Nicolas Sarkozy. Souvenez-vous sa conférence de presse où il déclarait aux journalistes :"Avec Carla, c’est du sérieux". Or Juppé ne ressemble pas à Sarkozy. »

People vs public

Pour le spécialiste de la communication politique, l’argumentaire basé sur la nécessité de se dévoiler davantage, voire de casser son image pour conquérir les électeurs ne tient pas. « Et ça fait des décennies qu’on connaît Alain Juppé, il n’a pas besoin de ça, estime-t-il. Il a trouvé la bonne stratégie :faire voter les électeurs de gauche. »

Pourtant, dès ce dimanche, plusieurs politiques confieront leur Ambition Intime à Karine Lemarchand dans la nouvelle émission du même nom sur M6. « Je n’encourage jamais mes clients candidats à emprunter cette voie, souligne Yannik Hennequin. Par ailleurs, ça fait quarante ans qu’on dit de Juppé qu’il est froid et autoritaire, pourtant ça ne l’empêche pas d’être aujourd’hui en tête des sondages pour la primaire à droite. »

Tout ce déballage fait-il du politique un people comme les autres ? « Le rôle du politique n’est pas de savoir s’il est people, mais s’il est public, corrige Yannik Hennequin. Et de se positionner dans le cadre de l’intérêt général. »