FN : Jean-Marie Le Pen conteste son exclusion, qualifiée de «parricide»

JUSTICE Le cofondateur du FN Jean-Marie Le Pen s’est rendu à une audience au tribunal de Nanterre pour contester son exclusion du parti en août 2015…

Anne-Laëtitia Béraud

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Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front national, le 5 octobre 2016 à Marseille.
Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front national, le 5 octobre 2016 à Marseille. — Claude Paris/AP/SIPA

Jean-Marie Le Pen devant la justice pour une nouvelle manche avec sa fille Marine, à la tête du Front national. Ce mercredi, le cofondateur du parti d’extrême droite est venu tenter de faire annuler son exclusion du mouvement en août 2015, après ses propos répétés sur les chambres à gaz, « détail » de la Seconde guerre mondiale. Des commentaires loin du mouvement ripoliné que souhaite construire la nouvelle présidente Marine Le Pen.

Par trois fois déjà, la justice a donné raison à Jean-Marie Le Pen face au FN, en annulant sa suspension du parti puis en suspendant, par deux fois, le congrès par correspondance censé supprimer son statut de président d’honneur.

Faire « tomber la tête » du patriarche trahi par « ses enfants

Ce mercredi, canne à la main et se déplaçant lentement entre ses proches Lorrain de Saint-Affrique et Alexandre Simonnot, le « menhir » de 88 ans a souhaité « la victoire, celle de la justice » avant de prendre place dans la salle d’audience du tribunal de grande instance Nanterre. Il ne prononcera ensuite plus un mot, laissant maître Frédéric Joachim être sa voix.

Pendant 45 minutes, l’avocat aux tempes grises a argumenté sur l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN, qualifiée de « parricide », et d’« exécution politique des plus sommaires ». Il a sonné la charge contre le bureau exécutif du FN, surnommé « bureau exécuteur », qui aurait été « téléguidé » par Marine Le Pen. L’organe suprême du parti qui a décidé l’exclusion de l’ancien chef a eu hâte, selon l’avocat, de faire « tomber la tête » du patriarche trahi par « ses enfants, des anciens qui ont retourné leur casaque ».

«Griefs dérisoires»

« C’est une page de l’histoire de France que l’on essaye de tourner de force », a estimé encore Frédéric Joachim, évoquant des « griefs dérisoires » adressés à Jean-Marie Le Pen. « Si ce n’avait pas été [ses propos sur] Pétain et le détail de l’histoire, cela aurait été autre chose. Il faut toujours autre chose [pour le FN] », a estimé l’avocat de Jean-Marie Le Pen.

La défense de Jean-Marie Le Pen, pour demander au tribunal d'annuler son exclusion et d'ordonner sa réintégration parmi les membres du parti, a notamment tenté de démontrer que le bureau exécutif du FN qui l'a exclu était incompétent, et donc que sa décision était nulle. «Autant que sa vie durera, Jean-Marie Le Pen sera président d'honneur» du FN, a lâché son avocat, qui demande également à la justice de dire «en tout état de cause» que son exclusion en tant que membre ne saurait le priver de ce titre et des prérogatives qui y sont attachées, et de lui permettre notamment de siéger à nouveau au sein des instances dirigeantes du parti. Il réclame en outre au Front national deux millions d'euros de dommages et intérêts.

« Des motifs graves qui justifient une exclusion »

« L’hagiographie est finie, maintenant on va faire du droit ». Changement de rythme avec maître Georges Sauveur, qui représente le FN. L’homme est revenu longuement sur les griefs évoqués par son confrère. « Les chambres à gaz, c’est juste six millions de morts. C’est pas grave, c’est dérisoire ? », a-t-il tonné. « Ces propos constituent des motifs graves qui justifient une exclusion », a ajouté l’avocat du FN. Rappelant toutes les condamnations de Jean-Marie Le Pen depuis 1987, Georges Sauveur a estimé que « c’est monsieur Le Pen qui est devenu un détail de l’histoire du Front national ».

Un commentaire qui a semblé hérisser « le Vieux », qui a déclaré à sa sortie du tribunal « avoir aujourd’hui entendu l’avocat de [l’association antiraciste] MRAP ». Avant d'ajouter: « Détail? Nous sommes tous déstinés à cela, quand nous partirons dans une caisse en bois». Le tribunal de grande instance de Nanterre rendra sa décision le 17 novembre prochain.