La décolonisation de la Polynésie française en discussion à l’ONU

DIPLOMATIE Deux camps s'affrontent... 

20 Minutes avec AFP

— 

La décolonisation de la Polynésie française était au coeur des discussions aux Nations unies le 5 octobre 2016
La décolonisation de la Polynésie française était au coeur des discussions aux Nations unies le 5 octobre 2016 — MARCEL MOCHET / AFP

L’avenir de la Polynésie française se fera-t-il avec ou sans la France ?

La question est en discussion ce mardi aux Nations unies, devant la quatrième commission de l’ONU chargée des questions de décolonisation, a constaté un journaliste de l’AFP.

Ce sont deux visions de l’avenir qui se sont affrontées, l’une avec la France, et l’autre sans elle.

Le nucléaire au cœur du débat 

Le président de la Polynésie française Edouard Fritch, un autonomiste qui cultive de bonnes relations avec Paris, est venu défendre « un dialogue ouvert avec l’Etat français ».

L’un de ses principaux rivaux, le chef de parti indépendantiste Oscar Temaru, a fait venir 17 pétitionnaires, des élus ou des acteurs de la société civile, qui se sont attachés à démontrer le contraire.

Beaucoup ont centré leur intervention sur la question nucléaire. « Il y a eu 193 tirs, ce qui équivaut à une puissance nucléaire de 800 fois la bombe de Hiroshima », a ainsi clamé à la tribune le père Auguste Carlson, président de l’association 193, une des principales organisations à militer contre le nucléaire.

« La Polynésie est une poubelle nucléaire réalisée par la France », a-t-il poursuivi, avant de dénoncer « un taux élevé de maladies transgénérationnelles, où la plupart de nos enfants développent des cancers liés au sang, de la thyroïde, des malformations ».

>> A lire aussi : La France se défend d'avoir commis un «crime contre l'humanité»

L’indépendance refusée par les électeurs polynésiens

Quelques minutes plus tôt, Edouard Fritch avait assuré être « pleinement mobilisé sur ce sujet préoccupant ». Mais il a rappelé que la France avait reconnu le fait nucléaire, et versait une rente annuelle de « 180 millions de dollars » en compensation. Il s’est félicité « d’avancer sur la bonne voie », en insistant sur « la concertation ouverte et permanente avec les autorités de l’Etat français ».

Les pétitionnaires se sont inquiétés de voir la gestion de ses ressources naturelles sous-marines échapper à la Polynésie française au profit de la métropole, une crainte qu’Edouard Fritch a jugée « totalement infondée ».

Le président a insisté sur la large autonomie dont jouit la Polynésie française, et sur le rejet constant de l’indépendance par les électeurs polynésiens. Il a demandé que sa collectivité ne soit plus inscrite sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser.

Paris rejete la décolonisation

La Polynésie française y avait été réinscrite en 2013, à la demande des indépendantistes. Cette réinscription entraîne un processus de décolonisation, pour le moment rejeté par la France, et qui peut déboucher sur un référendum d’autodétermination.

Parmi les pétitionnaires, le professeur de tahitien à l’université d’Hawaï, Steve Chailloux, avait choisi une approche plus culturelle. Pour lui, la Polynésie subit « depuis plus de 136 ans une double colonisation, politique et linguistique, venant de la France ».

Comme chaque année, le représentant de la France à l’ONU n’a pas assisté aux interventions.

Une résolution sur la décolonisation de la Polynésie française doit être soumise au vote de l’Assemblée générale des Nations unies en décembre. Le projet de texte évoque aussi l’exploitation des ressources naturelles sous-marines et la question nucléaire.