Alstom: Valls réfute tout «bidouillage» et répond aux critiques

INDUSTRIE Des personnalités politiques de droite comme de gauche dénoncent « du bricolage industriel » et « du rafistolage préélectoral »…

H. B. avec AFP

— 

Alstom a annoncé vouloir transférer sa production de trains de Belfort à Reichshoffen
Alstom a annoncé vouloir transférer sa production de trains de Belfort à Reichshoffen — Christophe Ena/AP/SIPA

C’est le dossier chaud du moment. Le gouvernement vient d’annoncer plusieurs mesures afin de « sauver » l’usine Alstom de Belfort. L’Etat va acheter 15 TGV destinés à la ligne Intercités Bordeaux-Marseille pour maintenir l’activité de l’usine, menacée par un projet de transfert de la production de locomotives de Belfort vers Reichshoffen (Bas-Rhin).

Ce sauvetage de dernière minute suscite de nombreuses réactions de la part des responsables politiques. « Bricolage industriel », « rafistolage », « bidouillage »… Elus de droite comme de gauche sont très critiques. Ce qui n'a pas tardé à faire réagir le Premier ministre.

« Du bricolage industriel » pour Benoît Hamon

L’attaque la plus virulente est venue, sur France Inter, du candidat à la primaire de gauche Benoît Hamon. « La chance des salariés d’ Alstom, c’est la présidentielle. Si nous n’étions pas à six mois de l’élection présidentielle, nous n’aurions pas ce plan […]. C’est une manière aujourd’hui de maintenir l’emploi. On a conscience du bricolage industriel de cette solution. Je regrette aujourd’hui qu’on en soit arrivé là. […] Au bout du compte, je pense que l’Etat se ridiculise parce qu’il n’a pas joué son rôle auparavant, parce qu’on a manifesté une sorte d’impuissance volontaire ».

Marine Le Pen dénonce « des bidouillages du gouvernement »

Marine Le Pen, présidente du Front National, a quant à elle dénoncé des « bidouillages du gouvernement » (…) qui « ne constituent en rien une solution d’avenir à même de pérenniser, sur le long terme, l’activité et l’emploi sur le site de Belfort. (…) La réponse doit être double : structurelle, en se libérant des règles européennes qui lui interdisent toute forme de patriotisme économique et de protectionnisme intelligent. Et spécifique, en nationalisant de manière temporaire et partielle Alstom ».

« Du rafistolage préélectoral » estime Gérard Larcher

Le président Les Républicains du Sénat, Gérard Larcher, a également taclé les mesures du gouvernement sur RTL. « C’est une opération de rafistolage préélectorale. Le vrai sujet pour le gouvernement, c’est de créer les conditions de compétitivité pour les entreprises (…), c’est d’ailleurs un des sujets de la présidentielle. Sans des entreprises compétitives, sans des entreprises qui exportent, à terme, c’est l’emploi qui est condamné. »

Pour François Fillon, « c’est le sapeur Camember »

Pour le candidat à la primaire de droite, ce sont encore les usagers qui vont trinquer. « C’est vraiment le sapeur Camember, c’est-à-dire qu’on creuse un trou pour en boucher un autre. La question est simple : est-ce que la SNCF a besoin de ces trains ou pas ? […] Si elle n’en a pas besoin, ça veut dire que la SNCF – qui est déjà dans une situation financière absolument ingérable – va encore voir son déficit s’aggraver. Qui va payer ces trains ? Les contribuables ou les usagers de la SNCF qui paient déjà leurs billets très chers ? Quand on rentre dans ce genre de mécanique, ça aboutit toujours à des catastrophes ».

« Un cautère sur une jambe de bois », déclare Christian Estrosi

Le député les Républicains des Alpes-Maritimes, Christian Estrosi, a aussi critiqué, sur Europe 1, l’initiative du gouvernement « qui est un non-sens » et a promis que la droite s’engagerait, elle, « dans une véritable stratégie industrielle ». Selon lui, « il n’y a pas de stratégie derrière » le plan du gouvernement : « Les TGV, cela doit rouler sur des lignes nouvelles ».

« C’est pas cher, c’est l’Etat qui paie », a quant à lui ironisé le député les Républicains Thierry Mariani sur Twitter. « Et si Airbus a des difficultés, l’Etat commandera des A380 pour Nice-Toulon ? ».

« C’est tout le contraire du bricolage », défend Bruno Le Roux

Certains ont toutefois tenu à féliciter l’action du gouvernement. Bruno Le Roux, chef de file des députés socialistes, estime que « c’est une solution qui permet de remplir les chaînes de production. (…) L’Etat prend ses responsabilités. La pérennisation du site, cela passe par une diversification. Cela n’est possible que si le carnet de commandes est rempli. C’est tout le contraire du bricolage ». Un avis partagé par Marie-Noëlle Lienemann, candidate à la primaire, qui s’est elle aussi « félicité de la mobilisation gouvernementale.

La réponse de Manuel Valls 

Face à cette déferlante de critique, Manuel Valls a réfuté ce mardi à l’Assemblée nationale tout « bidouillage », défendant la « stratégie » du gouvernement.

« Il est assez étonnant de mettre en cause le gouvernement, il y a quelques jours parce que celui-ci ne prendrait pas ses responsabilités, ne jouerait pas son rôle d’Etat actionnaire ou (avec) les entreprises d’Etat comme la SNCF et la RATP », a déclaré le Premier ministre.

« Et d’entendre maintenant, y compris de la part d’un ancien ministre des Transports (Dominique Bussereau), dire ou évoquer le bidouillage », a poursuivi Valls, qui a répondu à deux questions sur ce sujet au début des questions au gouvernement.

« Nous avons assumé nos responsabilités comme Etat-actionnaire. Et sans l’intervention de l’Etat en effet, aujourd’hui Alstom n’aurait pas été en possibilité (…) de dire que d’une manière générale le site pouvait voir l’avenir d’une autre manière », a-t-il lancé à l’adresse de l’opposition.

« Ca n’est donc, M. Bussereau et M. Hamon, en rien du bricolage, c’est de la stratégie, si vous connaissiez le dossier et si vous aviez écouté les annonces de ce matin », a fustigé le Premier ministre.