Primaire PS: Manuel Valls se tient «prêt» en cas d'abandon de François Hollande

POLITIQUE Le chef de gouvernement pourrait être le recours naturel de Hollande si ce dernier renonçait à se présenter…

Thibaut Le Gal

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Manuel Valls est dispo, en back-up.
Manuel Valls est dispo, en back-up. — ROMAIN BOE/SIPA

Devant les caméras et les micros, il ne dira surtout pas qu’il y pense en se rasant le matin. Manuel Valls a de nouveau balayé l’hypothèse d’une candidature en 2017 ce dimanche dans l’émission Le Grand Jury (RTL Le Figaro LCI). « Je ne mise pas sur l’empêchement du président de la République, ni sur la défaite de la gauche… La politique, c’est une affaire de convictions, pas une affaire de sondages ».

Voilà pour le discours officiel. Mais l’hypothèse d’un renoncement de François Hollande, toujours englué dans les sondages, existe bel et bien. Le président devrait sortir du bois avant la mi-décembre. « Rien n’est encore décidé », reconnaît-il au JDD. « Si j’y vais, c’est pour gagner, pas pour figurer. »

« Si Hollande n’y va pas, Valls s’en chargera »

Mais les enquêtes font toujours grise mine. Le président serait battu par Arnaud Montebourg à la primaire socialiste, selon un nouveau sondage BVA-Salesforce-Orange publié lundi. Dans la même enquête, le Premier ministre devancerait, lui, l’ancien ministre de l’économie au second tour…

Assez pour faire de Manuel Valls le recours naturel de François Hollande ? « C’est une certitude », répond l’un de ses lieutenants, le député socialiste Philippe Doucet. « Si Hollande n’y va pas, Valls s’en chargera. Je ne suis d’ailleurs pas certain qu’il ait beaucoup le choix. Ce n’est pas Benoît Hamon qui va incarner le social-réformisme en 2017… »

Entre les lignes, quelques signes

Interrogé sur son ambition, le chef du gouvernement botte régulièrement en touche. « En 2022 ? Ou en 2032 ? En 2032, j’aurais l’âge d’Alain Juppé aujourd’hui… j’ai du temps devant moi », ironisait-il à la fin de l’été. Son entourage n’est pas plus loquace. « Sa position institutionnelle et sa loyauté envers le président l’obligent à rester en dehors des aventures personnelles. La décision appartient au président, et à lui seul. » Soit. Mais si on lit entre les lignes, on trouve quelques indices dans le discours de l’intéressé :

  • Son CV parle pour lui. « Je suis Premier ministre, c’est-à-dire le deuxième personnage de l’État, j’ai été ministre de l’Intérieur… j’ai posé les mots qu’il fallait pour définir la menace [terroriste], après les attentats de Charlie, j’ai été maire d’une grande ville… Fort de cette expérience, je veux réveiller la gauche », a-t-il énuméré dimanche.
  • « Les Français cherchent. Ils ont essayé Sarkozy, ils ont essayé Hollande », osait-il à la mi-septembre dans le JDD.
  • Il y a aussi les formules à double sens. Comme celle-ci, lancée samedi au large de l’île bretonne de Droix. « Malgré la tempête, je maintiens le cap et le cap c’est le grand large. »

« Sur le République ou la laïcité, Manuel Valls a un discours fort »

Le grand large ? 2017 ? « Il est le mieux placé pour cette élection. » Philippe Doucet est plus clair : les thématiques d’autorité de l’Etat ou d’identité chères à Valls seront au cœur du débat. « Sur le République ou la laïcité, Manuel Valls a un discours fort. 2017 va se jouer sur une certaine idée de la France, sur un certain modèle de démocratie. Je suis convaincu que Manuel Valls porte ce modèle davantage que François Hollande. Ce que les Français reprochent au président, au fond, c’est de ne pas avoir assez incarné ce modèle. »

Comme le dit régulièrement le Premier ministre, « on ne s’improvise pas candidat à la présidentielle ». Aura-t-il lui-même le temps de se préparer ? « On saura si Hollande décide de ne pas y aller à la mi-décembre. C’est à cette époque que Jacques Delors avait renoncé en décembre 1994. Ça n’avait pas empêché Jospin d’être un présidentiable quelques mois plus tard », répond Philippe Doucet. D’ici-là, le Premier ministre devrait occuper le terrain. « Il ne va pas rester inerte dans les deux mois qui viennent. Il va faire un certain nombre de propositions. Je pense qu’il est déjà prêt ». On aura compris Manuel Valls se tient prêt. Mais ne le dit pas trop fort.