Jacques Chirac présente ses vœux.
Jacques Chirac présente ses vœux. — PATRICK KOVARIK / AFP

BILAN

Mort de Jacques Chirac: Diplomatie, culture, social… Quelle trace laisse le président Chirac ?

L'ancien président, décédé ce jeudi, est resté douze ans à l'Elysée, entre 1995 et 2007

Il a passé douze années à la tête de l’Etat. Elu président de la République en 1995 à l’âge de 62 ans, Jacques Chirac, décédé ce jeudi à 86 ans, a été réélu sept ans plus tard face à Jean-Marie Le Pen, après cinq ans de cohabitation avec la gauche. Diplomatie, culture, social… Quelle trace a laissée le Corrézien avec ses deux mandats ?

L’homme du « non » à la guerre en Irak

C’est probablement par un « non » que Jacques Chirac restera dans les livres d’histoire. Deux ans après les attentats du 11 septembre 2011, les Etats-Unis décident d’attaquer l’Irak de Saddam Hussein. Washington accuse le pays de posséder « des armes de destruction massive ». Le 10 mars 2003, le discours du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin est très applaudi à l’Onu.

Le président français annonce que la France s’oppose à la résolution anglo-américaine et utiliserait, si besoin, son droit de veto. L’ultimatum américain « engage l’avenir d’un peuple, l’avenir d’une région, la stabilité du monde. C’est une décision grave », préviendra le président quelques jours avant le début de la guerre. L’avenir lui donnera raison.

Le discours du Vel’d’Hiv

Un autre discours historique. Jacques Chirac le prononce le 16 juillet 1995 lors de la cérémonie commémorant la rafle du Vel d’hiv pendant la Seconde Guerre mondiale. Le président rompt avec la position du général de Gaulle et de ses successeurs, qui ont toujours estimé que la République n’était pas comptable des actes de Vichy. Pour la première fois, un chef d’Etat français reconnaît la responsabilité de la France dans la rafle.

« La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. […] Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français ».

La fin du service militaire

Jacques Chirac passe en revue les armées en 2001.
Jacques Chirac passe en revue les armées en 2001. - FRANCK FIFE / AFP

Le 22 février 1996, Jacques Chirac annonce une professionnalisation des armées lors d’un entretien télévisé : « Le service militaire a été créé en 1905, comme vous le savez, à une époque où il fallait des poitrines à opposer à d’autres poitrines - si j’ose dire - face à un danger extérieur », explique le président. « Cette époque est complètement révolue. Nous n’avons plus besoin d’appelés, de gens faisant leur service militaire ». Un grand débat national est lancé. A la rentrée 1997, la loi instaure la fin de la conscription pour tous les jeunes nés après 1979. Le service militaire est remplacé par la JAPD, la journée d’appel de préparation à la défense.

La « fracture sociale » dénoncée

La lutte contre la « fracture sociale » est l’un des thèmes « phares » de la campagne victorieuse de Jacques Chirac en 1995. Le candidat du RPR veut dénoncer le manque de mobilité sociale et la création de « deux France ». « De plus en plus de Français sont laissés sur le bord de la route et de plus en plus sont lourdement taxés pour venir en aide aux autres ».

Au-delà de la pertinence du diagnostic, son bilan restera toutefois mitigé. Sa présidence est marquée par de grandes grèves contre les réformes Juppé sur les retraites (qu’il réformera finalement en 2003 avec la loi Fillon). Son deuxième mandat connaîtra les « émeutes de banlieues » en 2005. Par ailleurs, le chômage connaîtra un triste record de 12,2 % en 1997.

Un musée des Arts premiers

Jacques Chirac inaugure le musée du Quai Branly, le 20 juin 2006.
Jacques Chirac inaugure le musée du Quai Branly, le 20 juin 2006. - POOL / AFP

Jacques Chirac a toujours été un amateur des arts premiers. Une anecdote résume son goût pour les cultures lointaines. En 1992, le maire de Paris est sollicité par le roi d’Espagne pour célébrer la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. « Il n’en est pas question », s’agace-t-il. « Non seulement je n’honorerai pas cette brute qui a provoqué le pire génocide humain et culturel de l’Histoire mais je vais au contraire rendre hommage au premier peuple qu’il a éradiqué. Paris va ressusciter les Taïnos, les Arawaks et les nations caraïbes ».

Longtemps moqué pour son amour des sumos, le chef de l’Etat se révèle être un fin admirateur des arts asiatiques, africains ou amérindiens méconnus. Le chef de l’Etat leur érigera en 2006 un musée au Quai Branly. Dix ans plus tard, le monument prendra le nom de l’ancien président.