Gérald Darmanin
Gérald Darmanin — RTL-BOE/RTL/SIPA

PORTRAIT

Primaire à droite: Gérald Darmanin, le «bébé Bertrand» devenu sarkozyste

Nicolas Sarkozy se rend mercredi à Calais, dans la région de son directeur de campagne…

Il sera, à coup sûr, du déplacement de Nicolas Sarkozy ce mercredi à Calais. Gérald Darmanin connaît bien le coin. C’est ici, dans les Hauts-de-France, que le maire de Tourcoing (Nord) a gravi tous les échelons politiques. A bientôt 34 ans, le vice président du Conseil régional est le nouveau directeur de campagne du candidat à la primaire de droite. Cette visite sur « ses terres » est l’occasion de revenir sur ses relations parfois difficiles avec l’ancien chef de l’Etat.

Plutôt « bébé Bertrand » que sarkozyste

Gérald Darmanin n’est pas un sarkozyste historique. Le natif de Valenciennes fait ses classes politiques au contact d’autres cadors de la droite. Il est attaché parlementaire de Jacques Toubon au Parlement européen, dans l’équipe de Christian Vanneste en 2007, puis dirige la campagne de David Douillet en 2009 avant de le rejoindre au secrétariat d’État chargé des Français de l’étranger, puis au ministère des Sports en 2011.

« Il travaille aujourd’hui dans l’équipe Sarkozy, mais il restera toujours un [Xavier] Bertrand Boy », assure son ami de dix ans, Sébastien Lecornu, président LR du Conseil départemental de l’Eure. Pas étonnant de retrouver Gérald Darmanin auprès de celui qu’il désigne comme « son ami et son maître », lors de l’élection régionale de 2015. « Il écoutera toujours Xavier Bertrand et l’aurait soutenu les yeux fermés s’il avait été candidat à la primaire. Il existe une vraie complicité entre les deux hommes. S’il a rejoint Sarkozy, c’est que Xavier Bertrand ne l’a pas empêché », poursuit ce soutien de Bruno Le Maire.

Un profil « utile »

Un grand-père algérien, un autre maltais. Gérald Darmanin est, lui aussi, un « petit Français de sang-mêlé », issu d’un milieu populaire. « Ma mère était femme de ménage, mon grand-père harki et ancien tirailleur algérien, mon père tenait un bistrot. Mon deuxième prénom est Moussa », résumait-il dans un portrait de Libération en 2012.

« C’est quelqu’un qui s’est vraiment grandi au mérite, en travaillant dur. Il va vite, c’est un vrai bosseur. Mais il n’oublie pas non plus d’où il vient », précise Sébastien Lecornu. « Il reste très attaché à sa ville et sa région. J’ai été un des rares à ne pas être surpris lorsque Gérald a abandonné son mandat de député pour garder son attachement local ».

C’est pourtant sa nette victoire aux législatives de 2012 qui a tapé dans l’œil de Nicolas Sarkozy. « Tu fais le meilleur score de la droite depuis trente ans ! », le félicite-t-il au téléphone. Deux ans plus tard, l’ancien président le choisira comme porte-parole pour briguer la présidence de l’UMP.

« Gérald a une reconnaissance pour l’animal politique qu’est Nicolas Sarkozy. Il se reconnaît d’une certaine manière dans l’énergie que l’ancien président déploie », avance Sébastien Lecornu. Nicolas Sarkozy remarque, de son côté, un profil politiquement intéressant. « C’est un pro-Bertrand, issu d’un milieu modeste et davantage marqué par la question sociale qu’identitaire. C’est un atout pour Sarkozy pour parler à l’électorat protestataire frontiste dans le Nord », résume le député Julien Aubert, également membre des Cadets-Bourbon (groupe de députés Les Républicains élus pour la première fois en juin 2012).

« Je t’aime moi non plus » avec Sarkozy

Nicolas Sarkozy et Gérald Darmanin en janvier 2015.
Nicolas Sarkozy et Gérald Darmanin en janvier 2015. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Gérald Darmanin n’a pourtant pas toujours été tendre avec Nicolas Sarkozy. En 2013, il ose demander « un devoir d’inventaire » du quinquennat, et fustige au passage la « chape de plomb » régnant au sein de sa famille politique. « Il était plutôt Bertrand et anti-sarko mais il a fait un choix d’accélération de carrière en ralliant Sarkozy, ce qui lui a plutôt réussi et suscité des jalousies », relève un collègue du parti. « C’est un malin, un bon tacticien, à l’échine vertébrale souple. Plutôt un homme de parti qu’un idéologue ».

Lorsqu’il rejoint l’ancien président en 2014, Gérald Darmanin espère retrouver le candidat de 2007, « le Sarkozy que j’ai aimé ». Et n’hésite pas à critiquer ouvertement la ligne Buisson. Deux ans plus tard, le divorce est consommé. « Sur la ligne identitaire, Sarkozy se trompe », balance Gérald Darmanin. Il quitte la direction du parti et relativise ses rapports avec l’ancien président. « J’ai été élu député quand il a perdu et maire [en 2014] quand il n’était pas président de ma famille politique. Je rends service mais je ne lui dois pas grand-chose ».

Eté 2016, retour au bercail, sous les railleries de la Sarkozie. Un ralliement d’autant plus étonnant, que les « débats identitaires nauséabonds » qu’il fustigeait hier n’ont pas disparu du discours du chef de l’Etat. « Je ne ferai pas de commentaire là-dessus », répond Sébastien Lecornu, pour mieux préserver son ami.

L’intéressé estime lui pouvoir « modestement influencer » la campagne de Nicolas Sarkozy. Quitte à devoir dégainer « Astérix et Obélix » pour défendre la sortie maladroite de son candidat sur les Gaulois.