Mort de Jacques Chirac : Une fin de vie marquée par quelques apparitions et les confidences de ses proches

DECES Ces dernières années, les apparitions publiques de l’ancien chef de l’Etat se faisaient rares et seuls ses intimes donnaient de ses nouvelles

Delphine Bancaud

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Le 21 novembre 2014, Jacques Chirac à la Fondation du Quai Branly. AFP PHOTO / POOL / PATRICK KOVARIK / ALTERNATIVE CROP
Le 21 novembre 2014, Jacques Chirac à la Fondation du Quai Branly. AFP PHOTO / POOL / PATRICK KOVARIK / ALTERNATIVE CROP — AFP
  • Depuis son départ de l’Elysée en 2007, l’ancien chef de l’Etat avait beaucoup fait parler de lui pour son état de santé.
  • Son ami Jean-Louis Debré déclarait, en mars dernier au Monde, que « le dialogue est devenu peu à peu impossible ».
  • La dernière prise de parole de Jacques Chirac remontait à juin 2011, quand il avait annoncé qu’il voterait pour François Hollande lors de la présidentielle.

C’est le triste épilogue d’une fin de vie marquée par les coups durs. L’ancien président Jacques Chirac, qui aurait eu 87 ans en novembre prochain, est décédé ce jeudi.

Depuis son départ de l’Elysée en 2007, l’ancien chef de l’Etat avait plus fait parler de lui pour son état de santé que pour ses déclarations politiques. Il faut dire que l’accident vasculaire dont il avait été victime en 2005 l’avait fortement affaibli. Et il avait été plusieurs fois hospitalisé. Comme en décembre 2013, où il avait subi une « intervention rénale » à La Pitié-Salpêtrière. En février 2014, il avait également été brièvement hospitalisé à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine à la suite d’une « violente crise de goutte ». Et en décembre 2015, il avait passé une quinzaine de jours dans un hôpital parisien en raison d’un affaiblissement général.

« C’est un homme apaisé »

Jacques Chirac souffrait de troubles de la mémoire et du raisonnement, d’une désinhibition du comportement et d’anosognosie, avait révélé la journaliste du Monde, Béatrice Gurrey dans Chirac, les secrets du clan, publié en 2015. Régulièrement interrogé sur l’état de santé de l’ancien président, son entourage distillait des informations au compte-gouttes.

En septembre 2016, Bernadette Chirac avait évoqué l’état de santé de son mari à Nice matin : « Actuellement, il est à Agadir, au Palais Royal, reçu généreusement et très aimablement par sa Majesté, et il fait la navette entre la plage et la résidence, installé dans un véhicule destiné à le transporter… C’est un homme apaisé ». En avril de la même année, c’était l’un de ses proches, Jean-Louis Debré, qui donnait de ses nouvelles : « Il va aussi bien que possible. Sa maladie est un peu comme une vague qui monte. Il y a parfois un calme plat mais elle ne recule jamais. Mais je vois qu’il souffre et je sais qu’il a de la peine […] Je peux dire aux Français que, pour le moment, il n’y a pas lieu de s’inquiéter », avait-il indiqué.

Et comme le confiait son épouse Bernadette en 2014, il ne semblait pas conscient de son état : « Il me dit “Je ne suis pas malade, je peux descendre tranquillement l’escalier”. Mais en réalité, il faut qu’il prenne l’ascenseur », avait-elle déclaré. La presse relayait d’ailleurs souvent des propos grinçants qu’aurait tenus son épouse à son égard. Ainsi en juin 2016, VSD affirmait que Bernadette Chirac avait déclaré à ses gardes du corps : « Vous irez acheter un bavoir, parce qu’il me salope quatre costumes par semaine ! ».

Plus récemment, en mars dernier, Le Monde rapportait les propos de Jean-Louis Debré, toujours lui. Rendant visite régulièrement à Jacques Chirac, l’ancien président du Conseil constitutionnel déclarait tristement que « le dialogue est devenu peu à peu impossible ». Et d’ajouter : « Je ne sais pas s’il me reconnaît, j’en ressors moralement épuisé, ça me fait mal de le voir comme ça, mais j’ai la faiblesse de penser que ma présence lui fait du bien ».

Peu de sorties

Habitant depuis 2007 dans un appartement parisien situé en bord de Seine, Quai Voltaire, Jacques Chirac sortait peu de chez lui. Mais chacune de ses apparitions était relayée par les médias. A l’instar de sa visite au musée du quai Branly, qui porte désormais son nom, en juillet 2016, pour y voir l’exposition que lui était consacrée. Accompagné de sa fille Claude Chirac et d’Abdou Diouf, ex-président du Sénégal dont il était très proche, l’ancien chef de l’Etat avait été reçu par Stéphane Martin, le président du musée et par l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, qui a conçu l’exposition « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures ». Il s’était montré « amusé » devant les masques traditionnels japonais qui ressemblent beaucoup à sa caricature. Une visite qui n’avait pas donné lieu à des photos dans la presse.

Selon l’ouvrage Chirac, les secrets du clan, l’ancien président ne s’intéressait plus à la politique. Mais il recevrait régulièrement chez lui des visites de personnalités politiques de premier plan, à l’instar de celle de  François Hollande.

De rares images dans les médias

Parmi les dernières images que l’on avait de lui, certaines remontaient au mois de mai 2015, quand le site du Point diffusait un extrait d’une rencontre entre Jacques Chirac et son ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Des images où l’ancien président apparaissait enjoué.

On avait aussi aperçu quelques photos de lui aux obsèques de sa fille Laurence en avril 2016. L’ancien président était venu dans un fauteuil roulant à l’église Sainte Clotilde, dans le 7e arrondissement de la capitale.

Mais les récentes images de lui les plus touchantes remontaient à novembre 2014. Il avait alors assisté à la remise annuelle du prix de sa fondation, au cours de laquelle le président François Hollande lui avait rendu un hommage appuyé.

Quant à sa dernière prise de parole, elle remontait à juin 2011, quand il avait annoncé, au grand dam de son entourage, qu’il voterait pour François Hollande lors de la présidentielle. Il fallait y voir « de l’humour corrézien », s’était-il rattrapé par la suite… Un épisode qui avait été fortement commenté et avait amusé les Français.