Nicolas Sarkozy lors d'une réunion publique du parti Les républicains, à Poissy, le 6 septembre 2016.
Nicolas Sarkozy lors d'une réunion publique du parti Les républicains, à Poissy, le 6 septembre 2016. — PATRICK KOVARIK / AFP

POLITIQUE

Mais pourquoi Sarkozy s'intéresse-t-il tant à la «crise démographique»?

Le candidat à la primaire de la droite évoque régulièrement le «choc démographique». Pour mieux se démarquer d'Alain Juppé?...

Nicolas Sarkozy s’est trouvé une nouvelle passion. Depuis son « retour » en politique, le candidat à la primaire de la droite s’intéresse particulièrement à « la crise démographique ». Jeudi, l’ancien président a balayé le dérèglement climatique (« c’est très intéressant mais ça fait 4,5 milliards d’années que le climat change »), pour mieux signaler ce sujet.

« Je préférerais qu’on parle d’un sujet plus important : le choc démographique. La France doit porter une conférence sur la démographie. Jamais la terre n’a connu un choc démographique tel qu’elle va le connaître, puisque nous serons 11 milliards dans quelques années. Là, l’homme en est directement responsable. Et personne n’en parle », a-t-il regretté. Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy évoque ce sujet.

En juillet 2015, sur TF1, il s’inquiétait : « L’Afrique, 1 milliard d’habitants aujourd’hui, 2,3 milliards dans trente ans […] », avant d’évoquer le risque de voir « 600 millions de jeunes Africains sans travail, qui voudront venir vivre en Europe ».

Nicolas Sarkozy a-t-il raison de parler de « choc démographique » ?

Les chiffres évoqués par Nicolas Sarkozy ne sont que des projections et non des prévisions, rappelle Gérard-François Dumont, démographe et professeur émérite à la Sorbonne. « Cela n’a pas de sens de parler de "crise démographique" au singulier. La réalité démographique est locale, plutôt que planétaire. Elle varie énormément selon les territoires », souligne le président de la revue Population et Avenir.

« Il est question ici du grand contraste entre l’Europe, dont les pays sont en situation d’hiver démographique, et l’Afrique, dont la majorité des pays n’a pas terminé sa transition démographique (taux de natalités et mortalités élevés) », souligne le spécialiste. « Il est très probable que la population de l’Afrique augmente. Mais le continent est pluriel et les projections se fondent sur plusieurs hypothèses. La population ivoirienne est ainsi moins élevée que ce que l’on prévoyait car la mortalité a augmenté de nouveau dans les années 2000 avec la quasi-guerre civile et la détérioration du réseau sanitaire », nuance le chercheur.

« La vraie question est celle de la gouvernance. On peut imaginer que certains pays vont parvenir à un bon développement et puissent subvenir au besoin de leur population. Dans le cas inverse, on peut en effet imaginer des populations migrer vers l’Europe. Mais il n’y a pas de fatalité au bon développement de l’Afrique », précise-t-il.

Quel est l’objectif politique de Nicolas Sarkozy ?

Regardons plus précisément ce que dit le candidat à la primaire. Au Point, le 5 août dernier. « La civilisation européenne, qui s’est toujours vécue comme dominante, réalise qu’elle ne pèse désormais qu’à peine 10 % de la population mondiale. La civilisation européenne se sent devenue minoritaire. » Il poursuit : « La démographie fait l’Histoire, et non le contraire. Voici ce qui explique notamment les interrogations européennes. Puisqu’aujourd’hui, l’axe du monde est clairement passé vers l’Afrique et l’Asie […], il nous faut réagir, ou on disparaîtra. »

« Sarkozy n’utilise pas le terme de "grand remplacement", mais il veut s’approprier le sujet, sans donner le sentiment d’utiliser la même rhétorique que l’extrême droite », avance le politologue Stéphane Rozès. « Parler de crise migratoire est une manière civilisée et apaisée d’évoquer les questions d’immigration, sans utiliser l’image polémique de la fuite d’eau qui avait fait polémique [en juin 2015] ». Le président de Cap (Conseils, analyses et perspectives) estime que l’ancien chef de l’Etat utilise cette stratégie pour se rapprocher d’Alain Juppé. « Les sondages montrent que l’écart se rétrécit. Il fait ici le grand écart, en faisant mine d’apparaître plus apaisé sur la forme, mais sans toutefois faire de concession sur le fond pour séduire l’électorat le plus dur de la droite. »