Pour François Hollande, le prochain président sera dans «une situation périlleuse»

ENTRETIEN Le président de la République estime que la montée du Front national pousse à un vote « par défaut et non par adhésion »…

20 Minutes avec AFP

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François Hollande lors d'un mini-sommet européen à Athènes le 9 septembre
François Hollande lors d'un mini-sommet européen à Athènes le 9 septembre — ARIS MESSINIS / AFP

François Hollande a fait un point sur ses quatre années au pouvoir, et sur la situation politique dans les prochains mois, lors d’une interview accordée à la revue Le Débat. Dans cet entretien réalisé par le philosophe Marcel Gauchet et l’historien Pierre Nora, le président de la République affirme que « ce mandat a un sens » car, dit-il, son « obsession a été de ne pas aggraver les divisions, les blessures, les séparations » qu’il avait « vu s’approfondir ces dernières années ».

Interrogé sur sa difficulté à convaincre, alors que les derniers sondages lui sont extrêmement défavorables, le chef de l’Etat ne récuse pas sa « responsabilité » propre, mais invoque « une contestation globale du pouvoir » qui surpasse « un jugement définitif » sur ses idées et son action.

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Associer « davantage les citoyens aux décisions »

« Il n’en reste pas moins que la radicalisation de l’opposition, quelle qu’elle soit, la présence d’une extrême droite autour de 25 %, crée nécessairement une situation périlleuse pour le prochain président », met en garde le président. « Surtout s’il est élu face à la candidate du Front national au second tour. Les électeurs qui auront voté pour lui ne l’auront fait que pour empêcher le pire. Donc par défaut et non par adhésion. La contestation de son action est inscrite d’avance dans les données du scrutin », poursuit-il.

Pour faire face à ce risque, il exclut une « large alliance dépassant les clivages » car « ce serait donner à l’extrême droite la possibilité d’apparaître comme la seule alternative » prônant d’associer « davantage les citoyens aux décisions » via des mécanismes de « consultation (jurys, états généraux, débats participatifs, référendums locaux) ».

« La France que je porte est la France fraternelle »

Invité à définir la France qu’il porte, en comparaison à la France glorieuse de De Gaulle, la France industrielle et bourgeoise de Pompidou, ou encore la France de Mitterrand, le chef de l’Etat répond : « La France que je porte est la France fraternelle », la fraternité étant ce qu’il y a de « plus fort dans la République ».

Quant à la question de l’identité, actuellement placée au centre des débats et dont Nicolas Sarkozy a fait un axe de campagne, il juge que « ce serait une grave erreur de l’esquiver ». Mais, dit-il, « je ne voudrais pas non plus qu’il (ce thème) évacue tous les autres. Car ce sont les autres sujets (l’éducation, le logement, l’emploi, la démocratie) qui fournissent aussi la réponse à la question identitaire », dit-il.

Le président assure aussi maintenir sa formule de « président normal », souvent raillée. « Comme la fonction est exceptionnelle, il faut que la femme ou l’homme qui l’exerce soit maître de lui-même. C’est cela que je voulais signifier en parlant d’un "président normal" », affirme François Hollande.