Alstom: Que savait le gouvernement de la fermeture du site de Belfort ?

POLITIQUE Une dizaine de parlementaires a envoyé plusieurs lettres au gouvernement pour les prévenir de la situation...

Thibaut Le Gal

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Le président François Hollande et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 31 juillet 2015
Le président François Hollande et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 31 juillet 2015 — ALAIN JOCARD AFP

La partie de poker est engagée. Depuis l’annonce d’Alstom de fermer l’usine de Belfort d’ici 2018, le gouvernement dénonce le choix de l’entreprise, qui menace 400 emplois. Le gouvernement a critiqué le « caractère soudain et non concerté » de la décision. Alstom, de son côté, s’est justifié en évoquant le « contexte que tout le monde connaissait (absence de charge, perte de commandes, etc.) ». La droite n’a pas attendu pour fustiger les « errements » de l’Etat, actionnaire à hauteur de 20 %.

Mardi, Alain Vidalies a balayé ces accusations. « Nous avions des inquiétudes mais pas focalisées sur Belfort », a assuré le secrétaire d’État chargé des Transports au micro d’Europe 1. « Nous avions été alertés, mais sur le site de Reichshoffen, par Belfort ».

« Nous avons alerté à plusieurs reprises le chef de l’Etat »

Les propos de l’exécutif ont fait enrager les parlementaires concernés. « Avec 14 députés et sénateurs, nous avons alerté sur la situation inquiétante des carnets de commandes d’Alstom. Plusieurs courriers ont été envoyés à Vidalies, Macron et même au président de la République entre juin 2015 et septembre 2016 », affirme le sénateur LR du Territoire de Belfort, Cédric Perrin.

Même colère pour la sénatrice Fabienne Keller. « La sous-charge était connue depuis des années. Le gouvernement connaît le dossier. Nous avons alerté à plusieurs reprises le chef de l’Etat à propos de la fragilisation du site de Belfort. J’ai du mal à croire qu’il n’était pas au courant de la fermeture ».

Pour preuve, l’élue LR du Bas-Rhin nous fait parvenir deux lettres envoyées à François Hollande. Dans celle du 7 mars dernier (voir ci-dessous), les parlementaires s’inquiètent de la décision d’Alain Vidalies, « de renouveler le parc de TET [trains Intercités] via un appel d’offres et non par extension des contrats-cadres. Cette décision a considérablement fragilisé les sites de production d’Alstom Transport et ses milliers d’emplois », est-il écrit.

S’il n’est pas explicitement détaillé, le cas du site de Belfort est évoqué parmi d’autres.

7 Mars 2016 - Courrier de 14 parlementaires au président de la République

« Alstom a joué sur les mots », assure l’entourage de Macron

Dans un autre courrier envoyé à Emmanuel Macron, Cédric Perrin s’inquiète plus directement du maintien de l’activité des usines de la région de Belfort.

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on pointe du doigt l’entreprise. « Alstom a joué sur les mots. L’entreprise nous avait promis de ne pas supprimer d’emplois. Mais son redéploiement entraîne la fermeture des activités sur le site de Belfort, ce qui n’avait jamais été envisagé dans les discussions ».

Le gouvernement reconnaît de son côté « les difficultés que pouvait rencontrer Alstom sur la production de locomotives en France, mais sur la fermeture du site de Belfort, aucune information » n’avait été donnée, a précisé Stéphane Le Foll mercredi. « L’annonce de la fermeture du site de Belfort a été faite sans aucune présentation en conseil d’administration, où il y aune représentation de l’Etat », a ajouté le porte-parole du gouvernement.

Montebourg charge l’exécutif

Arnaud Montebourg ne croit pas à cette version. « Lorsqu’on est actionnaire de la SNCF (…) quand on est actionnaire de référence pour Alstom, quand on est des deux côtés, on sait tout. Et je crois que les multiples courriers qui ont été rendus publics par des élus du territoire de Belfort, les interventions des organisations syndicales démontrent qu’à l’évidence le gouvernement savait tout. Je regrette qu’il n’ait rien fait », a ajouté l’ancien ministre du Redressement productif, lors d’un déplacement sur le site.

Les syndicats renvoient dos à dos Alstom et le gouvernement. Et appellent tous les salariés du constructeur ferroviaire à se mettre en grève le 27 septembre pour maintenir tous les emplois.