«Si l'adhésion est forte dans un mois, Macron ira» à la présidentielle, assure son mentor Henry Hermand

REPORTAGE « 20 Minutes » a rencontré l’homme d’affaires et ami de longue date d’Emmanuel Macron…

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron au ministère de l'Economie lors de la passation de pouvoir avec Michel Sapin, le 31 août 2016.
Emmanuel Macron au ministère de l'Economie lors de la passation de pouvoir avec Michel Sapin, le 31 août 2016. — PHILIPPE LOPEZ / AFP

«Homme d’affaire », « multimillionnaire », «homme de l’ombre », «mentor » d’Emmanuel Macron. Les qualificatifs abondent pour décrire Henry Hermand. 20 Minutes a rencontré l’industriel de 92 ans, ami depuis des années de l’ancien ministre de l’Economie. «Je suis un de ses plus proches », confie-t-il en souriant, dans ses luxueux bureaux du 8e arrondissement.

Henry Hermand.
Henry Hermand. - DR

L’ancien résistant a fait fortune dans la grande distribution. Il est aussi un homme de presse. C’est d’ailleurs dans l’hebdomadaire Le 1, qu’il a cofondé, que son protégé donne ce mercredi une interview. «Un long entretien dans lequel Emmanuel Macron sort du domaine économique, et exprime ses idées sur le rôle de la France dans le monde, sur la nécessité absolue de fonctionner dans cadre européen, mais aussi sur l’islamisme, l’éducation… » Tout un programme, donc. L’occasion de revenir sur la relation qui lie les deux hommes.

«Il y avait là un jeune stagiaire, c'était un garçon brillant»

L'histoire a débuté comme ça: «par un hasard de la vie» en 2002, le jeune Macron est un stagiaire de l’ENA à la préfecture de l’Oise, dont Henry Hermand est originaire. «Le préfet était un copain. Il m’invite à déjeuner car j’avais créé des milliers d’emplois dans la région. Il y avait là un jeune stagiaire. J’ai vite découvert que c’était un garçon brillant, très intelligent ». Le coup de foudre est immédiat. «Le hasard [encore lui] a fait que nous avions un lait nourricier commun, le philosophe Paul Ricoeur ».

Compagnon de route historique de la deuxième gauche, ami de Michel Rocard et soutien de Pierre Mendes-France, il voit tout de suite en Emmanuel Macron un homme capable de faire gagner enfin cette «gauche moderne». «J’avais repéré en lui la préoccupation du social, et donc du politique. Il appréciait déjà les idées novatrices et le non conformisme de Michel Rocard». Qu'importe la différence d'âge, les voilà amis. Cinq ans plus tard, Henry Hermand est témoin de mariage d’Emmanuel Macron.

«Je l’encourageais à démissionner depuis longtemps»

Lorsque l’ancien banquier d’affaires est conseiller à l’Elysée, les deux hommes continuent de se voir. Emmanuel Macron aurait même rencontré son «mentor » un soir de décembre 2013, au luxueux hôtel Lancaster, pour le sonder… sur les mesures du futur pacte de responsabilité. Il ne prendrait, dit-on, aucune décision majeure sans le consulter.

En août 2014, le chef de l'Etat lui propose Bercy. «Il n’y pensait pas du tout. Il avait déjà prévu des conférences à l’étranger. Il était très surpris, c’est Manuel Valls et Jean-Pierre Jouyet qui ont le plus insisté. Hollande avait des réticences car il n’avait jamais eu de mandat ».

Après deux ans au ministère, l'entrepreneur le pousse à démissionner. «Je l’encourageais à partir depuis longtemps. C’était une quasi-obligation puisqu’il n’avait pas été suivi dans ses dernières propositions, pour des questions d’équilibre interne à la majorité. La loi Noé avait été supprimée et la loi Travail dénaturée. Il avait fait le job, le moment était venu de partir». Au risque de devenir, le Brutus de Hollande? Henry Hermand s'agace. «Ce n’est pas une trahison, c’est autre chose. Il avait besoin de reprendre sa liberté de parole».

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«Si l’adhésion est forte dans un mois, il ira » à la présidentielle

Lorsqu’on évoque l'ambition de Macron, les yeux bleus du nonagénaire se fixent. «Il a des ambitions plus grandes qu’être un simple ministre...». Il s'arrête, réfléchit. «Il faut être très clair. Emmanuel Macron n’ira pas à la présidentielle si celle-ci était de nature négative. Il a lancé son mouvement. L’ambigüité de son soutien à Hollande a été levée. Il va exprimer ses idées. A partir de là, on va voir si son mouvement suscite l’adhésion. Il n’incarnera son projet que si sa présence est jugée utile, si le soutien populaire est important». Soyons clair, si les sondages sont bons ? «Bien sûr, en partie. Si l’adhésion est forte dans un mois, un mois et demi, il ira ».

Henry Hermand fait un pari: François Hollande finira par renoncer, pour s’éviter «une Bérézina ». Il est conscient malgré tout, de la difficulté que son poulain aura à traverser pour atteindre l’Elysée. «Il a un soutien plus à droite qu’à gauche. Je lui conseille d’ailleurs de ne pas trop mettre en avant les soutiens financiers qu’il peut avoir et de bien marquer sa coloration de gauche sur le plan des idées et sur le plan social ». Une quarantaine de parlementaires, déjà, le soutiendraient. «Cela va grossir. Bientôt 60, 70 », souffle-t-il. «Maintenant, il faut travailler en équipe». Et qu'apportera Henry Hermand à cette équipe? Il sourit, malicieux. «L’expérience, mon cher. Et la connaissance de la gauche qu’Emmanuel n’a pas connue ».