Présidentielle 2017: La santé des candidats sera-t-elle un thème de campagne comme aux Etats-Unis?

COMMUNICATION En France, les candidats à la présidentielle de 2017 multiplient les signes de leur vitalité…

Delphine Bancaud

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Nicolas Sarkozy sur son vélo au Cap Nègre, France - 04/07/2016.
Nicolas Sarkozy sur son vélo au Cap Nègre, France - 04/07/2016. — Alain ROBERT/SIPA

La France va-t-elle suivre l’exemple de son cousin américain ? Après son malaise dimanche, Hillary Clinton a promis de nouvelles informations sur sa santé, tout comme  Donald Trump. Jusque-là très discrets sur le sujet, les candidats à la présidentielle américaine ont donc été sommés par les médias et l’opinion publique de communiquer sur leur état de santé.

Un « respect du secret médical » plus important

Une situation qui diffère de celle de la France où les candidats à la présidentielle de 2017 ne sont pas soumis à la même exigence de transparence, selon Frédéric Dosquet, enseignant-chercheur en marketing politique à l’ESC Pau : « Le respect du secret médical et de la vie privée y est plus important qu’aux Etats-Unis. Et les informations délivrées sur leur état de santé par les politiques, y compris les présidents, dépendent seulement de leur bon vouloir », explique-t-il.

Reste que la bonne santé des candidats est une thématique qui semble prendre de plus en plus d’importance au fur et à mesure des campagnes présidentielles, souligne l’historien de la politique Jean Garrigues : « La société de l’image s’étend de plus en plus et l’élection présidentielle joue beaucoup sur la personnalisation. La prestance et la bonne santé d’un candidat jouent donc un rôle non négligeable », indique-t-il.

Une tendance encore renforcée par le climat actuel de rejet des élites et de volonté de changement, insiste-t-il : « La problématique du renouveau en politique se fait bien ressentir, notamment avecla candidature de Bruno Lemaire et peut-être celle d’Emmanuel Macron. Ce qui peut renforcer l’attention de l’opinion sur la santé et le dynamisme des présidentiables ».

Des photos d’exploits sportifs

Conscients de l’enjeu, certains candidats n’hésitent plus à communiquer sur leur bon état de santé. Interrogé ce mardi par un journaliste de RTL, Alain Juppé s’est montré plutôt direct sur le sujet : « Si j’avais des doutes sur ma capacité de santé à assumer ma tâche, je m’arrêterais tout de suite (…) Oui, j’ai 71 ans, je vous fais remarquer que Donald Trump, qui attaque beaucoup Hillary Clinton sur ce terrain, a deux ans de plus qu’elle et pratiquement mon âge », a-t-il affirmé.

En revanche, aucun candidat n’a encore publié un bulletin de santé : « C’est sans doute parce que les Français ne sont plus dupes quant au fait qu’ils puissent être truqués, puisque cela a été le cas pour les bulletins de François Mitterrand », estime Frédéric Dosquet.

La plupart du temps, les candidats choisissent un mode de communication plus subliminal comme l’observe le spécialiste : « Quand Nicolas Sarkozy apparaît sur les magazines en train de courir ou de faire du vélo, il met en scène son dynamisme physique, en sous-entendant que s’il est élu, il s’attaquera bille en tête aux problèmes de la France », souligne-t-il. « On assiste à une surmédiatisation de la bonne santé, comme le montrent les images d’Emmanuel Macron à la plage ou de François Fillon qui court cet été. Et même Juppé a rajeuni son look pour montrer sa résistance à l’usure du temps », renchérit Jean Garrigues.

Des candidats coachés

Mais plus question de se comparer à un rival électoral sur le plan de la santé, comme l’observe Frédéric Dosquet : « En 2002, en pleine campagne électorale, Lionel Jospin avait taxé Chirac d’être "fatigué, vieilli, victime de l’usure", ce qui lui avait été fortement reproché. Ce type d’attaque directe n’est donc plus de mise », souligne-t-il.

Les équipes de campagne des candidats veillent aussi à la santé de leurs poulains, comme du lait sur le feu : « La gestion du physique des candidats est devenue plus rationnelle. L’entourage de François Hollande l’a par exemple incité à faire un régime dans la perspective de la campagne de 2012 », souligne Jean Garrigues. « Et tous les candidats ont désormais un coach sportif », ajoute Frédéric Dosquet. Les équipes de campagne veillent aussi au repos des candidats : celle d’Alain Juppé fait ainsi en sorte de ne pas planifier plus d’un meeting tous les dix jours et celle de Nicolas Sarkozy d’éviter trop de réunions tard le soir.

Des pépins de santé qui pourraient coûter cher

Et en cas de pépin de santé, l’entourage des présidentiables fait tout pour que cela reste secret, comme le confirme Jean Garrigues : « en 2011, François Hollande s’est fait opérer de la prostate quelques semaines avant sa candidature à la primaire socialiste et l’information n’est sortie qu’en 2013 ». Une stratégie bien rodée selon Frédéric Dosquet : « le fait de révéler l’information après coup permet d’éviter la polémique car les Français sont passés à autre chose ».

S’ils évitent de communiquer sur leurs faiblesses physiques, c’est bien parce que les candidats estiment qu’elles pourraient leur coûter cher : « la moindre défaillance pourrait jouer un rôle dans la déconstruction d’une image, comme on peut le voir actuellement avec Hillary Clinton », indique Jean Garrigues. Dans ce contexte, il est fort à parier que les éventuels malaises des candidats seront dissimulés lors de la campagne de 2017. « Mais à l’heure du règne des réseaux sociaux, ce sera de plus en plus difficile », prévient Frédéric Dosquet.

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