Alstom: Pourquoi François Hollande veut (absolument) sauver le site de Belfort

POLITIQUE Le chef de l’Etat tente de reprendre la main pour sauver les 400 emplois et éloigner le spectre de Florange…

Thibaut Le Gal

— 

François Hollande lors d'un mini-sommet européen à Athènes le 9 septembre
François Hollande lors d'un mini-sommet européen à Athènes le 9 septembre — ARIS MESSINIS / AFP

François Hollande veut sauver le site de Belfort. Le chef de l’Etat tente de reprendre la main après qu’Alstom a annoncé mercredi l’arrêt de la production de trains sur le site d’ici 2018. La décision du groupe industriel, arguant d’une pénurie de commandes, mettrait en péril l’avenir de 400 salariés. Un plan social impensable pour le presque-candidat Hollande, qui a sonné le tocsin lundi matin, lors d’une réunion interministérielle de crise sur le sujet.

« Nous avons appris il y a quelques jours les intentions de déménagement de l’entreprise. Le président a décidé de se saisir directement du dossier car cette décision n’était pas acceptable », indique l’entourage du chef de l’Etat. Le sujet aurait pourtant été évoqué au conseil d’administration de l’entreprise… dans lequel siège un représentant de l’État depuis février dernier. Qu’importe, le président de la République a fixé un objectif à ses ministres : « celui de faire en sorte qu’à Belfort les activités ferroviaires d’Alstom soient maintenues », a déclaré Michel Sapin sur le perron de l’Elysée.

Un dossier devenu très politique

Il faut dire que, depuis quelques jours, le dossier est devenu très politique. L’opposition n’a pas tardé à dénoncer le réveil tardif de l’exécutif. « L’État se réveille bien tardivement parce qu’en fait, cela fait des années que ça dérive »,a lancé Nathalie Kosciusko-Morizet ce lundi sur RTL, dénonçant les « errements » de l’Etat et la responsabilité d’Emmanuel Macron. « Alstom est la preuve qu’il n’y a pas de politique industrielle à la tête de l’Etat », a surenchéri Bruno Le Maire, également candidat à la primaire de droite.

« Inacceptable » aussi pour la gauche, et Arnaud Montebourg. Son directeur de campagne, François Kalfon dénonce le « laisser-faire » du gouvernement. « On peut toujours dire qu’on n’était pas au courant et se refiler la patate chaude. C’est une fable », dénonce-t-il. « Le boulot de l’Etat est de maîtriser la commande publique. J’espère que pour une fois, les salariés pourront bénéficier de la campagne présidentielle. Si au bout, ils perdent leur travail, c’est un savoir-faire qui tombera et qui ne sera pas remplacé. Cela signerait un nouveau Florange pour le chef de l’Etat ».

Chasser le spectre de Florange

« Un nouveau Florange ». L’exécutif veut tout faire pour chasser le spectre de Moselle, qui a terni l’image du quinquennat. La fermeture des hauts fourneaux d’Arcelor Mittal en 2013 avait été vécue par les salariés comme une « trahison » du candidat Hollande. « Il ne faut pas tout mélanger… Pourquoi ne pas citer les emplois créés dans le numérique, les succès à Saint-Nazaire, à Airbus, etc. », répond l’entourage du président. « On est dans une situation ou un gouverne, quand d’autres sont déjà en campagne électorale », abonde Frédérique Espagnac. La sénatrice socialiste, soutien de toujours du président, balaie tout symbole. « Le quinquennat de Hollande n’est pas en question ici. La priorité, c’est de sauver les emplois locaux ».

Dans l’après-midi, François Hollande a appeler à « se mobiliser pour défendre notre industrie ». « Nous devons apporter des commandes » à Alstom. Le chef de l’Etat n’a probablement pas oublié la célèbre formule, « l’Etat ne peut pas tout », de Lionel Jospin en 1999 face aux milliers de suppressions d’emplois chez Michelin. Un aveu d’impuissance réitéré en 2002 devant  l’usine LU d’Évry (Essonne) qui avait probablement contribué à sa défaite à la présidentielle.