Primaire à droite: Juppé fait la course en tête, mais peut-on vraiment se fier aux sondages?

SONDAGES L'incertitude entourant les votants de novembre pose des problèmes aux instituts de sondage...

T.L.G.

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Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, le 2 juillet à la Mutualité à Paris.
Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, le 2 juillet à la Mutualité à Paris. — WITT/SIPA

Cela fait des mois qu’Alain Juppé fait la course en tête. L’ancien Premier ministre devance Nicolas Sarkozy et les autres candidats de la primaire de la droite et du centre dans les enquêtes d’opinion. Ces sondages « ne valent rien », a pesté François Fillon sur RTL lundi matin. « Il n’y a jamais eu de primaire à droite, il n’y a pas de matrice, pas de référence. Énormément de Français ne savent pas encore s’ils vont voter à la primaire ». Les futurs électeurs posent en effet des difficultés aux instituts de sondages pour réaliser leurs enquêtes. 20 Minutes vous dit pourquoi.

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Comment les instituts constituent-ils leur base de sondés ?

Comme l’explique François Fillon, la primaire de la droite est une première. Difficile de savoir, donc, quel sera le profil de l’électeur lors des votes en novembre prochain. Les instituts utilisent d’ailleurs des bases différentes, qui peuvent expliquer les écarts de points.

  • Dans son dernier sondage pour le JDD le 3 septembre dernier, l’Ifop pose sa question à « une base de 788 sympathisants de droite et du centre ».
  • L’enquête électorale française du CEVIPOF, réalisée par Ipsos/Sopra Steria en partenariat avec Le Monde cible, elle, « plus de 20.000 personnes inscrites sur les listes électorales », distinguant ensuite dans ses réponses, les électeurs certains d’aller voter des autres.
  • TNS/Sofres sonde, lui, un « échantillon de 5.006 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans », et plus précisément « 332 personnes tout à fait certaines d’aller voter » au sein de cet échantillon.
  • Enfin, Odoxa a utilisé « un échantillon de 5053 personnes représentatif », dont « 1.472 personnes comptant aller voter et 671 absolument certaines d’aller voter ».

Pourquoi ça pose problème ?

« Sympathisant de droite et du centre », « personne tout à fait certaine d’aller voter », « personne comptant aller voter »… On constate que le profil de l’électeur sondé varie selon les instituts. Celui-ci détermine, pourtant, le nombre de futurs votants. Prenons un exemple : lorsque le Parisien, le 27 août dernier, publie les résultats Odoxa des intentions de vote au premier tour, il utilise les résultats des personnes « comptant aller voter », soit 29 % de leur base de Français représentatifs.

C’est ici que le bât blesse. Si l’on rapporte ce chiffre au nombre d’électeurs français, cela veut dire que la primaire mobiliserait plus12 millions de votants… Un chiffre difficilement imaginable aujourd’hui. « Entre une primaire qui réunirait un million de votants, ce qui est assez faible, une primaire qui, à l’image de celle de la gauche, attirerait environ 3 millions de Français, et une primaire qui serait un succès inédit, avec 4 ou 5 millions d’électeurs, les résultats varient énormément », reconnaissait récemment Emmanuel Rivière, directeur Stratégies d’opinion de TNS Sofres, dans le Figaro.

Autre problème, la marge d’erreur. « Il est absolument obligatoire pour avoir un résultat probant de constituer des échantillons très importants », reconnaît Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, à Europe 1. Mais ce type d’enquête demande du temps et de l’argent (entre 10.000 et 20.000 euros précise le site). Les médias préfèrent donc sonder des échantillons plus restreints, augmentant inévitablement la marge d’erreur (pouvant aller jusqu’à 4 points de pourcentage pour un candidat). Ainsi, dans le dernier sondage de l’Ifop, Bruno Le Maire prend la 3e position avec 13 % (avec plus ou moins 2.1 points de marge d’erreur) devant François Fillon qui obtient lui 10 % des voix (avec la même marge d’erreur). L’inverse aurait donc été également possible.

Mais alors, qui est avantagé par ces sondages ?

Difficile à dire. On estime généralement qu’un grand nombre de votants bénéficierait davantage à Alain Juppé qu'à Nicolas Sarkozy. Mais d’autres paramètres ne sont pas pris en compte par les instituts de sondage : le nombre de candidats sur la ligne de départ, et les éventuels ralliements au soir du premier tour. Bon, et si on attendait tous le 27 novembre ?