Emmanuel Macron sera-t-il candidat à l'élection présidentielle en 2017?

GOUVERNEMENT Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a annoncé sa démission ce mardi...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron le 26 août 2016.
Emmanuel Macron le 26 août 2016. — WITT/SIPA

La fin d’un (faux ?) suspense. Alors la rumeur enflait depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron a présenté ce mardi sa démission à François Hollande. Officiellement, le ministre de l’Economie quitte le gouvernement « pour se consacrer entièrement à son mouvement politique », indique le communique de l’Elysée. Une formule qui ne résout pas vraiment cette question : quelle est la stratégie du ministre de 38 ans qui est resté deux ans au sein du gouvernement ? Va-t-il se lancer dans la course à l’Elysée ?

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La candidature de François Hollande, la grande inconnue

En Marche, le mouvement « ni de droite ni de gauche » lancé en avril dernier, à grand bruit, par Emmanuel Macron, n’a que cinq mois. L’ancien ministre « va reprendre sa liberté pour continuer à construire une nouvelle offre politique », a indiqué ce mardi un porte-parole d’En Marche. Cette démission n’indique pas à ce stade qu’il sera candidat à l’élection présidentielle en 2017.

Lors de sa conférence de presse à Bercy, l’ex-ministre a d’ailleurs laissé planer le flou en faisant un bilan plutôt positif de son action au ministère tout en disant vouloir « être libre » pour faire « un diagnostic sans concessions » de l’état du pays, afin de mener des réformes « dès l’année prochaine ». Invité sur le plateau du 20 Heures de TF1, il ne s’est pas prononcé davantage sur une éventuelle entrée en campagne, répétant dans les grandes lignes ce qu’il avait déclaré un peu plus tôt au ministère.

Pour le politologue Rémi Lefebvre, également conseiller PS de la commune d'Hellemes (Nord), la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle fait peu de doutes. « Avec la démission de Macron, la probabilité d’une candidature de François Hollande s’est un peu plus affaiblie. En tout cas, Macron accroît la pression sur le président, qui a en quelque sorte créé un monstre qui le dévore », souligne le professeur de science politique à l’université Lille-2. Seule certitude, l’ancien banquier de 38 ans ne devrait pas se présenter à la primaire initiée par le PS, puisqu’il entend s’affranchir du clivage droite-gauche.

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Scruter les sondages

Selon son entourage, l’ancien ministre de l’Economie prévoit de tirer dès fin septembre un bilan des entretiens menés par les militants d’En Marche, avant de présenter des propositions en octobre. Et d’annoncer sa candidature ? « Soit François Hollande rebondit dans les sondages et dans ce cas il n’y a pas de possibilité de candidature d’Emmanuel Macron », estime Gérard Collomb (PS), maire de Lyon, proche de l’ancien ministre. Même condition posée par François-Michel Lambert, député écologiste des Bouches-du-Rhône et proche d’Emmanuel Macron : « Si François Hollande n’est pas candidat, Macron et Valls seraient des candidats légitimes ».

« Mais si d’ici décembre François Hollande chute dans les sondages, il y a un risque de déroute à la présidentielle s’il n’y a pas de nouvelle offre politique. Cheminer parallèlement offre une plus grande possibilité d’espérance », poursuit Gérard Collomb. Jugeant que la présence du Front national au second tour est probable, le sénateur pense qu’il faut « rassembler » au-delà de la gauche, vers le « centre-droit ».

Un « rabatteur de voix du centre » piloté par l’Elysée ?

En se présentant comme un candidat au-dessus du clivage droite-gauche, Emmanuel Macron prête le flanc aux critiques qui voient en lui un « poisson pilote » libéral de l’Elysée, « rabatteur de voix du centre », selon Olivier Falorni, député PS de la Charente-Maritime. Une hypothèse qui laisse Rémi Lefebvre sceptique. « Emmanuel Macron a la même stratégie que Hollande et Valls, il pense que la prochaine élection se jouera au centre, et pas à gauche », commente le politologue. « Dans cette perspective, il faut être rassembleur. Macron peut incarner la droite modérée face à un candidat comme Sarkozy, et la modernité face à Juppé. Il a une carte à jouer, même s’il a aussi des handicaps ».

L’ancien ministre n’a pas de grand parti derrière lui, il manque encore de soutiens politiques et sa levée de fonds en est apparemment à ses balbutiements. Mais en démissionnant dès ce mardi, Emmanuel Macron a un peu de temps devant lui, à huit mois du premier tour de l’élection présidentielle.