Hollande et le pape, Sarkozy à la messe… Pourquoi les politiques convoitent les catholiques

POLITIQUE François Hollande rencontre le pape François au Vatican ce mercredi après-midi...

Julie Urbach

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François Hollande et le pape François se sont rencontrés le 24 janvier 2014 au Vatican.
François Hollande et le pape François se sont rencontrés le 24 janvier 2014 au Vatican. — GALAZKA/SIPA

C’est un rendez-vous privé, sans protocole. Ce mercredi après-midi, François Hollande s’entretient avec le pape François au Vatican. Une deuxième rencontre depuis le début de son quinquennat qui intervient trois semaines après l’assassinat du père Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Et qui doit aussi marquer un « resserrement des liens », assure-t-on à l’Elysée.

A huit mois de l’élection présidentielle, c’est enfin le moment de prouver que les deux François ont bel et bien des points communs, estime Odon Vallet, historien des religions. « Ils se rapprochent, montrant que les dossiers du Mariage pour tous et de l’ambassadeur [Laurent Stefanini, catholique et homosexuel que le Vatican avait refusé d’accréditer] sont réglés, estime-t-il. Deux thèmes majeurs les rassemblent aujourd’hui : la question des Chétiens d’Orient, soutenus par la France, et celle de la laïcité. » « Lorsqu’un prêtre est attaqué, c’est toute la France qui est meurtrie », avait assuré par téléphone François Hollande au souverain pontif.

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Sarkozy à la messe, Juppé à Lourdes…

Au-delà d’améliorer l’entente entre les deux hommes, la rencontre a assurément une dimension politique. Et les candidats (ou celui qui s’apprête à se déclarer) à la primaire de la droite se sont eux aussi déjà lancés à la conquête de l’électorat catholique, qui lui est habituellement acquis. A chacun, donc, de tirer la couverture : Nicolas Sarkozy a par exemple célébré la messe de l’Assomption dans l’église du Lavandou. Alain Juppé, lui, s’est rendu à Lourdes le 15 août, apportant « son soutien aux catholiques ». François Fillon s’est enfin rendu à l’abbaye de Solesmes, dans la Sarthe.

« L’électeur n’est pas dupe et sait distinguer ceux qui se rendent à l’église juste pour l’affichage », prévient toutefois Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d’Harris Interactive.

Traditionnellement à droite

A gauche, la tâche de grappiller une partie de ce nouvel électorat risque d’être rude. « Les catholiques les plus pratiquants, qui sont plus âgés et votent traditionnellement plus à droite que le reste de la société, sont toujours très critiques envers François Hollande, note Jean-Daniel Levy. Mais cette opération peut toucher la partie de la population qui écoute encore un peu le président, ceux du centre qui portent des valeurs du christianisme. »

En décembre dernier, pour le premier tour des régionales, un sondage Ifop révélait que plus les catholiques étaient pratiquants, moins ils se tournaient vers le Parti socialiste. Autre enseignement, les catholiques avaient davantage voté FN que le reste des Français (32 % contre 28,4 %). Ils sont enfin plus nombreux à voter.

« Caution morale »

Pour les deux camps, il s’agirait donc en fait d’une opération reconquête. « Pour Hollande, cette rencontre vise plutôt à justifier le fait qu’il mène une politique de gauche, complète Odon Vallet. C’est très précieux pour lui d’avoir la caution morale de ce pape, qui est plus à gauche que certains de ces ministres… »

A la conférence des évêques de France, on ne tient pas en tout cas à commenter la visite, refusant simplement « d’y voir toute dimension politique ».