Attentat de Nice: L’unité politique vole en éclat après l’attaque

POLITIQUE Les réactions de certains élus de l'opposition sont virulentes contre l’exécutif après l’attentat de Nice, jeudi soir…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le maire de Bordeaux Alain Juppé, le 6 juillet 2016 à Saint-Cyprien.
Le maire de Bordeaux Alain Juppé, le 6 juillet 2016 à Saint-Cyprien. — ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA

Au lendemain de l’attentat à Nice, la France est encore en deuil, mais l’unité politique n’existe plus. La concorde nationale qui avait prévalu après les attaques contre Charlie Hebdo  et l’Hyper Cacher n’est plus. Les logiques et l’opportunisme partisans ont repris quelques heures après la virée meurtrière d’un camion sur la promenade des Anglais. Les exhortations à la solidarité et à « faire bloc » de François Hollande et Manuel n’ont pas duré vendredi matin, des élus de la droite et d’extrême droite critiquant vertement l’exécutif.

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Vendredi matin, Christian Estrosi, président (Les Républicains) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a réclamé un « sursaut » de l’Etat dans la lutte contre le terrorisme, reprochant à François Hollande d’avoir évoqué la levée de l’état d’urgence lors la traditionnelle interview du 14-Juillet, jeudi après-midi.

Auprès de 20 Minutes, le député LR du Rhône Georges Fenech, président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015, a reproché « les défaillances de la politique de Christiane Taubira [ex-ministre de la Justice] ». L’ancien magistrat estimé que l’« on est en train de payer une politique d’aveuglement [de l’exécutif] face à une menace terroriste ».

« Etre les arbitres de l’élection majeure qu’est la présidentielle »

« Si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu », a par ailleurs affirmé Alain Juppé, candidat à la primaire à droite. Le député LR Henri Guaino a regrettél’absence de lance-roquettes dans les mains des policiers, quand son collègue Jacques Myard a proposé d’interdire le voile en France. Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la France à la présidentielle, a réclamé « l’expulsion systématique des étrangers condamnés au terme de leur peine ».

Quant au député européen FN Bernard Monot, il a réclamé sur Twitter « des actes contre les fellouzes en France ». Le terme, péjoratif, renvoie au « fellagha », rebelle favorable au mouvement de libération nationale en Algérie (FLN) durant la guerre d’Algérie.

Exacerbation du phénomène en période électorale

Comment expliquer ces réactions et ces propositions ? « C’est de la récupération politique », résume le sociologue et politologue Erwan Lecoeur. « L’opinion est dans un état de guerre civile larvée. Dans cette situation de tension, certains poussent leur avantage sur un terrain monopolisé par le Front national », ajoute-t-il, précisant que « dans cette bataille culturelle qu’a théoriséeAntonio Gramsci, certains seconds couteaux à droite et à l’extrême droite veulent devenir incontournables ».

Alain Juppé, Henri Guaino et Jacques Myard sont candidats à la primaire à droite de novembre 2016, quand le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan est candidat à la présidentielle de 2017. « Les échéances électorales exacerbent évidemment ces récupérations politiques. L’enjeu est de devenir, pour ces élus, les arbitres de l’élection majeure qu’est la présidentielle, même en faisant 5 % », analyse Erwan Lecoeur.