Présidentielle 2017: Nicolas Hulot laisse les écolos le bec dans l’eau

POLITIQUE Il a annoncé qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle de 2017…

Audrey Chauvet
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L'écologiste Nicolas Hulot
L'écologiste Nicolas Hulot — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

« Et merde… » Le commentaire laconique posté par un militant écologiste ce mardi soir en réaction à l’annonce de Nicolas Hulot résume bien le sentiment général des écolos. Le communiqué diffusé mardi soir, dans lequel Hulot annonce ne pas être candidat à la présidentielle de 2017, a fait l’effet d’une douche froide : il y a encore deux jours, les écolos des Hauts-de-France, réunis pour leurs journées d’été, entonnaient un « Hulot reviens, Hulot reviens, Hulot reviens parmi les tiens » mi-ironique mi-incantatoire.



 

La décision de Nicolas Hulot a surpris jusqu’à ses très proches, qui n’attendaient pas de fumée blanche avant la rentrée. Chez Europe Ecologie-Les Verts, on ne cache pas sa déception : « Triste de la décision de @N_Hulot mais respectueux de son intégrité et de son engagement désintéressé et constant », a tweeté David Cormand, secrétaire national d’EELV. « Nicolas #Hulot aurait été un excellent porte-parole de l’émergence citoyenne et de l’urgence écologiste et démocratique. Je regrette sa décision », ajoute Michèle Rivasi, députée européenne EELV.



 

 



 

 



« On est déçus », confie Julien Bayou, porte-parole d’EELV. Une candidature Hulot « nous facilitait beaucoup de choses, ça portait très haut la parole de l’écologie », ajoute-t-il.

Hulot en « cache-misère »

Une réaction un peu étonnante chez des Verts qui ont bouté « le-présentateur-de-TF1-Tartuffe-Nicolas Hulot » hors de leur parti en 2012 dans une primaire houleuse qui a abouti à la candidature d’Eva Joly. Hulot ne cache pas garder un très mauvais souvenir de cet épisode et l’engouement opportuniste des Verts pour son retour en politique a peut-être freiné ses ardeurs pour 2017. « Une candidature de Hulot arrangeait les Verts car elle aurait vraisemblablement permis de dépasser les 2-3 % habituels d’un candidat vert, explique le politologue Daniel Boy, pécialiste de l’écologie politique au Cevipof. Cette candidature aurait aussi permis d’éviter des querelles dans le parti en prenant quelqu’un de l’extérieur. »

Des querelles, il risque donc d’y en avoir maintenant que Hulot a jeté l’éponge. Déjà bien mal en point après les départs des députés pro-gouvernement, la dissolution du groupe écologiste à l’Assemblée et l’affaire Baupin, EELV s’obstine à vouloir présenter un candidat à la présidentielle, mais qui ? La candidate « naturelle », Cécile Duflot, aiguise ses arguments depuis plus d’un an mais peine à gagner en popularité. Relookée en candidate parfaite, elle ne parvient pas à séduire les Français et ne fait pas l’unanimité au sein de son parti : Noël Mamère, Yannick Jadot et Michèle Rivasi se verraient bien eux aussi en campagne présidentielle.

 



« Nous ne sommes pas à la rue après le désistement de Nicolas Hulot, mais on réfléchit encore aux modalités de désignation du candidat », admet Julien Bayou. « Il y a deux écueils à éviter : la désignation "de couloir" sans consultation des militants et le syndrome UMP avec 14 candidats qui ne débattent pas vraiment. »

Toujours vivants…

Certains réclament une primaire au sein du parti. « On va en discuter au conseil fédéral de samedi, indique Julien Bayou. On avait prévu de mettre la question à l’ordre du jour un peu à la cool, là ça va être encore plus concret ». La désignation du candidat vert devrait avoir lieu à l’automne. « Ce sont les adhérents qui doivent trancher, estime Daniel Boy. Si Cécile Duflot est la candidate naturelle, on pourrait imaginer une primaire qui prendrait la forme d’un référendum pour savoir si tout le monde est d’accord pour qu’elle se présente. »

Or, on sait que « tout le monde d’accord », chez EELV, ça n’existe pas. Pourquoi risquer de mettre un peu plus le bazar dans le parti alors qu’aucun candidat écologiste n’a jamais réussi à dépasser les 5,25 % de Noël Mamère en 2002 ? « Parce qu’une élection présidentielle offre une tribune incomparable, rappelle Daniel Boy. Même s’ils savent qu’ils feront un très petit score et que ça va coûter de l’argent, cela permet de développer leurs thèmes de prédilection et de faire que l’écologie soit présente dans l’élection présidentielle. »