Loi travail: Avec le 49-3, une victoire politiquement coûteuse pour le gouvernement

POLITIQUE Comme prévu, Manuel Valls a dégainé l'arme constitutionnelle du «49-3», mais cette victoire parlementaire se paie au prix fort...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le Premier ministre Manuel Valls et la ministre du Taravail Myriam El Khomri, le 29 juin 2016 à Paris.
Le Premier ministre Manuel Valls et la ministre du Taravail Myriam El Khomri, le 29 juin 2016 à Paris. — WITT/SIPA

Une victoire obtenue à quel prix ? Ce mardi, le projet de loi travail est revenu à l’Assemblée nationale en deuxième lecture. Faute de majorité, le Premier ministre a de nouveau dégainé l’article 49-3 de la Constitution pour forcer l’adoption du texte sans le vote des députés. Si la procédure était attendue, elle disloque une nouvelle fois la majorité, nombre de parlementaires dénonçant le « passage en force » de Manuel Valls. La manœuvre semble isoler toujours plus le gouvernement, à moins d’un an de la présidentielle…

>> Le live de cette journée de manifestations contre la loi travail, en direct 

Isolé sur la loi travail et son polémique article 2 consacrant la primauté des accords d’entreprise pour l’aménagement du temps de travail, Manuel Valls a coupé court au débat en recourant au célèbre « 49-3 ». « Recourir à cet article de la Constitution est une manière d’en finir avec la contestation et cette séquence politique désastreuse », relève le politologue Stéphane Rozès, président de Conseils, analyses et perspectives.

« Rarement vu une telle haine pour le PS »

La méthode, agressive, est restée en travers de la gorge de nombre de parlementaires. Le chef de file des députés PS frondeurs, Christian Paul, a déploré « l’incapacité [de Manuel Valls] à réformer le pays sans brutaliser ». Offensive, Karine Berger a dénoncé un « passage en force » qui rompt « la confiance » et se réglera, promet la députée, aux primaires socialistes.

En fin de journée, les députés contestataires ont laissé planer la menace d’un dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement. Avec peu d’espoir de réussite, la précédente motion, déposée en mai,ayant échoué à deux signatures près.

La victoire du gouvernement, qui mise sur une adoption définitive du projet de loi travail avant le 22 juillet par l’Assemblée, coûte cher politiquement. « En termes de légitimité, c’est une catastrophe. C’est unevictoire à la Pyrrhus, car j’ai rarement vu une telle haine pour le PS », relève le professeur Rémi Lefebvre, chercheur au CNRS spécialiste du PS. Le couple Hollande-Valls semble sortir carbonisé de cette séquence politique. « Cette manière de faire est peu compréhensible. S’il affiche une rigidité sur ce projet de loi, François Hollande manque d’autorité face au désordre social et par rapport à ses ministres… », estime Stéphane Rozès.

Une « séquence désastreuse »

L’urgence, pour le gouvernement, est de passer à autre chose. L’été pourrait apaiser la combativité syndicale, avant que la primaire à droite envahisse l’actualité en septembre. Mais cette bataille parlementaire pourrait laisser des traces à moins d’un an de la présidentielle, et alors que l’exécutif reste impopulaire dans toutes les enquêtes d’opinion. Pour le politologue Stéphane Rozès, « le couple Hollande-Valls s’est affaibli avec cette loi mal pensée, mal traitée et mal aménagée qui ne respecte pas le dialogue social ».

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Cette séquence « désastreuse » affine par ailleurs les stratégies à la fois périlleuses et contradictoires de François Hollande et de Manuel Valls, estime Rémi Lefebvre. Pour le chercheur, « François Hollande opte pour une politique ressemblant à un chas d’aiguille. Il estime qu’il n’y a pas d’alternative avec Mélenchon ou chez les communistes. Et il fait le pari que la primaire à droite et le retour probable de Nicolas Sarkozy lui seront favorables et lui permettront in fine de se qualifier pour le second tour à la présidentielle. »

Une stratégie bien différente de celle de son Premier ministre, qui lui, opterait pour la méthode bazooka. « En suivant une ligne sociale-libérale sans compromis, Manuel Valls s’accommode d’une raclée de François Hollande en 2017. Il fait le calcul que la gauche va exploser, pour mieux la reconstruire ensuite », souligne Rémi Lefebvre. Un plan qui mènerait le Premier ministre… vers la présidentielle de 2022.