Primaire à droite: François Fillon mise sur sa stature d’Etat pour faire décoller sa campagne

REPORTAGE A Saint-Mandé, le candidat à la primaire à droite François Fillon mise sur son sérieux pour faire mentir des cotes de popularité à la traîne…

Anne-Laëtitia Béraud
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François Fillon en meeting à Saint-Mandé, le 30 juin.
François Fillon en meeting à Saint-Mandé, le 30 juin. — BERTRAND GUAY / AFP

« La France est en danger. Existera-t-elle encore comme un grand pays indépendant et maître de son destin dans 50 ans ? » Le ton de François Fillon pourrait résider en cette interrogation grave. Devant un parterre de sympathisants ce jeudi à Saint-Mandé (Val-de-Marne), le candidat à la primaire est venu évoquer son programme sur la famille.

Mais, quelques jours après le « Brexit », l’ancien Premier ministre ne peut s’empêcher d’évoquer une situation internationale proche de la catastrophe, entre la déflagration de la crise financière de 2008, la crise des réfugiés, la menace djihadiste, la décision historique des Britanniques de quitter l’Europe… « Nous sommes dans un climat de violence, d’intolérance, de guerre de religion avec des relents de totalitarisme », lance-t-il devant ses partisans. Parmi eux, figurent son épouse, la sénatrice Catherine Procaccia ou encore Patrick Beaudoin, maire de Saint-Mandé.

« La France, c’est la fille aînée de l’Eglise et les philosophes des Lumières »

Face au chaos du monde, le député de Paris revient longuement sur sa vision de la France, le « respect du passé et de l’histoire », et sa foi catholique. « Ma France à moi, c’est 16 siècles d’histoire depuis le baptême de Clovis », lance-t-il à l’assemblée réunie dans un gymnase de la commune. « Je suis catholique et le revendique », dit encore celui qui « rend souvent visite au père abbé ». Pour lui, « la France, c’est la fille aînée de l’Eglise et les philosophes des Lumières ».

Evoquant l’évolution de l’Eglise catholique française, qui s’est résolue à accepter la République au cours du XXe siècle, François Fillon lance : « Pourquoi ce que l’Eglise, les protestants, les juifs ont accepté, les musulmans ne l’accepteraient-ils pas aujourd’hui ? ». Cette stature d’homme d’Etat et ce discours de vérité, feront, espèrent ses soutiens, la différence sur ses rivaux.

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Dans l’assemblée, l’enthousiasme reste mesuré. Venus en groupe depuis Champigny-sur-Marne, Raymonde, Rosalie, Marie et Jean-Claude louent unanimement le sérieux du candidat Fillon. « Il prend peu à peu de la force au cours de la campagne », souligne Raymonde. « Mais c’est vrai qu’il est difficile de dissocier François Fillon de Nicolas Sarkozy, alors qu’il a été cinq ans son Premier ministre », ajoute Rosalie.

Les amis relèvent encore « le manque de niaque, de charisme » qui ferait défaut au candidat en campagne. Ce manque de chaleur expliquerait notamment, pour ces amis, les sondages toujours à la traîne de François Fillon. Car, au fil des mois et d’une lourde campagne, François Fillon reste abonné aux 3e et 4e places en termes de popularité, derrière Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

Des adversaires « qui courent dans tous les sens et s’agitent »

Souvent sondage varie, et bien fol est qui s’y fie, répond Patrick Beaudoin, le maire « filloniste » de Saint-Mandé. La popularité de François Fillon ne décolle pas ? Aucun souci. « La campagne ne débutera vraiment le 21 septembre, quand tous les candidats seront déclarés. A ce moment-là, les Français verront le sérieux, le recul, la prise de distance de cet homme d’Etat », souligne l’ancien député. « Car, contrairement à ces adversaires qui courent dans tous les sens, s’agitent, François Fillon garde la mesure et impose un cap », souligne le gaulliste.

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Autre qualité qui pourrait faire la différence : son exemplarité. « François Fillon est exemplaire. Son sens de la respectabilité et de la décision en fait un homme d’Etat moderne », juge Patrick Beaudoin, qui « pense au [président] Pompidou » quand il parle de Fillon. Pour Jean-Eudes, habitant de Saint-Mandé piqué de politique, l’exemplarité de François Fillon réside dans le fait que « lui, il n’a pas de casseroles ».

Les propositions de François Fillon concernant la politique familiale.

L’ancien Premier ministre propose rétablir l’universalité des allocations familiales, avec le relèvement du plafond du quotient familial à 3.000 euros. Il souhaite encourager la généralisation d’une couverture assurantielle dépendance privée ; réécrire la loi Taubira afin de fermer l’adoption plénière aux couples homosexuels. Elu président, il souhaiterait faire voter au Parlement un plan de lutte contre la très grande pauvreté. Concernant la prise en charge du handicap, François Fillon préconise de « reconnaître aux parents d’une personne handicapée un droit à la formation au moment de la découverte du handicap ».