Présidentielle 2017: Le Brexit propulse le «Frexit» au cœur du débat politique français

CAMPAGNE Porté par le FN, la question d'un referendum sur la sortie de la France de l'UE pourrait être un enjeu central de la campagne pour l'élection présidentielle de 2017...

Olivier Philippe-Viela
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Photo d'archives datant du 2 juin 2012 montrant Marine le Pen et Jean-Luc Melenchon, lors d'un débat télévisé sur France 3 durant la campagne législative de 2012, au cours d'un échange portant sur de prétendus "faux tracts".
Photo d'archives datant du 2 juin 2012 montrant Marine le Pen et Jean-Luc Melenchon, lors d'un débat télévisé sur France 3 durant la campagne législative de 2012, au cours d'un échange portant sur de prétendus "faux tracts". — Philippe Huguen AFP

« C’est une réalité qui s’impose à tous : oui il est possible de sortir de l’Union européenne. » Marine Le Pen a jubilé ce vendredi en conférence de presse, au moment de commenter  le résultat du référendum au Royaume-Uni. La présidente du Front national compte bien utiliser le choix des Britanniques de quitter l’UE pour appuyer l’euroscepticisme de son parti. Avec en point de mire la campagne présidentielle 2017, qui pourrait être animée par la question d’un possible « Frexit ». Sur Twitter, elle a déjà appelé à la tenue d’un référendum similaire dans les autres pays de l’Union.

Le Front national et le Front de gauche montent au créneau

« C’est du pain béni pour le FN, car la sortie de l’Euro est la principale mesure de son programme. Jusqu’à présent elle pouvait poser problème car elle était jugée peu crédible. Toute leur entreprise désormais va être de dire : "regardez, c’est crédible, les Britanniques eux ont carrément voté pour sortir de l’UE". En termes de campagne politique, c’est un argument très important et on verra rapidement dans les sondages d’opinion la manière dont les Français réagissent », constate Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS et spécialiste des populismes en Europe.

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Le Front national est le premier représentant de l’euroscepticisme en France. Dans un sondage CSA/BFMTV/Nice-Matin de mai 2014, juste avant les élections européennes, 80 % de ses sympathisants interrogés considéraient l’appartenance à l’UE comme « une mauvaise chose ».Derrière le FN, les partisans du Front de Gauche rassemblent, dans des proportions moindres, une majorité d’eurosceptiques selon le même sondage (46 % contre, 37 % pour).

« L’électorat de gauche radicale n’est pas aussi eurosceptique, il est mécontent du libéralisme et de l’austérité liés à l’UE, mais pas anti-UE. Cependant Mélenchon commence à prendre des positions eurosceptiques », explique Gilles Ivaldi. Ce vendredi, le leader du Parti de gauche a confirmé sa volonté d’aller sur le terrain du Front national au cours d’une conférence de presse qu’il a bouclé en affirmant que « l’Union européenne, pour les Français, on la change ou on la quitte. »

« En l’état il n’y a pas de mouvement important, visible, vers un Frexit »

Changer l’UE, ou la quitter ? C’est toute l’ambigüité du Front national, qui prône avant tout une sortie de la zone Euro, plus que de l’Union. La nuance est importante, 51 % des Français considérant l’appartenance de leur pays à l’UE comme une bonne chose, contre 38 % d’opposants. « En l’état il n’y a pas de mouvement important, visible, vers un Frexit ou au moins une sortie de l’Euro », poursuit Gilles Ivaldi.

Le calendrier politique, chargé en primaires à gauche et à droite dans les prochains mois, devrait mettre de côté pendant quelque temps la question européenne. Mais au top départ de la campagne présidentielle « on va retrouver les problématiques du chômage et de l’activité économique, de la crise des migrants, et le FN remettra sur le tapis ses propositions. Il aura donc pas mal d’opportunités de ramener les débats sur la question européenne. »

« Une victoire sur un plateau pour Le Pen »

Comment se positionneront alors les partis plus centristes, laisseront-ils le FN mener ce débat avec la gauche radicale ? « Les grands partis traditionnels restent encore modérés, car ils sont divisés en leur sein sur l’Europe : le PS ne s’entend pas sur les questions économiques liées à l’Europe, et aux Républicains, entre l’europhile Juppé et un Sarkozy plus instrumental, tacticien, vis-à-vis de l’UE, il y a des divergences », ajoute Gilles Ivaldi.

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Conscient de l’avance qu’a prise Marine Le Pen, le candidat à la primaire LR Alain Juppé a justement rejeté la proposition de référendum de la présidente du FN sur Europe 1, tout en appelant lui aussi à « une autre Europe ». Une posture similaire à celle du Premier ministre Manuel Valls qui a déclaré ce vendredi matin que le Brexit était le « révélateur d’un malaise trop longtemps ignoré » au sein de l’Union européenne. « C’est le moment d’être digne des pères fondateurs, de refonder une nouvelle Europe en écoutant les peuples », a déclaré lors d’un déplacement dans l’Essonne le Premier ministre, pour qui « l’Europe ne doit plus intervenir partout, tout le temps ».

Des réactions qui dessinent peut-être une des tendances de la prochaine campagne présidentielle, c’est-à-dire un Front national moteur de la contestation de l’UE, obligeant chaque parti à s’aligner sur la question. « Aux régionales, on a vu qu’il a balayé quasiment tout le champ des eurosceptiques dans l’électorat. Marine Le Pen va utiliser ça et le Brexit pour mettre l’Europe dans le débat », conclut Gilles Ivaldi.