Mouvements sociaux: Comment le gouvernement tente de déminer les crises

POLITIQUE Alors qu’une nouvelle semaine sociale s’annonce délicate avec des grèves dans les transports, le gouvernement tente de déminer la crise sociale…

A.-L.B.

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Illustration de la grève à la Gare de Lyon, le 31 mars 2016.
Illustration de la grève à la Gare de Lyon, le 31 mars 2016. — LIONEL URMAN/SIPA

En ce début de semaine sociale agitée et à dix jours de l’Euro de football, comment sortir des grèves qui se multiplient, notamment dans les transports, contre la loi El Khomri ? C’est le casse-tête du gouvernement, pour qui la loi travail, et son texte le plus contesté, l’article 2 (qui consacre la primauté de l’accord d’entreprise sur la branche), ne seront pas modifiés. L’exécutif pourrait cependant lâcher du lest sur d’autres dossiers afin d’éviter les blocages, à l’image des routiers grévistes qui ont obtenu satisfaction sur le paiement de leurs heures supplémentaires. Une urgence alors que les syndicats CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, Fidl, UNL ont appelé « à amplifier les mobilisations » avec une grande journée d'action le 14 juin. 20 Minutes revient sur la stratégie du gouvernement pour déminer la situation…

1ère étape : Renouer le dialogue

Premier pas du gouvernement : renouer le contact avec les éléments contestataires. Pour la première fois depuis deux mois, le Premier ministre Manuel Valls a appelé samedi le patron de la CGT Philippe Martinez. « Que le Premier ministre daigne m’appeler, c’est plutôt bon signe », s’est régalé le syndicaliste. « Si le gouvernement dit "on suspend la procédure parlementaire, on discute, on améliore", y’a pas de problème », a-t-il ajouté. Le coup de fil de Manuel Valls pourrait rapporter gros. Si Philippe Martinez a bien rappelé son opposition à l’article 2 de la loi, il n’a plus exigé le retrait pur et simple du texte. « Dans ce combat de coq, il faut sortir de la crise sans perdre la face », commente Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail. « Le gouvernement va sortir les "Canadairs à euros" et arroser [les contestataires], ce qui est un grand classique. C’est aussi une tactique coûteuse », pronostique le spécialiste.

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Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, Véronique Bedague, le Premier ministre Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, le 28 mai 2016 à Matignon.
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, Véronique Bedague, le Premier ministre Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, le 28 mai 2016 à Matignon. - WITT/SIPA

2e étape : Avancer sur le dossier SNCF

Alors qu’une grève à la SNCF est annoncée à partir de mardi soir, les négociations sur le temps de travail des cheminots ont bien avancé depuis vendredi. Au point mort avant le week-end, les discussions entre la direction, les syndicats et le secrétariat d’Etat aux transports ont accouché d’un nouveau texte lundi. Si l’UNSA-Ferroviaire, la CGT-Cheminots et SUD-Rail ont maintenu leur préavis de grève, la CFDT a quant à elle retiré sa menace. « Le gouvernement lâche du lest à la SNCF, mais cela ne règlera pas l’effacement du statut du cheminot demandé par l’Europe », réagit Bernard Vivier. Un argument repoussé par le député PS Philippe Doucet. Pour ce proche de Manuel Valls, « la petite musique laissant entendre qu’on lâche du lest, je n’y crois pas du tout. On négocie avec ceux qui veulent bien négocier, on reste ferme sans être dans la fermeture », assure l’élu du Val d’Oise. Les négociations doivent se poursuivre jusqu’au 6 juin, à quelques jours du début de l’Euro de football, le 10 juin. « Si l’image de la France est plantée à l’international pendant l’Euro, la CGT devra assumer. Mais je ne crois pas à ce scénario, car l’opinion se retourne déjà contre elle », juge-t-il.

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3e étape : Négocier à la RATP et finaliser un accord avec les intermittents

 

L’urgence pour le gouvernement est aussi de régler les négociations salariales à la RATP afin de déjouer une grève illimitée qui débute jeudi pour demander la réouverture des négociations salariales annuelles et le retrait du projet de loi travail. Confiant, le patron du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a assuré dimanche qu’« il n’y aura pas de grèves de trains et de métro » pendant l’Euro. « Il faut négocier, à la SNCF, et je crois que c’est en bonne voie, à la RATP et c’est aussi en bonne voie. Il faut aussi obtenir un accord, et c’est en bonne voie sur les intermittents du spectacle ». Une confiance qu’arbore aussi le député Philippe Doucet : « Comme à la SCNF, cela se règlera sans que le gouvernement ne recule devant quoi que ce soit ».

Reste encore à savoir si la politique du gouvernement pourra éteindre tous les feux, alors qu’une grève à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) est prévue du 3 au 5 juin, qu’un arrêt de travail dans les ports et docks est annoncé pour jeudi, et que le principe d’une longue grève a été adopté lundi par les adhérents du syndicat de pilotes SNPL, majoritaire à Air France. « La confrontation durera encore une bonne dizaine de jours », présume Philippe Doucet. « Mais cela commencera à se dégonfler à partir du week-end prochain », ajoute l’élu. A quel prix ?