Loi Travail: François Hollande peut-il s’en sortir avant l’Euro?

SOCIAL Le mouvement social pourrait durer jusqu’au début de l’Euro, qui débute le 10 juin…

Thibaut Le Gal

— 

Le président François Hollande le 19 mai 2016 à Paris
Le président François Hollande le 19 mai 2016 à Paris — GONZALO FUENTES POOL

Des manifestations, des blocages de raffineries, des appels à la grève générale, et au loin, l’Euro, qui pointe le bout de son nez. A deux semaines du début de la compétition, le mouvement social contre la loi Travail se durcit. Dans son calendrier du « ça va mieux », l’Elysée avait pourtant marqué d’une pierre blanche ce mois de football. François Hollande lui-même avait confié compter sur le championnat d’Europe pour « mettre le pays de bonne humeur », rapportait le Figaro fin avril.

« Le président a envie que les gens profitent pleinement de la compétition sportive », confirme l’entourage du chef de l’Etat. François Hollande voudrait siffler le coup d’envoi de cette séquence médiatique dès le 5 juin prochain, lors d’un entretien foot à France Inter, croit savoir le JDD. « Cela nous a été proposé, mais rien n’a encore été calé », répond-on à l’Elysée.

>> A lire aussi : Que peut faire le gouvernement face au blocage des sites pétroliers?

« Ce n’est pas nous qui avons choisi les dates de la compétition »

Le mouvement social pourrait toutefois doucher les espoirs du Palais en faisant de l’ombre médiatique aux festivités de juin. Depuis le début de la semaine, l’Etat s’est montré ferme, recourant à des interventions musclées pour débloquer des dépôts. Espère-t-il faire taire la gronde avant le 10 juin ? « On souhaite seulement que les blocages s’arrêtent ». Pour dédramatiser, l’entourage du chef de l’Etat évoque le « mouvement de grève à Air France peu avant la coupe du monde 1998 » et assure : « l’objectif est que les gens qui souhaitent assister aux matchs puissent y assister. Les gens qui souhaiteront manifester, manifesteront ».

Le leader de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, a laissé planer le doute mardi. « Nous ne voulons pas perturber particulièrement les matchs, mais ce n’est pas nous qui avons choisi les dates de la compétition et le calendrier du gouvernement. Je n’exclus rien a priori ». « Si le gouvernement ne retire pas son projet, si les salariés en sont d’accord, les mobilisations vont continuer, s’amplifier », a prévenu de son côté Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

>> A lire aussi : Blocage des raffineries: La stratégie de la CGT peut-elle être payante?

« La partie risque de durer »

« Nous ne sommes pas encore le 10 juin, mais la partie risque de durer. Je ne vois pas comment on pourrait en sortir rapidement », craint Philippe Doucet, député proche de Manuel Valls. « La marge de manœuvre du gouvernement est faible. Le gouvernement fait face à une CGT jusqu’au boutiste qui joue sa place sur l’échiquier politico-syndicale. Il faut voir comment évolue l’opinion dans cette affaire… »

Selon un sondage Odoxa-MCI pour Le Parisien, révélé mercredi matin, une grande majorité de Français (61 %) désignerait le gouvernement comme responsable, en cas d’éventuelles perturbations pendant l’Euro. Mais l’opinion pourrait évoluer. « Le gouvernement joue la stratégie du pourrissement. Il espère que les vacances d’été et l’Euro de football mettront naturellement fin au mouvement », avance Irène Pereira, sociologue du militantisme.

Pas de retrait, sauf « si Hollande veut planter la fin de son quinquennat »

« Le gouvernement n’a que peu de temps pour régler la situation, ce qu’a bien compris la CGT. Durant l’Euro, l’Etat sera concentré à assurer l’ordre public et prévenir toute menace terroriste », rappelle Olivier Rouquan, enseignant-chercheur en sciences politiques. Peut-on imaginer un retrait du texte avant le début de la compétition ? « S’il recule, François Hollande sera accusé de manquer d’autorité une nouvelle fois », poursuit le politologue.

Un député de la majorité écarte également tout pas un arrière. « Depuis quatre ans, nous avons gagné en autorité de l’Etat. Ce ne serait donc pas un choix raisonnable. Sauf si Hollande veut planter la fin de son quinquennat et finir au festival de Cannes avec Julie Gayet en mai prochain… »