Rémunération des patrons: Cacophonie au gouvernement... Macron contredit Valls et Hollande

POLITIQUE Emmanuel Macron a-t-il fait un pas de plus vers la rupture avec François Hollande et Manuel Valls ?...

Clémence Apetogbor

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Manuel Valls et Emmanuel Macron à Matignon, le 8 février 2016.
Manuel Valls et Emmanuel Macron à Matignon, le 8 février 2016. — CHAMUSSY/SIPA

Les rémunérations des présidents de grands groupes vont-elles être encadrées par la loi ? Ce jeudi, la pression s’est accrue sur les grands patrons, qui voient la perspective d’une telle loi se préciser, après les déclarations en ce sens de Manuel Valls.

« Maintenant, il faut légiférer », a asséné le Premier ministre sur RTL ce jeudi matin, se montrant plus catégorique que François Hollande deux jours auparavant, mais bien éloigné de la position d'Emmanuel Macron.

« Nous avons fait le choix dans un premier temps de mettre les entreprises face à leurs responsabilités, en l’occurrence le patronat. Force est de constater que cela n’a pas été respecté », a-t-il estimé.

Macron contredit Valls et Hollande

Mais le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a fait entendre sa propre petite musique en estimant que la loi n’était « pas la bonne méthode », tout en se disant favorable à un renforcement de la gouvernance des entreprises sur cette question.

Mardi, le chef de l’Etat avait sommé le patronat de prendre les choses en main, sous peine de voir le gouvernement légiférer pour rendre notamment contraignantes les décisions des assemblées générales d’actionnaires sur la question.

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A l’origine de cet avertissement, un scandale autour du salaire du patron de Renault, Carlos Ghosn. Le conseil d’administration de la marque au losange est passé début mai outre le vote consultatif des actionnaires, dont l’État détenteur de 20 % de l’ex-régie nationale, qui s’étaient prononcés à 54,12 % contre sa rémunération de 7,251 millions d’euros au titre de PDG.

A cette polémique s’est ajoutée celle sur la rémunération de Carlos Tavares, dirigeant un autre constructeur automobile, PSA. Son salaire a été quasi doublé, malgré le vote négatif de l’État, actionnaire minoritaire.

Un amendement bientôt déposé

Les députés ont donc décidé en commission des Affaires sociales que les votes des assemblées générales d’actionnaires sur les rémunérations des dirigeants d’entreprises seraient contraignantes, adoptant un amendement de l’élu Front de gauche Gaby Charroux.

Un amendement similaire sera déposé par le rapporteur PS du projet de loi sur la transparence de la vie économique porté par le ministre des Finances Michel Sapin.

De leur côté, 40 personnalités, responsables politiques, syndicaux et intellectuels, ont lancé un appel dans Libération pour demander au gouvernement de légiférer pour limiter les salaires des patrons.

Pas « plus de 100 Smic »

« Nous demandons au gouvernement de légiférer pour que désormais, en France, un patron ne puisse pas être rémunéré plus de 100 Smic, soit 1,75 million d’euros par an », écrivent les signataires de cet « appel des 40 au CAC 40 », qui est assorti d’une pétition en ligne.

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Pour le ministre de l’Economie, « c’est au monde économique de montrer qu’il est à la hauteur de cela, sinon, celles et ceux qui proposent aujourd’hui une loi seront légitimes dans quelques temps à la faire », a-t-il mis en garde.

Au Medef, qui s’était montré jusqu’à présent serein face aux injonctions du gouvernement, l’inquiétude grandit.

Vers une délocalisation de sièges sociaux ? 

Le Haut comité de gouvernement d’entreprise, en charge du code de bonne gouvernance de l’Afep-Medef, a alors encouragé ce jeudi le conseil d’administration de Renault à revoir le mode de calcul du salaire du PDG à l’avenir.

Il a par aussi transmis à Carlos Ghosn et au président du Comité des rémunérations de Renault, Patrick Thomas, « ses recommandations concernant la prise en compte du vote négatif des actionnaires » sur le salaire en 2015 du PDG, mais celles-ci sont confidentielles à ce stade.

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a mis en garde mercredi contre les conséquences d’une loi, estimant que légiférer sur la rémunération des patrons en France entraînerait des délocalisations de sièges sociaux et appelant les dirigeants d’entreprise à faire preuve de « bon sens » en acceptant l’avis de leurs actionnaires sur leur salaire.