«C'est quoi Le Bon Coin ?»: Pourquoi la question de Sarkozy pose problème

WEB A la rencontre de chefs d’entreprise de la région lyonnaise, Nicolas Sarkozy a montré jeudi qu’il ignorait ce qu’était LeBonCoin.fr...

L.C.

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Nicolas Sarkozy le 14 février 2016 à Paris.
Nicolas Sarkozy le 14 février 2016 à Paris. — WITT/SIPA

« C’est quoi Le Bon Coin ? » Cette question de Nicolas Sarkozy a déclenché jeudi un flot de railleries sur les réseaux sociaux, au point que le mot-dièse #LeBonCoin soit l’un des plus partagés sur Twitter en France ce vendredi. Au-delà des moqueries, nombreux sont ceux qui trouvent plutôt inquiétante la méconnaissance de l’ancien président. 20 Minutes a trouvé six raisons pour lesquelles ne pas connaître LeBonCoin.fr en 2016, ça craint.

>> A lire aussi : «C'est quoi Le Bon Coin?» Nicolas Sarkozy donne sa langue au chat

1. Parce que LeBonCoin.fr est l’un des sites les plus visités du pays

Le portail d’annonces fait partie des sites les plus visités en France. Sur Twitter, LeBonCoin.fr n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler à Nicolas Sarkozy, en vantant « 25 millions » de connexions chaque mois.

Créé il y a dix ans, LeBonCoin.fr est le septième site le plus visité en France selon le classement Alexa, devant les géants américains que sont Amazon ou Yahoo !.

Classement des sites les plus visités en France.
Classement des sites les plus visités en France. - Alexa

Avec près de 212 millions de visites en mars 2016 (selon l’Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias), LeBonCoin.fr est en tête de tous les sites d’annonces, mais il devance également tous les sites médias.

Le 9 février, Antoine Jouteau, directeur général du site, avait indiqué que « 23 millions de Français » utilisent le site chaque mois et que « 800.000 annonces sont déposées chaque jour ».

2. Parce que des milliers de Français y trouvent du travail

On peut également acheter des biens immobiliers et consulter des offres d’emploi sur LeBonCoin.fr. Il y a au total « 260.000 annonces, dont environ un tiers pour des postes de commerciaux », a indiqué Antoine Jouteau le 9 mai sur BFMTV. L’atout du site ? Des délais plus courts que Pôle emploi : entre la publication d’une offre et le recrutement effectif, environ deux semaines s’écoulent selon la direction du site.

De nombreuses entreprises utilisent LeBonCoin.fr pour recruter, comme celles que Nicolas Sarkozy a visité jeudi en région lyonnaise.

Le site ne s’est pas privé de se vanter auprès de Nicolas Sarkozy d’être le premier site privé d’offres d’emploi, en se faisant au passage un nouveau coup de pub sur Twitter.

3. Parce que l’économie collaborative est en plein essor

L’économie collaborative, qui rassemble des initiatives de prêt, location, don, troc, ou vente de biens et services entre particuliers, du covoiturage à l’échange de matériel ou la revente de biens neufs ou d’occasion, se développe depuis plusieurs années en France et les sites d’annonces comme LeBonCoin.fr en sont des acteurs clés. Selon un rapport de l’ADEME relayé par Bercy, l’achat ou la vente de biens entre particuliers via des plateformes en ligne concernait 52 % de la population en 2013.

Historiquement centré sur la vente, la revente ou l’échange d’objets entre particuliers, LeBonCoin.fr est une entreprise incontournable pour les Français, qui sont 73 % à avoir déjà utilisé le site selon une enquête de 60 millions de consommateurs parue en octobre 2014.

4. Parce que LeBonCoin.fr a permis d’identifier Mohamed Merah

Il y a parfois des guets-apens sur LeBonCoin.fr. Le plus célèbre est sans doute celui tendu par Mohamed Merah à Imad Ibn Ziaten, un parachutiste qui vend une moto sur le site. Il sera tué à Toulouse, le 11 mars 2012, par le terroriste. En épluchant les adresses IP de plus de 500 internautes qui avaient consulté cette annonce, les enquêteurs ont remonté la piste de Mohamed Merah.

Un élément clé de cette enquête sur l’auteur des tueries perpétrées à l’époque où le président de la République n’était autre que Nicolas Sarkozy.

5. Parce que ce couac révèle les lacunes d’une « rhétorique du numérique »

Cette boulette, loin d’être anodine, apporte de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent la déconnexion de la classe politique d’un secteur numérique et collaboratif qui stimule toute l’économie du pays, et plus globalement, leur rupture avec « le pays réel ».

Pour Anaïs Théviot, « cette question est typique d’une rhétorique du numérique employée par des hommes politiques qui n’utilisent pas eux-mêmes les nouveaux outils du digital. Les comptes Twitter, Facebook ou Snapchat de Nicolas Sarkozy sont gérés par ses équipes, poursuit la docteure en science politique au Centre Emile Durkheim. Comme beaucoup de politiques, il a conscience de la nécessité d’être présent en ligne mais cela ne veut pas dire qu’il possède l’expertise pour manier les outils numériques ».

« Nicolas Sarkozy a beau être très actif sur les réseaux sociaux, il ne suffit pas d’utiliser ces outils pour être en phase avec la société », renchérit Philippe Moreau-Chevrolet, président et fondateur de l’agence de communication pour les dirigeants MCBG.

La question de Nicolas Sarkozy dénote en outre une « méconnaissance de la circulation des offres d’emploi ». Une ignorance d’autant plus reprochable que « LeBonCoin, c’est du web assez statique, c’est très basique », poursuit Anaïs Théviot, pour qui ce décalage sur le numérique est « gênant ».

6. Parce que cela accentue la rupture entre Sarkozy et les Français

Outre une méconnaissance de l’économie numérique, la question de Nicolas Sarkozy souligne aussi un décalage social. Pour Philippe Moreau-Chevrolet, ce couac est carrément « inquiétant ». « LeBonCoin est presque devenu une expression populaire. C’est un outil emblématique de la France d’aujourd’hui : un site de la débrouille en temps de crise et de l’échange alors que le collaboratif est en plein essor », souligne-t-il.

Dans ce contexte, ce n’est pas anodin que l’ancien président ne connaisse pas le site d’annonces. « Il a une image liée à l’argent et au luxe. Les Français lui ont souvent reproché de placer son plaisir au-dessus de la fonction présidentielle. Sa question sur LeBonCoin renforce ce décalage avec les Français », conclut-il.