Affaire Denis Baupin: «La parole doit se libérer pour que cesse l’omerta», estime Rama Yade

INTERVIEW La candidate à la présidentielle, auteure d’une « Anthologie regrettable du machisme en politique », revient sur les accusations visant Denis Baupin…

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Rama Yade le 28 janvier 2016 à Paris, lors d'une manifestation contre la visite du président iranien Hassan Rohani.
Rama Yade le 28 janvier 2016 à Paris, lors d'une manifestation contre la visite du président iranien Hassan Rohani. — HARSIN ISABELLE/SIPA

Au cours de leur enquête sur les agressions sexuelles imputées à Denis Baupin, les journalistes de Mediapart et France Inter ont interrogé bon nombre de personnalités politiques. Parmi elles, Rama Yade. Auteure d’une Anthologie regrettable du machisme en politique, sortie en 2015, l’ancienne secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui candidate à la présidentielle, raconte qu’elle a été « abasourdie » quand elle a appris la teneur des témoignages réunis. Le choc de la révélation passé, elle en dit plus à 20 Minutes.

Les révélations au sujet de Denis Baupin vous ont-elles surprise ?

J’ai été surprise de voir le nom de Denis Baupin apparaître, pour la bonne et simple que je ne le connais pas, ni en bien ni en mal. Sur le sujet du harcèlement ou des agressions, j’avais déjà entendu des rumeurs de comportements inappropriés dans le milieu politique, mais c’est la première fois que je lis des témoignages à visage découvert. Je ne pouvais pas imaginer qu’un vice-président de l’Assemblée nationale soit accusé d’agressions sexuelles par des élus de son parti… En outre, les gestes incriminés ont eu cours sur une durée très longue. Maintenant, on sait bien que le milieu politique est le reflet, voire la caricature des turpitudes de la société. Les rapports hommes-femmes peuvent y être violents, parfois physiquement.

Cette affaire peut-elle changer les choses ?

Je note déjà que la démission de Denis Baupin de la vice-présidence de l’Assemblée nationale est intervenue rapidement. Je me réjouis de voir qu’il y a un rejet de la représentation nationale, même s’il faut évidemment respecter la présomption d’innocence. Je crois que nous vivons un changement d’époque. Le fait que des élus prennent la parole et que l’accusé soit lui-même un élu éminent donne à l’affaire une portée particulière. Le sentiment de honte et le silence doivent être derrière nous.

Que peut-on faire pour éviter la répétition de ce genre d’affaires ?

La parole doit se libérer pour que cesse l’omerta. Pour cela, il faut protéger ces femmes qui sont des lanceuses d’alerte en leur donnant un statut juridique. Mais il faut aussi continuer le combat de la parité. L’arrivée de femmes en politique est fondamentale pour mener la lutte contre les violences conjugales, l’égalité salariale ou le temps partiel subi. En dehors du cadre politique, je crois aussi qu’il faut que les viols soient jugés en cours d’assises. Aujourd’hui, ils sont trop souvent correctionnalisés, ce qui est une manière de relativiser le phénomène.