Primaire à droite: La polémique sur le vote des expatriés français en 5 actes

PRIMAIRES Retour sur l'affaire qui oppose plusieurs cadres du parti à seulement six mois des primaires à droite...

William Pereira

— 

Alain Juppé et François Fillon.
Alain Juppé et François Fillon. — WITT/SIPA

Tout semblait calme à droite. Et tout laissait croire que le climat de Guerre froide ne déboucherait sur aucun affrontement entre candidats avant les premiers débats. C'était sans compter sur Nicolas Sarkozy et ses alliés, d'un côté, et, de l'autre, sur le triumvirat Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire, qui s'écharpent sur la question du moyen de vote des expatriés français depuis mardi. Les uns militent pour un vote papier classique, les autres pour un vote électronique. 20 Minutes revient sur cet épisode de haute tension qui pourrait faire date au sein du parti Les Républicains.

Le passage en force de Nicolas Sarkozy

Le 3 mai dernier, et sur une initiative de dernière minute de la part du président des Républicains, le bureau politique du parti a décidé d’abandonner le vote électronique au profit d’un vote papier classique pour les 1,2 million de Français de l’étranger. Le hic, c’est que la décision a été prise en l’absence des trois principaux concurrents de Nicolas Sarkozy, en l’occurrence Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire, et que celle-ci va à l’encontre de ce qui était prévu dans le guide électoral de la primaire – sorti le 22 avril. Dans le clan de l’ancien président de la République, on estime que les absents ont toujours tort. « Les candidats n’avaient qu’à être là », avance par exemple Eric Woerth.

>> A lire aussi : Primaire de droite: Le Maire refuse d'être le Premier ministre d'un de ses concurrents

Pourquoi cela pose problème ?

Officiellement, le bureau politique a pris cette décision afin de faire respecter un principe appliqué aux élections présidentielles, celui du maintien de l’égalité des citoyens devant le vote. Autrement dit, puisque les métropolitains vont aux urnes, les autres doivent en faire de même. Insuffisant pour convaincre Frédéric Lefebvre, qui a estimé sur Europe 1 que « Nicolas Sarkozy veut enterrer les primaires ». Pour le député LR des Français d’Amérique du Nord, « traiter à égalité, ça veut dire tenir compte de la réalité. » Une réalité qui empêche beaucoup de Français de l’étranger de pouvoir se rendre au poste consulaire le plus proche, surtout dans les vastes pays, comme l’Australie.

Frédéric Lefebvre pense deviner que seuls les plus fortunés auront les moyens de parcourir les centaines de kilomètres nécessaires, ce qui reviendrait à « rétablir le suffrage censitaire pour les Français de l’étranger. » Dans certains pays, ce sont carrément tous les Français qui risqueraient de ne pas pouvoir voter dans la mesure où des Etats interdisent l’organisation de scrutins à caractère politique hors des postes diplomatiques de ce même Etat. 

François Fillon, Bruno Le Maire et Alain Juppé ripostent

Les trois principaux concurrents de Nicolas Sarkozy n’ont pas tardé à répondre à ce qu’ils considèrent comme une injustice sur leurs sites respectifs de campagne. Alain Juppé promet aux électeurs de défendre « fermement votre droit à participer dans de bonnes conditions à ce grand rendez-vous démocratique, que vous soyez ou non membre de ce parti », tandis que François Fillon a publié un message similaire, en ajoutant qu’il « en va de l’égalité entre tous les Français » et que Bruno Le Maire a tout simplement posté sa lettre à la Haute Autorité chargée du bon déroulement de la primaire à droite, sur son site. A l’instar de ce dernier, Alain Juppé et François Fillon ont également posé recours devant l’institution.

La Haute Autorité désavoue Nicolas Sarkozy

Soulignant dans un communiqué « les difficultés propres à l’organisation du scrutin » des 22 et 29 novembre « pour les 1,2 million de Français établis hors de France », la Haute autorité rappelle qu’un vote papier pour ces Français n’est pas ce sur quoi « elle a travaillé ». Elle « recommande » donc que le bureau politique de LR, instance dirigeante du parti, soit de nouveau saisi « des propositions de modifications de la charte de la primaire permettant un vote effectif des Français établis hors de France ».

Et maintenant ?

Comme suggéré par la Haute Autorité, la question du vote des Français à l’étranger devrait faire l’objet d’un réexamen lors du prochain bureau politique, rendez-vous auquel les trois candidats lésés ne manqueront pas de participer. « J’y serai », a déjà prévenu Alain Juppé. L’ambiance risque d’y être fort peu amicale.