Comment les politiques espèrent dépoussiérer les meetings de campagne

POLITIQUE François Fillon, Bruno Le Maire et Emmanuel Macron ont tenté de moderniser la pratique des meetings ces dernières semaines...

Thibaut Le Gal

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François Fillon lors d'un meeting à Issy-les-Moulineaux:
François Fillon lors d'un meeting à Issy-les-Moulineaux: — WITT/SIPA

Distancé dans les sondages, François Fillon jouait gros mardi soir. Le candidat à la primaire de la droite et du centre tenait un meeting à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Un meeting participatif et connecté « d’un genre nouveau », affirme son entourage. Comme lui, Bruno Le Maire ou Emmanuel Macron ont voulu dépoussiérer ce rite de campagne. Avec des méthodes parfois utilisées dans le passé. 20 Minutes fait le point.

Des meetings « plus connectés »

« Pour amplifier l’audience, on s’est dit qu’il fallait faire passer le meeting à l’ère du numérique », assure Gautier Guignard, en charge du digital dans l’équipe de François Fillon avec le chef d’entreprise Pierre Danon, ex-patron de Numéricable. « Une réunion classique rassemble 1.000 ou 2.000 personnes. Nous avons eu mardi soir 10.0000 personnes, dont 8.000 personnes connectées sur notre plateforme et via le site atlantico qui retransmettait également l’événement en temps réel », assure-t-il.

Lors du lancement de son mouvement« En marche ! » en avril à Amiens, Emmanuel Macron avait interdit l’accès aux journalistes. La rencontre citoyenne avait été retransmise sur le site Dailymotion et les invitations uniquement envoyées par l’intermédiaire de Facebook. Le e-meeting n’est pas nouveau. En 2012, un certain Jacques Cheminade avait par exemple, faute de moyen, inauguré le e-meeting sans même aucun militant.

Des meetings « plus participatifs »

« François Fillon a répondu en direct aux questions posées sur les réseaux sociaux par les personnes présentes dans la salle ou sur internet. Six questions sur les propositions de notre candidat ont également été soumises au vote », poursuit Gautier Guignard. « L’idée était de faire tomber la barrière entre participation physique et interactive en permettant à tout le monde d’interagir lors du meeting ».

« Les politiques reprennent des dispositifs participatifs utilisés dans l’événementiel ou les colloques académiques. Le participatif devient alors une sorte de label pour avoir l’air moderne et proche des gens. Mais il reste toujours un filtrage et une médiation car les questions posées ne sont pas aussi spontanées que ça », nuance Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l’université Panthéon-Assas. « On a sélectionné les questions emblématiques et celles qui revenaient le plus souvent », confirme Gautier Guignard.

Faire participer le public n’est d’ailleurs pas une chose nouvelle. En 2014, Nicolas Sarkozy avait tenu des « meetings interactifs » lors de la campagne pour la présidence de l’UMP. « La méthode rappelle surotut la démocratie participative mise en avant par Ségolène Royale en 2007 qui s’inspirait déjà de ce qui faisait aux Etats-Unis », rappelle Arnaud Mercier. A l’époque, la candidate avait été très critiquée par la droite.

Des meetings « plus décontract »

Autre image du renouveau, apparaître plus décontracté. Finis donc, la cravate et le pupitre. « Bruno Le Maire m’a demandé de renouveler le genre car l’image de l’homme politique s’exprimant devant des gens qui l’écoutent existe depuis des siècles. Il fallait trouver une solution pour faire passer son message de manière directe au cœur du public », assure Olivier Ubéda, consultant en stratégie politique et publique. Voilà donc Bruno Le Maire au milieu des militants, en chemise blanche répondant aux questions, micro en main. Un look et une attitude qu'on retrouve notamment chez Emmanuel Macron. « La aussi, le côté décontracté sans cravate n’est pas totalement nouveau et était déjà très incarné par Tony Blair, où même Jack Lang en France », rappelle Arnaud Mercier.