Manuel Valls est-il rattrapé par «l’enfer de Matignon » ?

POLITIQUE Le Premier ministre poursuit sa chute dans les sondages…

Thibaut Le Gal
Manuel Valls dans l'enfer de Matignon, photomontage.
Manuel Valls dans l'enfer de Matignon, photomontage. — TLG

« Si tu y vas, dans un an, tu es mort ! ». Un de ses amis l’avait prévenu, en mars 2014, lorsque Manuel Valls était sur le point de rejoindre « l’enfer de Matignon ». Il s’était tout de même lancé. Deux ans plus tard, l’homme semble s’y être brûlé les ailes. Le chef du gouvernement continue de chuter dans les sondages. Comment expliquer cette baisse de popularité ?

Une malédiction Matignon ?


« Je suis un Premier ministre heureux, je ne vis pas dans l’enfer de Matignon », s’est toujours défendu l’intéressé. Dans un ouvrage paru en 2010*, d’anciens locataires du poste livrent un constat accablant de la fonction. « Une magnifique machine à broyer », confie Jean-Pierre Raffarin. « C’est le job le plus dur de la République », décrit Dominique de Villepin. Manuel Valls est-il lui aussi touché par la malédiction du poste ? Niveau comptable, le constat est sans appel. Lorsqu’il remplace Jean-Marc Ayrault, sa cote de popularité est au plus haut, 58 % en avril, soit 40 points de plus que François Hollande, selon le baromètre mensuel Ifop pour le JDD. Dans la dernière enquête, le chef du gouvernement n’est qu’à 25 %.

« On parle souvent d’enfer de Matignon, mais c’est une analyse un peu rapide, car cela varie selon les personnes », nuance Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. « Certains ont été des Premiers ministres fusibles, comme Jean-Pierre Raffarin au côté d’un Jacques Chirac très populaire. D’autres étaient plus hauts que leur président, à l’image de François Fillon pendant cinq ans ».

Manuel Valls a lui-même fait les montagnes russes en deux ans. « Il a eu des rebonds spectaculaires en termes de popularité après les attentats de janvier et de novembre et lors du renvoi d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon à l’été 2014. Rien n’est donc joué », remarque Frédéric Dabi.

Un « boulet » Hollande pour les Français


« En accédant à Matignon, Manuel Valls a perdu sa singularité. Il est associé de plus en plus à l’échec de François Hollande », poursuit le sondeur. « Quand vous êtes Premier ministre, vous avez à assumer l’intégralité des problématiques du pouvoir. On vous reproche les résultats du chômage, la délinquance, le prix de l’essence… Le regard des Français est forcément plus contrasté », reconnaît le député Philippe Doucet, proche de Manuel Valls. « Les Français jugent un binôme. Quand François Hollande paye le prix des échecs autour de la déchéance de nationalité ou de la loi El Khomri, Manuel Valls le paye aussi ».

La transgression pour Emmanuel Macron

Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. - LOIC VENANCE / AFP

D’un transgressif, l’autre. En acceptant le costume de Premier ministre, celui qui agitait la gauche a laissé les habits de trublion à Emmanuel Macron. A chaque sortie, le voilà obligé de recadrer son ministre de l’Economie. « Quand vous assumez la totalité du pouvoir, vous ne pouvez pas être transgressif. C’est la nature du job », répond Philippe Doucet. « Peut-être que Macron profite de ça, mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un lien de cause à effet ». Le ministre de l’Economie n’a pourtant jamais été si haut dans les sondages.

*L’enfer de Matignon, de Raphaëlle Bacqué, Points.