«Dialogues citoyens» avec François Hollande ou l’urgence de rebondir face aux Français

POLITIQUE Le chef de l’Etat, impopulaire, engage un «dialogue» avec des Français, ce jeudi soir dans une émission sur France 2...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le chef de l'Etat François Hollande à l'Elysée pour une interview télé, le 11 février 2016.
Le chef de l'Etat François Hollande à l'Elysée pour une interview télé, le 11 février 2016. — Stephane de Sakutin/AP/SIPA

Trouver les mots pour renouer avec les Français. A un an de la présidentielle, ce pourrait être le mantra de François Hollande qui participe, ce jeudi, à l’émission spéciale de France 2 baptisée « Dialogues citoyens ». Pendant 90 minutes, le chef de l’Etat répondra à quatre personnes « représentatives » de la société et à des journalistes. A l’Elysée, on explique que cette intervention doit être une « mise en perspective du dialogue et de l’explication » de l’action du président.

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Car la situation devient pressante pour François Hollande. Pêle-mêle, figurent des records d’impopularité, une courbe du chômage qui ne s’inverse pas, une gauche éparpillée par petits bouts façon puzzle, un revers personnel stupéfiant avec l’abandon du projet de la déchéance de nationalité ; une hostilité au projet de loi travail qui a alimenté le lancement d’un mouvement protéiforme - «  #NuitDebout » - la peur du terrorisme et le caractère apparemment insoluble de la crise des réfugiés, quand l’extrême droite souffle sur les braises.

« François Hollande est comme un astre mort »

« François Hollande est comme un astre mort », tranche le politologue Thomas Guénolé. « On voit toujours la lumière mais il n’émet plus ». « Même ses ministres Manuel Valls et Emmanuel Macron pensent à l’après : l’un en remet une couche sur l’islam [avec notamment son vœu de l’interdiction du voile à l’université], l’autre lance son club politique[En Marche!] », précise Thomas Guénolé.

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Même le premier cercle des fidèles du président reconnaît les difficultés. L’émission de ce jeudi doit participer à la reconquête de la gauche pour « retrouver une crédibilité qui aujourd’hui, objectivement, si on regarde les choses en face, est quand même très atteinte », a confié mardi Michel Sapin sur RFI.

« Pas un mea culpa, qui est à la mode »

Dans cette situation, comment rebondir ? PourDavid Habib, député PS des Pyrénées-Atlantiques, la tâche du président ne sera pas facile. « François Hollande doit tenir un discours de vérité, en reconnaissant les erreurs commises pendant le quinquennat, comme le manque de lisibilité de certaines réformes, mais aussi pendant la campagne électorale ». Le candidat de la gauche en 2012 n’aurait donc pas assez expliqué, selon l’élu, « les difficultés du pays, mais aussi sur les efforts à demander aux Français pour lutter contre le chômage par exemple ».

A cet exercice consistant à reconnaître ses erreurs - « pas un mea culpa, qui est à la mode », précise David Habib- devrait s’ajouter la promotion des grandes lois de la majorité. « Tout va très vite, et on oublie que la gauche a fait de grandes réformes. Elle a contribué à protéger les conditions de vie des Français (…) elle a lancé la banque publique d’investissement (BPI) qui aide aujourd’hui des dizaines de PME en régions, ou encore le tiers payant, qui est une vraie réforme de gauche », ajoute le député des Pyrénées-Atlantiques.

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« Il n’est jamais trop tard pour vouloir bien faire »

Sur la forme, l’émission de ce soir sera pour le président l’occasion de « montrer qu’il tient dans la tourmente, qu’il a l’étoffe d’un chef qui n’a pas peur de faire face au mécontentement », souligne Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en communication à l’université de Bourgogne-Franche Comté. Mais cette occupation de l’espace médiatique est risquée, car nombreux sont ceux qui, parmi les anciens amis, sont désormais amers.

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« Il n’est jamais trop tard pour vouloir bien faire », maugrée François Kalfon, conseiller régional PS d’Ile-de-France. Ce proche d’Arnaud Montebourg avertit : « François Hollande devrait abandonner la communication pour tenir une parole qui engage. Trop de communication, trop de sondages, trop de médias, trop tourné vers les classes supérieures… il s’est coupé des Français ». Réponse partielle, ce jeudi soir.