Emmanuel Macron est «En marche», mais pour aller où?

AMBITION Le ministre de l’Economie a lancé mercredi soir son mouvement politique pour sa candidature ou celle de Hollande ?….

Thibaut Le Gal
— 
Emmanuel Macron, 2016.
Emmanuel Macron, 2016. — THOMAS SAMSON / AFP

L’idée était dans les cartons depuis plusieurs semaines. C’est désormais officiel : Emmanuel Macron se met… à la politique !  Le ministre de l’Economie a lancé son mouvement « En marche ! » mercredi soir à Angers. « J’ai mis du temps, j’ai réfléchi, j’ai consulté, j’ai associé des gens et j’ai décidé qu’on allait créer un mouvement politique, un mouvement politique nouveau », a-t-il lancé lors d’une rencontre citoyenne dans sa ville natale.

>> A lire aussi : «En marche»: Une galaxie Macron est en train de naître

« Le temps des barons politiques a vécu »

Première nouveauté : la rencontre était fermée aux journalistes, mais retransmise sur Internet. Le mouvement utilise d’ailleurs une plateforme collaborative, la patte de l’homme politique 2.0. « Emmanuel Macron a envie de régénérer le débat politique. Il considère que les formations politiques de gauche et de droite ne répondent plus aux demandes des Français », assure Pascal Terrasse, député PS proche du ministre.

« Le temps des barons politiques a vécu. C’est un lieu de débat, horizontal, sans chef, chacun va pouvoir apporter des idées ». Un désir d’horizontalité pourtant déjà entendu dans le débat, de Jean-Luc Mélenchon à Nathalie Kosciusko-Morizet.

Quelle destination ? « Je ne pense pas que ce soit clair dans sa tête »

Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. - LOIC VENANCE / AFP

Emmanuel Macron s’est donc mis en marche. Mais pour aller où ? « Je me prononcerai lorsqu’Emmanuel nous dira vers quoi il propose de marcher », raille un député de la majorité. Le ministre de l’Economie aurait-il l’Elysée dans sa ligne de mire ? « Il est totalement solidaire de l’action du gouvernement et loyal au président de la République », répond Pascal Terrasse. « C’est une opération politique de positionnement pour concurrencer Valls au cas où la ligne sociale-libérale ne pourrait être incarnée par Hollande en 2017 », avance le député frondeur Laurent Baumel.

« Je ne pense pas que ce soit clair dans sa tête. La candidature de François Hollande est la plus probable, mais pas certaine vue la situation », assure Christophe Caresche. « Cette initiative souligne les difficultés du président, du gouvernement et du PS », ajoute le député de l’aile droite du PS. L’Elysée a fait savoir que le chef de l’Etat était averti de cette mise en mouvement. « Un ministre veut dialoguer avec les citoyens, ça s’appelle faire de la politique », s’est amusé François Hollande ce jeudi.

Macron piloté par l’Elysée pour 2017 ?

François Hollande et Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée le 20 novembre 2014 à Paris
François Hollande et Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée le 20 novembre 2014 à Paris - Bertrand Guay AFP

L’initiative d’Emmanuel Macron a été plus froidement accueillie chez les socialistes qu’à droite ou au Medef. « S’il contribue à élargir la majorité, son apport est positif ». Mais « s’il veut changer le centre de gravité de la gauche, il fait fausse route », a prévenu le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis dans les Echos. Faut-il voir dans ce mouvement, et dans la bienveillance de l’Elysée, une stratégie pour rabattre des électeurs du centre en 2017 ?

>> A lire aussi : Le mouvement d'Emmanuel Macron hébergé à l'Institut Montaigne, proche du patronat

« On ne pourra pas aller à l’élection présidentielle dans le brouillard. Macron a le mérite de poser le problème », indique Christophe Caresche. « On ne peut pas avoir d’un côté un ministre qui appelle au dépassement des clivages gauche-droite, et dans le même temps Stéphane Le Foll qui explique que ce clivage est irréductible*. Le président va devoir s’exprimer rapidement pour dire avec quelle majorité il entend gouverner », poursuit-il.

Un autre socialiste a jugé « absurde » cette volonté d’effacer les différences entre la gauche et la droite… Un ancien transgressif qui appelait le PS à se « réinventer ou mourir » il y a encore quelques mois. Un certain Manuel Valls.

* Le ministre de l’Agriculture publiera fin avril un texte intitulé "Eh oh ! la gauche" avec pour ambition de ranimer le clivage droite/gauche.