«Handicapé des rapports humains», «froid», «ultrasensible»... Alain Juppé vu par ses proches

LIVRE Pour son ouvrage, la journaliste Gaël Tchakaloff a rencontré l'entourage du candidat à la primaire...

T.L.G.

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Alain Juppé.
Alain Juppé. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Que cache la froideur apparente d’Alain Juppé ? La journaliste-portraitiste Gaël Tchakaloff a voulu percer le mystère du candidat à la primaire en se glissant pendant plus d’un an dans son monde, interrogeant son entourage. Dans Lapins et merveilles, qui sort ce jeudi, les proches du candidat racontent Alain Juppé. Extraits.

Par son adjointe à Bordeaux : « C’est un vrai affectif, un ultrasensible »

Virginie Calmels, adjointe au maire de Bordeaux, tente d’expliquer la « froideur » d’Alain Juppé. « C’est lié à la pudeur, à la protection, à son apparence physique. Lorsqu’on le voit, il ne donne pas l’impression d’un chaleureux ou d’un épicurien, alors qu’il est très tactile. […] Il y a en lui une vraie fêlure, une cassure, qui le rend intéressant. C’est un vrai affectif, un ultrasensible, mal à l’aise avec les gens hostiles parce que l’inimitié le touche au plus profond […] Du coup, il se crispe, ce qui dégage une forme d’arrogance ou de suffisance ».

Le candidat aura deux objectifs pendant la campagne. « Il faut démontrer qu’il n’est pas vieux et qu’il mérite d’être aimé. Sa stratégie est fondée sur sa différence avec Nicolas Sarkozy ».

Par Isabelle, son épouse. « Il a l’allure d’un pin des Landes, pas d’un buisson-ardent »

« Ce qui caractérise le plus Alain, c’est son sang-froid, y compris dans son rapport aux êtres. […] Alain fait prévaloir la raison sur l’émotion », témoigne Isabelle, son épouse. « Alain est très pragmatique. En période de campagne, il n’est pas capable de renier ses convictions mais il peut mettre la pédale douce sur certains propos et la forcer sur d’autres ».

Elle s’arrête sur son image médiatique. « Il a l’allure d’un pin des Landes, pas d’un buisson-ardent. Il peut donner l’impression d’une certaine arrogance ou d’une certaine distance, mais cette apparente froideur est celle dur regard des autres. Elle s’explique par le fait qu’Alain est un personnage qui impressionne, qui intimide ». Isabelle Juppé revient sur l’exil québécois, l’« une des [années les] plus heureuses de notre vie. Cela avait été très dur avant, terrible humainement pour lui ».

Par Laurent, son fils. « C’est un handicapé des rapports humains »

« C’est un handicapé des rapports humains. C’est un être solitaire. Les amis, ce n’est pas important pour lui. La famille, si. Je lui ai présenté certains de mes amis mais il ne s’en souvient pas, il ne se souvient déjà pas des siens », confesse Laurent. « Il a un complexe de supériorité. L’autre est un étranger. Il sait qu’il a une intelligence supérieure, différente », avance-t-il, avant d’expliquer le changement de son père, depuis sa rencontre avec Isabelle. « Depuis qu’ils sont ensemble, il est moins coincé. Elle lui a montré le côté cool de la vie, elle l’a adouci ».

Par son directeur de campagne. « Il aborde la politique de manière professionnelle alors que tous les autres y mettent un aspect affectif »

« Il ne faut pas attendre d’Alain Juppé ce que l’on attend des autres parce qu’il n’est pas fait comme les autres. Tous ceux qui n’ont pas compris cela s’exposent à des déceptions », rappelle Gilles Boyer, son directeur de campagne. « Alain Juppé ne voit pas pourquoi les manifestations émotionnelles seraient importantes pour les gens puisque pour lui, ça ne l’est pas. Il aborde la politique de manière professionnelle alors que tous les autres y mettent un aspect affectif. Il est conscient que c’est un travers… ».

Par Marion, sa fille. « J’ai l’impression d’avoir eu un père trop froid, trop absent, super rigide »

Marion se confie sur sa relation. « Mon père, il ne laisse pas de place aux autres, il n’écoute pas, même en famille. […] L’amour et les sentiments, on n’en parle jamais. J’ai l’impression de n’avoir reçu aucune affection de sa part, dans l’enfance. L’impression d’avoir eu un père trop froid, trop absent, super rigide, qui n’était pas intéressé par les enfants, même si maintenant, je sais qu’il m’a aimée », précisant que leurs rapports s’étaient améliorés « à l’âge adulte ». Elle évoque aussi le « conformisme » de son père. « C’est justement parce qu’il est hyperconformiste que mon père est attiré par les non-conformistes. Tout cela explique que son socle de valeurs soit conservateur tout en coexistant avec une recherche permanente de l’évolution, de l’écoute de la société ».

Par lui-même. « Mon grand défaut, c’est l’orgueil »

Alain Juppé, par lui-même. « Mon grand défaut, c’est l’orgueil. J’ai une assez haute idée de ma personne, de ce que je peux faire, de ce à quoi je peux être utile. Ceci explique que par orgueil, je refuse de me compromettre, de me mettre au niveau de l’autre et que je m’enferme dans ma solitude ». L’isolement, il y revient. « Ma terreur, c’est de vivre seul », avoue-t-il.